Malgré les dénégations de ses défenseurs - ou peut-être grâce à elles - la théorie du genre s'impose comme une évidence dans les universités, à travers les « études de genre ». Sous couvert de progrès et d'égalitarisme, se cache pourtant une idéologie individualiste malsaine, et un risque de négation de l'Humanité.

Par Marie Corcelle et Francis Mateo

« La théorie du genre n'existe pas. Ça n'existe pas. En tous cas je ne l'ai jamais rencontrée... Ce qui existe, ce sont les études de genre » : voilà ce que déclarait la ministre socialiste de l’Éducation, Najat Vallaud-Belkacem, en juin 2013. Un argument pour renforcer les enseignements visant à l'égalité entre filles et garçons à l'école. Un objectif louable, certes. Mais pourquoi recourir à un oxymore pour le justifier ? Car il est difficile de concevoir l’idée que des études - les gender studies en l’occurrence - puissent être menées sans faire référence à la moindre théorie. Les études sur le darwinisme existent-elles en dehors des théories de Darwin ? Les études sur la psychanalyse existent-elles en dehors des théories psychanalytiques ?

À moins d’y voir une stratégie, explique Pierre Valentin, auteur d’une étude sur le phénomène woke : « On va nier l’existence de quelque chose pour mieux y parvenir. Oui, la théorie du genre existe. Et cette façon de s'en défendre n'est qu'un moyen pour tenter de discréditer ceux qui critiquent cette théorie, d'essayer de les ridiculiser en faisant croire qu'ils s'attaquent à une chimère ».

Un mensonge construit sur une tromperie

Il y a une raison plus profonde à la dénégation des tenants de cette théorie du genre, qui professent que seule l’identité de genre fait sens, en dépit du sexe « imposé » à la naissance. Il faut aller chercher cette explication dans les origines d'une théorie conceptualisée dans les années 50 par le docteur John Money, à partir d'une réflexion sur les hermaphrodites, et plus exactement à partir d'un cas : celui d'un patient nommé David Reiner. L'affaire, également connue sous le nom de « John / Joan » concerne un jeune garçon de deux ans que le docteur Money voulut transformer en fille pour prouver la fluidité du genre, refusant d'admettre que son « cobaye » rejetait cette transformation au cours de sa croissance. Au bout de ses souffrances et de son mal-être, le jeune David Reiner finit par se suicider. Comme le rapporte le philosophe Michel Onfray, le docteur Money dissimula cette fin tragique pour présenter l'expérience comme un cas d'école et la clé de voûte de sa théorie du genre. On comprend mieux le malaise des disciples de ce maître fondateur très embarrassant. Le mensonge sur l'inexistence de la théorie du genre est donc fondé sur une arnaque.

Ni homme, ni femme, ni sexe, ni corps

C'est sur ces fondations de sables mouvants que va donc se développer cette « théorie-du-genre-qui-n'existe-pas »... et les études de genre qui en découlent. « Une fois qu'il fut établi par Money qu'il existe un genre distinct du sexe, une étape ultérieure consistera à montrer que le genre se suffit en quelque sorte à lui-même, et que le sexe n'existe pas indépendamment du genre », explique Jean-François Braunstein dans son livre La philosophie devenue folle (Ed. Grasset 2018). Et c'est Fausto-Sterling qui va franchir ce pas, précise le philosophe : « Selon Fausto-Sterling, établir le sexe d'un enfant à la naissance serait une décision essentiellement culturelle et arbitraire, produit d'un mode de pensée massivement binaire ».

Encore plus populaire parmi les (non)théoriciens du genre, Judith Butler lui emboîte le pas, à travers une négation du sexe comme du corps, et un éloge de la « fluidité ». Pour Butler, les corps n’existent qu’à cause des discours qui les encadrent. En ce sens, toute catégorisation entre homme ou femme devient « une violence inouïe », « une oppression ». Pour Pierre Valentin, « on passe d’une vision où il y a des hommes et des femmes à celle où il n’y a que de la fluidité. Chacun, dans le prolongement paroxystique de la modernité philosophique, peut s’auto-engendrer, chacun peut se créer soi-même ». Et qu'importe le réel, s'il contredit l'idéologie. C'est bien le propre d'une pensée totalitaire en marche.

Un danger pour les enfants

Voilà comment s'est développée cette théorie du genre qui n'ose même pas dire son nom, à partir de quelques cas exceptionnels de dysphorie de genre. Et voilà comment elle prospère aujourd'hui sous un étrange effet de mode du changement de genre ou d'une affirmation identitaire de la « fluidité ». Aux États-Unis, la diffusion de l’idéologie du genre entraîne déjà des conséquences dramatiques. Ce phénomène a été documenté par la chroniqueuse Debra Soh, explique Pierre Valentin : « Elle a fait état de cas incroyables dans les écoles ; Une fille voulait "transitionner", et on passait à 50% des filles dans l’école qui allaient demander une opération ». En Europe, certaines affaires se retrouvent devant des tribunaux, où des médecins sont accusés par leurs propres patients d'avoir été trop complaisants et trop prompts à satisfaire une « envie de transition ». À l'instar de cette jeune femme de 23 ans qui estime ne pas avoir été suffisamment assistée par les soignants au moment de changer de sexe, alors qu'elle n'était encore qu'une adolescente. Regrettant son choix de devenir un homme, mais obligée de vivre avec les séquelles de l'opération, elle a porté plainte contre la clinique britannique et le personnel médical qui ont permis et effectué cette transition.

En Espagne, où le gouvernement de Pedro Sanchez a institutionnalisé la « fluidité » de genre (« loi Trans »), des féministes sont vent debout contre ce texte qui autorise la libre autodétermination du genre, sans aucune condition préalable : « C'est une loi qui trahit les femmes, qui viole tous nos droits, qui représente un recul de plusieurs décennies, voire de siècles », dénonce Sonia Gómez, porte-parole du Mouvement Féministe. Que signifient l'égalité salariale entre sexes ou même les violences faites aux femmes si le genre ne dépend plus finalement que d'un choix individuel ? Les féministes sont particulièrement sévères sur le sort des mineurs espagnols, qui peuvent désormais changer de sexe dès 14 ans (12 ans avec autorisation judiciaire) : « C'est extrêmement grave et cela peut constituer un abus d'enfant », soutient Sonia Gómez. Et ne venez pas lui dire que la théorie du genre n'existe pas.

28/09/2021 - Toute reproduction interdite



© Suibao/Pixabay
De Fild Fildmedia