Analyses | 25 octobre 2020

La Covid, maladie infantilisante du macronisme

De Guillaume Bigot
5 min

                                                                                    La chronique de Guillaume Bigot. 

La Covid 19 n'est pas à prendre à la légère. Tout le monde sait que c'est une maladie dont certains peuvent en mourir et d'autres en conserver des séquelles. Face à une seconde vague pandémique, l'attitude du gouvernement est néanmoins déconcertante.

Le Premier Ministre a insisté sur la progression « très préoccupante » du virus : « la situation est grave » a-t-il dit. Olivier Véran a précisé qu'il circulait « dans des proportions alarmantes ».

Le Ministre de la santé a évoqué « 1000 malades diagnostiqués par heure ». En réalité, il s'agit de 1000 tests positifs par heure. La confusion est donc volontairement entretenue entre malades et contaminés alors que ce n'est pas la même chose.

Environ la moitié des personnes positives sont asymptomatiques et 5% des personnes symptomatiques risquent de se retrouver en réanimation. L'explosion des cas positifs est donc avérée mais la présenter sans rappeler l'explosion des tests, c'est tenir un discours alarmiste. De plus, le gouvernement ne cesse de rappeler que cette maladie peut frapper mortellement des jeunes. Ce n'est pas faux mais c'est exagéré. L'âge médian des personnes qui meurent en réanimation est de 84 ans. 90% de ceux qui décèdent du coronavirus à l'hôpital ont plus de 65 ans.

Il ne s'agit pas de nier que la Covid peut gravement affecter des jeunes ne présentant aucun facteur de comorbidité. C'est hélas le cas. Mais le gouvernement ne présente pas aux Français une vision précise et exhaustive de la menace sanitaire.

La stratégie de Castex consiste à alarmer les Français peu menacés par une forme grave de la maladie, car il craint que ces derniers ne se sentent pas suffisamment concernés.

Le gouvernement ne se contente pas d'inquiéter les Français. Bien qu'il s'en défende, il cherche à les culpabiliser.

C'est ainsi que les autorités nous ont expliqué que les Français avaient eu tort de se précipiter sur les tests. Tort de ne pas télécharger Stopcovid. Tort de se rendre à des réunions de famille. Tort d'ignorer les gestes barrières. Nous n'avons plus l'âge d'avoir un carnet de correspondance mais si nous devons sortir après 21H, nous avons l'obligation de nous signer une autorisation de sortie à nous-mêmes.

Personne ne saurait nier que certains ont un comportement irresponsable en négligeant les risques qu'ils prennent et surtout qu'ils font courir aux autres. Il n'en reste pas moins que la grande majorité des Français respectent les consignes sanitaires, notamment le port du masque.

En cherchant à culpabiliser les Français, les autorités cherchent évidemment à se dédouaner.

La stratégie gouvernementale de tester, tracer et d’isoler a été un échec.

Le 1er septembre, la plupart des personnes à risque ont été autorisées à retourner au travail. Pendant qu'Emmanuel Macron lançait son été apprenant, rien n'était entrepris pour mobiliser quelques milliers des 120 000 infirmiers libéraux afin de renforcer l'hôpital en prévision d'une reprise de la pandémie. L'État a mis 4 mois pour verser la moitié seulement de l'augmentation de 193€ décidée par le Ségur de la santé.

L'État ne s'est pas plus préoccupé de sécuriser les transports en commun dans lesquels nos concitoyens sont, chaque jour, agglutinés pour aller travailler. En revanche, les restaurateurs et les professionnels du spectacle qui appliquent scrupuleusement le protocole sanitaire doivent fermer leurs portes à 21H.

Ce couvre-feu vient d'être étendu. Jean Castex envisage déjà de l'avancer à 19H. Le Chef de l'État lui-même, qui considérait le reconfinement comme une ligne rouge, vient de laisser entendre qu'il pourrait être rétabli.

Mais si le gouvernement pense qu'un reconfinement est nécessaire, pourquoi ne pas le décider maintenant pour éviter de perdre du temps ? Toujours pour la même raison : le gouvernement se méfie de nous et préfère nous préparer par étapes.

Au lieu de miser sur le civisme, au lieu de jouer la carte de la transparence et de l'honnêteté intellectuelle, indispensables à la préservation de son autorité et au maintien du lien de confiance entre gouvernants et gouvernés, le pouvoir préfère dénoncer notre insouciance.

Chacun peut comprendre que l'État tâtonne mais personne ne peut admettre qu'il infantilise les citoyens.

En réalité, personne ne connaît la bonne stratégie face au Covid. Mais la seule viable et supportable face à cette maladie qui risque de durer, c'est que les pouvoirs publics fassent enfin confiance aux citoyens !

Guillaume Bigot, et directeur d'une école de commerce et chroniqueur sur C-News. Son nouvel essai, Populophobie, pourquoi il faut remplacer la classe dirgeante française, est sorti aux éditions Plon le 22 octobre.

26/10/2020 - Toute reproduction interdite.


Un travailleur de la santé effectue un prélèvement nasal sur une patiente dans un site temporaire de dépistage du Coronavirus au Zenith Arena de Lille, le 15 octobre 2020
Pascal Rossignol/Reuters
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