Analyses | 2 décembre 2020

La confusion au sommet de l’Etat

De Guillaume Bigot
4 min

             La chronique de Guillaume Bigot

Hier encore, nous habitions la République française.

Depuis le début de la crise du coronavirus, nous nous enfonçons chaque jour un peu plus dans un monde parallèle, une patrie inconnue  qui ressemble plus à Brazil qu’à notre cher et vieux pays !

Le 15 mars, on nous a dit : la situation sanitaire est grave, vous allez être confiné mais en attendant, allez voter !

On nous a dit faites-vous un mot d’autorisation à vous-même pour sortir !

Lorsque le coronavirus faisait 1000 morts par jour, on nous a dit : le masque est inutile et puis à 20 morts par jour, le masque est devenu obligatoire.

On nous a dit, on ferme les frontières pour vous protéger du virus, sauf avec les pays de l’UE qui sont pourtant parmi les plus touchés du monde.

On nous a dit de ne pas faire du jogging entre 10h et 19H, résultat, tout le monde a couru à la même heure.

Puis on nous a dit ça y est, c’est terminé, la pandémie est derrière nous !

On nous a ensuite obligés à porter le masque dans la rue, même lorsqu’il n’y avait personne car sinon, nous n’allions pas comprendre son utilité.

On nous a dit à 8h du matin, que nous devions faire du vélo ou de la moto avec un masque avant d’apprendre à 11h que nous pouvions le retirer.

On nous a dit qu’il fallait fermer les restaurants à cause d’une étude américaine. Pourtant, la liste officielle des clusters en France ne pointait pas les restaurants.

On a demandé aux restaurateurs et aux petits commerces de mettre en œuvre des mesures sanitaires strictes et couteuses juste avant de les fermer.

On nous a dit que certains produits seraient interdits car non essentiels.

On nous a dit les librairies ferment, mais les boutiques de téléphonie restent ouvertes.

 On nous a dit que l’on n’aurait plus le droit d’acheter des livres en grandes surfaces et qu’il fallait les acheter en ligne. Mais que ce n’était pas bien d’aller sur Amazon.

On nous a dit  que nous pourrions désormais nous déplacer jusqu’à 20 km de chez nous. Pourquoi 20 km ? Ceux qui travaillent à 21 km de chez eux se posent encore la question.

On nous a dit que l’on pourrait se rendre dans les stations de ski mais que les remontées mécaniques seraient fermées.

On nous a dit que l’on pouvait prendre le métro aux heures de pointe mais qu’il serait interdit d’être plus de 30, dans les lieux de culte, même dans une immense cathédrale !

On nous a dit que nous n’avions pas le droit d’embrasser papy et mamy mais que nous pouvions, tout de même, les nourrir de bûche mais seulement s’ils la mangeait dans la cuisine !

On nous a dit qu’un décret allait encadrer la vente des sapins de Noël.

On nous a dit que la grande roue de Lille pourrait continuer à tourner mais toute seule et à vide. Or, cette incohérence ne concerne pas que les sujets sanitaires. Juste avant la crise du Covid, la priorité était de rembourser la dette alors que celle-ci dépasse désormais les 120 % du PIB. Macron nous avait expliqué qu’il n’y avait pas d’argent magique et d’un seul coup 100 milliards se mettent à pleuvoir sur le pays.  L’incohérence s’est infiltrée partout. Sur tous les dossiers.

On nous a dit qu’on ne reviendrait pas sur l’article 24 du projet de loi sur la sécurité globale avant de nous dire qu’un comité d’experts allait réfléchir à sa réécriture et avant encore de se dédire et de rappeler que c’étaient aux parlementaires d’adopter les lois.

À force de nous dire tout et son contraire, à force d’entendre des ordres et des contre-ordres, à force d’assister à ce grand délirium, on finit par se dire : dieu merci, nous ne sommes pas en guerre, surtout avec ce genre de gouvernants ! Comment expliquer autant de confusions au sommet de l’État ?

Sur tous les sujets, le gouvernement adopte toujours les mêmes réflexes : appliquer des procédures et s’il n’y en a pas, en inventer pour se couvrir. Au risque de l’absurde.

Depuis les années 70, les hauts fonctionnaires ont conquis le pouvoir politique. Emmanuel Macron et Jean Castex, comme tant d’autres avant eux, incarnent parfaitement cette haute administration.

Il ont été formés pour administrer, c’est-à-dire appliquer des règles, pour obéir, pour se conformer et se couvrir.

Nous ne sommes plus dirigés par des gouvernants qui tranchent et assument mais gérés, managés par des bureaucrates qui appliquent des «procédures.»

La haute fonction publique montre un autre travers : le corporatisme qui l’incite à sauver les apparences et à ne jamais avouer ses erreurs ou ses failles quoiqu’il en coûte !

Ces bureaucrates affichent également une forme de paternalisme. Leur grand truc, c’est de prendre le peuple pour un grand enfant à qui l’on ne peut pas tout dire.

Un détail a cependant échappé à nos gouvernants : leur seule légitimité vient du peuple.

 

01/12/2020 - Toute reproduction interdite


Un restaurant fermé avant le verrouillage national mis en place dans le cadre des nouvelles mesures pour lutter contre Le coronavirus, à Paris, 29 octobre 2020
Charles Platiau/Reuters
De Guillaume Bigot

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