Goli Moussavi est codirectrice de l’association La Cloche, créée en 2014 pour venir en aide aux personnes en situation de précarité dans les rues de France. Répartie dans 9 villes de l’Hexagone, l’association se bat sans relâche contre l’exclusion des quelque 200.000 à 300.000 personnes sans domicile que compte notre pays. Malgré les promesses d'Emmanuel Macron, qui annonçait en 2017 « ne plus vouloir voir de personnes sans-abris dans les rues d'ici la fin de [son] quinquennat », leur nombre aurait quand même doublé en 10 ans, selon la Fondation Abbé Pierre.

Entretien conduit par Alixan Lavorel

Fild : Qu’est-ce que l’association la Cloche ?

Goli Moussavi : La Cloche est une association dont l’objectif est de lutter contre l’isolement des personnes en situation de précarité, en donnant à chacun les moyens d’agir. Nos actions passent évidemment beaucoup par l’engagement citoyen, mais aussi « le faire ensemble ». C’est-à-dire que nos équipes de bénévoles sont composées de personnes avec et sans domicile. Agir avec les individus directement concernés est quelque chose de très important pour nous, et chacun a les mêmes missions au sein de l’association. Nous avons aussi tout un volet de sensibilisation très important. Des personnes en situation de précarité ou d’autres, qui en sont sorties, viennent régulièrement témoigner auprès de l’association, soit lors des ateliers ou dans des centres de sensibilisation, soit lors de formations pour le grand public (écoles, entreprises, etc...). Nous sommes présents dans 9 villes de France : Paris, Lyon, Lille, Nantes, Marseille, Bordeaux, Toulouse, Rennes et Strasbourg.

Fild : L’association a également créé le projet « Le Carillon » en collaboration avec des commerçants un peu partout en France. À quoi sert ce projet ?

Goli Moussavi : Il s’agit d’un réseau de commerçants solidaires qui ont décidé d’ouvrir les portes de leurs commerces pour offrir des petits services ou des produits simples mais essentiels, au quotidien, aux personnes en situation de précarité. Ces services sont aussi basiques – et cruciaux – que l’accès aux toilettes de l’établissement, la possibilité de réchauffer un plat au micro-onde, avoir un verre, proposer gracieusement des boissons chaudes comme des cafés, des repas, voire des coupes de cheveux offertes par certains salons. Les produits sont soit offerts par le commerçant, soit payés en avance par un client qui en fait ainsi cadeau à la personne en situation de précarité qui se présentera dans le commerce. L’idée est aussi de créer du lien social et de rendre la ville plus inclusive, via les commerces de proximité. C'est aussi un gage de qualité pour les clients : la personne qui entre dans ce commerce sait qu’elle sera bien accueillie, qu’elle puisse payer son café ou pas. Des projets inspirés du Carillon se sont d’ailleurs exportés dans plusieurs villes d’Europe.

Fild : À qui venez-vous en aide au quotidien ?

Goli Moussavi : Nous venons en aide à toutes les personnes en situation de précarité, des personnes sans abri et plus globalement sans domicile ou en situation de mal logement. Nous touchons un public assez large, mais qui a en commun une souffrance due à une forme d’isolement. Cette question, voire ce cliché d’une personne très sédentaire, souvent âgée et qui est dans le besoin, ne correspond plus à la réalité. Il y a énormément de publics différents et qui ont beaucoup évolué à travers les crises : des personnes âgées, des familles, des jeunes ou encore des personnes migrantes. Soyons réalistes et ouvrons les yeux quand nous marchons dans les rues des grandes villes : ce fléau peut malheureusement toucher absolument tout le monde.

« De plus en plus de jeunes dans le besoin »

Fild : La crise sanitaire a-t-elle accentué les difficultés dans la rue ?

Goli Moussavi : Depuis le début de la crise, nous constatons en effet de plus en plus de jeunes dans le besoin, qui viennent s’ajouter au public que nous aidions auparavant. Toutes ces périodes de confinements, de couvre-feux, ont été ressenties comme une forme de double peine par les personnes en situation de précarité. On a beaucoup entendu parler en France du « il faut rester chez soi » dicté par le gouvernement pour éviter de propager le virus. Dès le début, les associations comme la nôtre se sont mobilisées pour alerter sur le fait que, pour certaines personnes, ce n’était tout simplement pas possible, car elles n’ont pas de chez soi.

Fild : Vous prônez « les petites actions du quotidien » au sein de La Cloche. Qu’entendez-vous par là ?

Goli Moussavi : Nous sommes persuadés que chacun peut agir pour créer du lien social. Parler avec une personne que l’on croise tous les jours dans son quartier, ou même juste la considérer, c'est déjà faire un pas vers elle. Nous sommes tous passés devant quelqu'un faisant la manche, et avons détourné le regard car nous nous sentions gênés. C’est malheureusement le quotidien de beaucoup de gens qui souffrent de ce manque de considération. Face à cette misère on ne sait pas comment répondre, alors que parfois, juste un sourire est déjà énorme.

Fild : Le 27 juillet 2017, Emmanuel Macron annonçait « ne plus vouloir voir de personnes sans-abris dans les rues d'ici la fin de [son] quinquennat ». Où en est-on aujourd’hui et quelle est la réalité du terrain ?

Goli Moussavi : C’est une promesse oubliée. Soyons honnêtes, une promesse faite lors d’une campagne présidentielle ou en début de mandat, je ne sais pas si on peut vraiment compter là-dessus. Dire qu’il n’y aura plus personne à la rue, c’est un message politique difficilement applicable dans la réalité. Nous n’avions pas attendu les annonces du président pour lutter contre ce fléau, et ce n’est pas parce qu’Emmanuel Macron l’avait dit que nous le croyions pour autant. On attend toujours sur le terrain une réponse et une aide politique, c’est évident. Les élus doivent s’y intéresser. Car les besoins des personnes en situation de précarité sont réels. Et c'est pour cela qu'on se bat pour eux.

14/01/2021 - Toute reproduction interdite



De Alixan Lavorel