Economie | 22 avril 2018

La CIA et la NSA espionnent - elles les entreprises Européennes? Troisième Partie

De Maxime Chaix
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Comment les entreprises peuvent-elles se prémunir contre l’espionnage ? Par Maxime Chaix

Dans un contexte de guerre économique globale, les entreprises européennes sont susceptibles d’être surveillées y compris par les services des pays membres de l’UE et leurs alliés américains. Ce fut notamment le cas de Belgacom et d’Airbus, espionnés respectivement par le GHCQ britannique et le BND allemand pour le compte de la NSA. À partir du 11-Septembre, cette dernière a pu en effet mettre en place des partenariats étroits et ultrasecrets avec plus d’une trentaine de services alliés via les méconnus « Special US Liaison Office[s] – SUSLA » et leurs 120 juristes spécialisés. Concrètement, ce vaste réseau d’espionnage supervisé par la NSA induit que les objectifs des agences de renseignement européennes – dont le développement de leurs capacités d’interception –, peuvent prévaloir sur les intérêts stratégiques de fleurons du Vieux continent tels que le franco-allemand Airbus. Face à des menaces aussi multiformes – qui s’ajoutent aux opérations de concurrents ou d’États hostiles –, comment les entreprises européennes peuvent-elles limiter les risques d’espionnage ? Le spécialiste Jean-Marc Manach nous explique qu’il est impératif « de recruter des professionnels de la sécurité informatique, et/ou de leur donner plus de pouvoirs et de moyens financiers, afin de permettre une montée en puissance, au sein des entreprises, des process et outils qui permettent de diminuer la surface d’attaque, et de pouvoir sensibiliser et former l’ensemble des collaborateurs de la firme. » Il souligne en effet que « la sécurité est un processus, pas un produit : il ne suffit pas d’acheter tel ou tel logiciel pour être protégé. Il faut apprendre à vivre avec son “modèle de menace”, et donc bien connaître les risques, méthodes d’attaque et parades permettant de s’en prémunir. » Sécuriser le seul domaine des télécommunications n’est donc pas suffisant.

Ex-officier de renseignement, auteur et consultant en intelligence stratégique, Chems Akrouf souligne en effet « l’importance du recrutement, au vu du risque d’infiltration des entreprises par des éléments travaillant en réalité pour des concurrents, voire pour des services secrets étrangers. Il n’est d’ailleurs pas si difficile de détecter un espion industriel. En interne, les services de sûreté des entreprises doivent recruter plutôt des anciens espions de terrain, qui sont plus au fait des techniques et méthodes de surveillance, d’infiltration et de sécurité. » M. Akrouf ajoute qu’« il faut considérer l’espionnage économique et technologique comme une réalité concrète, et non comme de la “science-fiction”. Dans bon nombre de multinationales, il règne une certaine indifférence, et parfois même une vraie naïveté sur ces questions pourtant cruciales. » Ayant collaboré avec un certain nombre de multinationales dans des secteurs stratégiques, il a en effet pu observer que « de nombreux cadres utilisent des espaces de stockage de type “cloud” qui sont hébergés à l’étranger, ou de simples applications gratuites de traduction. Il faut se méfier de ces dispositifs facilement exploitables par les services de renseignement. Autre exemple : il est fréquent que des cadres voyagent hors de leurs frontières avec des documents sensibles dans leurs ordinateurs, qu’ils branchent alors sur les réseaux des hôtels dans lesquels ils résident... » En apparence anodines, ces maladresses peuvent coûter cher aux entreprises, dans un contexte de compétition mondiale où les ennemis ne sont pas nécessairement ceux que l’on croit. En 2013, selon la CFCA, les firmes françaises auraient perdu près de 46 milliards d’euros à cause du piratage. Comme l’avait rapporté le New York Times cette même année, les services de renseignement chinois étaient soupçonnés d’au moins 140 intrusions depuis 2006 contre des entreprises anglo-saxonnes, dont Coca-Cola. Pour contrer ces menaces multiformes, la culture de l’intelligence économique doit donc se développer plus largement dans les grandes sociétés, et donc mobiliser des ressources humaines et financières bien plus importantes.

 

 

24/04/2018  - Toute reproduction interdite.

 

 


Un homme utilise son ordinateur portable dans un café Starbucks au centre de Sydney.
De Maxime Chaix

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