En moins d'une semaine, la motion de censure menée par le socialiste Pedro Sanchez, soutenue par la gauche radicale de Podemos et les nationalistes basques et catalans, a renversé le gouvernement conservateur de Mariano Rajoy. Par Aurélie Chamerois

Les milieux économiques abhorrent l'instabilité politique. Pourtant, vendredi 1er juin, jour du vote de la motion de censure, l'Ibex 35 a clôt sa journée avec une hausse de 1,76%. Et l’indice de référence de la bourse espagnole n’a montré aucun signe de panique les jours suivants, alors que se mettait en place le nouveau gouvernement socialiste. L’engagement de Pedro Sanchez à respecter cette année le budget proposé par Mariano Rajoy a apparemment rassuré les marchés. “L’économie espagnole connaît actuellement une croissance forte et si le nouveau gouvernement suit le budget général récemment adopté, il n’y a pas de raison que la croissance économique déraille” indique l’analyste Paula Sampedro, spécialiste de la bourse espagnole.

Pour Pascal Bourbon, directeur d’une société de capital-risque à Barcelone et professeur d'entrepreneuriat à la Toulouse Business School, l’incertitude provoquée ces derniers mois par le conflit politique catalan s’apaise également avec l’éviction du leader conservateur.

Mariano Rajoy était l’élément qui bloquait la sortie de crise en Catalogne, le nouveau Premier ministre, plus modéré, ouvre un espoir de négociation, de déblocage et apporte un peu de répit, explique-t-il, l’Espagne commençait à perdre du poids sur la scène internationale, ce nouveau gouvernement apporte une image sereine, qui rassure”.

Élu avec l’appui de Podemos et surtout grâce au soutien inattendu des nationalistes basques, de centre droit, ainsi que celui des indépendantistes catalans qui réclament des accords rapides, Pedro Sanchez aura peu de marge de manœuvre pour mener de grandes réformes sociales et économiques. “Il n’a pas été élu sur un programme, mais dans le cadre d’une motion de censure, et il va gouverner en minorité avec seulement 84 députés sur 350, poursuit Pascal Bourbon, il n’aura pas la légitimité ni le temps de mettre en place de grands chantiers.” Légalement, Pedro Sanchez peut se maintenir au pouvoir jusqu’à la fin de la législature, en juin 2020. Mais il s’est engagé à convoquer des élections avant la date butoir, “après avoir géré les thèmes urgents et instauré la stabilité politique”. Les observateurs locaux estiment qu’il ne le fera pas avant les élections municipales et régionales prévues en mai 2019.

En attendant, Pedro Sanchez forme un gouvernement consensuel, composé de responsables politiques d’expérience. “Il veut donner une image de sérieux, avec des ministres qui ont déjà eu de grandes responsabilités nationales ou au niveau européen, il veut faire passer un message de crédibilité à Bruxelles, leur faire comprendre que l’Espagne, ce n’est pas l’Italie” analyse le politologue Gabriel Colomé.

Le premier Conseil de Ministres du gouvernement Sanchez aura lieu ce vendredi 8 juin. Une semaine tout juste après la chute inattendue de Mariano Rajoy.

06/08/2018 - Toute reproduction interdite


A woman cries as she listens to the Spanish national anthem during a protest calling for general elections in response to the investiture of Pedro Sanchez as new Spanish Prime Minister after winning a motion of no confidence vote, at Plaza Colon Squa
De GlobalGeoNews GGN