Analyses | 15 août 2018

La brigade parachutiste française: Comment cet outil unique en Europe se transforme

De Meriadec Raffray
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Au Mali et en Centrafrique en 2013, en Irak en 2014, dans les rues de nos villes dans le cadre de l’opération Sentinelle en 2015 et 2016, aux Antilles en 2017, de nouveau au Mali depuis mai. La 11e brigade parachutiste (8 500 hommes, dont 200 commandos, quatre régiments d’infanterie, un régiment blindé, de l’artillerie et du génie, une unité de livraison par air) de l’armée de terre française est engagée en première ligne au même rythme que toutes les autres formations interarmes de la force d’action terrestre (77 000 hommes). Cela n’empêche pas cette unité « à la fois polyvalente et spécifique » de réfléchir à son avenir, comme elle l’a toujours fait, confie son patron le général Patrick Collet.

Quand survient la Guerre froide, elle est mise sur la touche. Elle se recentre sur le théâtre africain. Avec l’apparition des forces spéciales à l’aube des années 90, elle privilégie son rôle de force de réaction rapide ; c’est la mission dite « Guépard ». Un nouveau tournant se dessine sous l’impact de facteurs multiples : la standardisation des organisations et des équipements ; l’invasion des technologies, dispendieuses en énergie ; l’exigence de protection des combattants (individuelle avec les gilets pare-balle, collective derrière des blindages durcis) ; l’augmentation de la puissance de feu disponible ; la sophistication des armes de « déni d’accès » d’un théâtre (les missiles sol-air) ; l’avènement des forces spéciales.

Cette unité « désormais unique en Europe », qui travaille volontiers avec ses homologues britanniques, revendique pour seul équivalent la 82e division aéroportée américaine. Pour asseoir sa pérennité, elle entend faire valoir sa dualité. D’un côté, sa polyvalence sera confortée par la panoplie Scorpion, les blindés terrestres de nouvelle génération, Griffons et Jaguar, qui commencent à équiper les brigades interarmes. De l’autre, les avancées technologiques accentueront les effets tactiques liés à sa spécificité parachutiste : la souplesse et la rapidité d’emploi, la surprise et la fulgurance, l’allonge. A commencer par l’A400 M, le nouvel avion de transport tactique ; l’aménagement sur la base aérienne de Toulouse Francazal du « pôle national des opérations aéroporté » (PNOAP) facilitera le déploiement jusqu’à 5000 kms de distance des 730 hommes qui composent son élément d’alerte et de réaction rapide à 48 heures. La capacité de cet avion à voler à très basse altitude en mode « suivi de terrain » ou à larguer des parachutistes à l’aide du seul GPS facilitera les opérations en territoire hostile. A terre, les treillis « intelligents » et les systèmes d’identification des armes aideront les hommes à se regrouper et à évoluer en toute discrétion. Dans un second temps, l’hélicoptère accroitra leur mobilité.

Au prix de quelques entorses à la standardisation, plaide l’état-major para, il est donc enviable de préserver cette force ni conventionnelle, ni spéciale, « dont l’emploi est souvent délicat, toujours complexe, potentiellement risqué », mais qui « offre une alternative aux guerres à distance qui ont échoué ». En ville comme dans les espaces intermédiaires, il faudra toujours des soldats sur le terrain pour imposer sa volonté, souligne la famille parachutiste, les yeux tournés vers les rives sud de la Méditerranée.

04/07/2018 - Toute reproduction Interdite


Des parachutistes de l'armée française marchent près de l'église Saint-Eustache alors qu'ils patrouillent à Paris, France, le 30 mars 2016, alors que la France a décidé de déployer 1 600 policiers supplémentaires pour renforcer la sécurité à ses fron
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