Du cap de Bonne Espérance à la Patagonie, en passant par la Grande barrière de corail, dix-huit équipes de quatre jeunes réalisant leur Service national universel (SNU) embarqueront à bord du trois-mâts La Boudeuse, dans le cadre de sa nouvelle expédition « Planète 2022 ». La mission des jeunes marins : sensibiliser leur génération aux enjeux environnementaux planétaires au cours de 13 étapes emblématiques autour du globe. Entretien avec le capitaine du navire, l’écrivain et aventurier Patrice Franceschi.

Entretien conduit par Marie Corcelle

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Fild : Quelle est l’histoire de la Boudeuse ?

Patrice Franceschi :
Avant le trois-mâts, j'avais une jonque de haute-mer qui s’appelait également La Boudeuse, que j’avais achetée au Cambodge en 1998. Je l’avais entièrement reconstruite pendant un an, et nous avions mené avec l’équipage une longue expédition scientifique dans les mers de ce que Joseph Conrad appelait « l’archipel malais » : des îles Andamannes jusqu’aux îles Salomon, en passant par l’Indonésie et le Vietnam... Cette jonque, je l’ai perdue dans un naufrage aux alentours de Malte, deux ans plus tard, en la ramenant en France. J’ai donc ensuite acheté un trois-mâts occidental beaucoup plus grand pour accomplir un tour du monde de 2003 à 2007 consacré aux peuples de l’eau. Et si le navire s’appelle également La Boudeuse, c’est simplement en hommage à Bougainville, premier Français à avoir fait le tour du monde avec une frégate du même nom.

Fild : Pourquoi avez-vous décidé de réaliser cette expédition avec des jeunes en SNU ?


Patrice Franceschi : Le projet « Planète 2022 » est justement destiné à la jeunesse de France à travers le SNU pour faire connaître le service national et susciter un intérêt. Tous les mois pendant les 18 mois du tour du monde, une équipe de quatre jeunes du SNU de chaque région se relaiera à bord dans les sites environnementaux les plus emblématiques de la planète : l’embouchure de l’Amazone, les Galápagos, le Cap Horn… L'idée étant qu’ils prennent conscience in vivo des enjeux environnementaux en compagnie de scientifiques de la société des explorateurs français, et que ces jeunes deviennent des ambassadeurs du SNU pour communiquer, avec les plateformes numériques, avec les douze millions de jeunes français scolarisés. Ils toucheront ainsi toute la jeunesse de France. L’équipage qui composera le navire sera détaché par la Marine nationale, et nous partirons si tout va bien à l’automne 2022.

« Des valeurs de liberté, d’engagement et de solidarité »

Fild : Quelles sont les valeurs portées par cette expédition ?

Patrice Franceschi : Ce sont celles que veut développer le SNU : il est la dernière chance de rassembler la jeunesse de France d’un point de vue social, de défendre des valeurs de liberté, d’engagement, de solidarité et d’esprit d’équipage. Ce sont des valeurs qui caractérisaient notre société jusqu’à présent, et qu’il faut sans aucun doute revaloriser, et transmettre à ces 12 millions de jeunes scolarisés ainsi qu’au grand public en général - ce qui se fera grâce aux médias associés à l’opération. Il y a en France, dans les collèges et lycées, 250 000 éco délégués : des jeunes qui, volontairement, se sont présentés pour transmettre l’écologie dans leur classe. Nous avons donc une double mission : promouvoir le SNU à travers les valeurs de sociétales qu’il porte, et sensibiliser la jeunesse à l’environnement.


Fild : Quels sont les enjeux et missions de cette nouvelle aventure autour du monde ?

Patrice Franceschi : Nous voulons que le SNU, l’environnement et la mer deviennent des enjeux attractifs pour la jeunesse. Cette dernière a perdu le goût de l’aventure, mais il n’y a pas qu’elle ! La société tout entière est concernée. Elle a perdu cette énergie que nous pouvons retrouver par l’aventure, par l’envie du lointain ; en redonnant goût et en reparlant de ce qu’est le risque, en particulier dans un moment de morosité accentué par la crise sanitaire.

Fild : Comment ont été choisies les escales ?

Patrice Franceschi : Nous avons associé à la fois des enjeux environnementaux et des lieux qui parlent à tout le monde : la barrière de corail, l’Ile de paques, l’embouchure de l’Amazone… Parmi des centaines d’endroits qui sont en difficulté, nous avons choisi ceux qui marqueraient le plus les esprits.

Fild : N’y a-t-il pas, à travers cette expédition, une certaine volonté de renouer un lien avec le passé maritime de la France ?

Patrice Franceschi : Nos outre-mer représentent la deuxième surface maritime mondiale. Et même la première au sens où elle est présente sur tous les océans, contrairement aux Américains qui ont une surface maritime un peu plus grande, mais sur deux océans seulement. C’est pour cela que le ministère de la Mer est impliqué dans l’expédition, pour faire comprendre à cette jeunesse que la France est une puissance maritime et qu’elle ne fait peut-être pas tout à fait ce qu’il faudrait pour la valoriser. La mer est aussi notre avenir, et il faut en prendre soin.

28/02/2022- Toute reproduction interdite


Le trajet de l'expédition de la Boudeuse prévue à l'automne 2022
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De Fild Fildmedia