Economie | 30 octobre 2019

La Blockchain : une technologie qui enthousiasme, et inquiète

De Maxime Chaix
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La blockchain est une technologie de stockage et de transmission d’informations sécurisée, supposée fonctionner sans organe central de contrôle. Souvent glorifiée par ses utilisateurs, parfois décriée par ses détracteurs, elle révolutionne peu à peu les systèmes d’échanges et de contrôle des données. Une conférence internationale sur cette thématique était organisée à Tirana le 24 octobre dernier. Notre correspondant Maxime Chaix  y était. 

Le 24 octobre dernier, l’auteur de ces lignes a assisté à une table ronde intitulée « La solution Blockchain : échange de données pour une meilleure protection », en marge de la 41ème Conférence Internationale sur la Protection des Données et sur les Commissaires en Charge de la Vie Privée » (ICDPPC). Organisée à Tirana, la capitale de l’Albanie, cette table ronde incluait parmi ses invités de marque l’ancien Premier Ministre italien Massimo D’Alema, l’avocat et expert de la protection de la vie privée Luca Bolognini, ou encore l’actuel Premier Ministre albanais Edi Rama. S’exprimant en préambule, ce dernier annonça l’introduction du Fintoken Act, un nouveau projet de loi sur la réglementation des marchés financiers à l’ère de la révolution technologique de la Blockchain, appelée « Chaîne de blocs » dans les pays francophones. Comme l’a récemment décrite le site spécialisé ZDNet, la Blockchain constitue « une version unique de la vérité rendue possible par un registre immuable horodaté et sécurisé, dont des copies sont détenues par plusieurs parties. (...) [Cette technologie basée sur les cryptomonnaies] permet d’authentifier un acte (comme une transaction) et de renforcer la confiance dans les affaires d’une institution ou d’une organisation quelconque. » Toujours selon ZDNet, la technologie Blockchain « promet également de rendre commercialisables de nombreux actifs qui sont illiquides aujourd’hui, et d’apporter la confiance à de nombreux secteurs d’activité, éliminant la fraude et la contrefaçon. »

Parmi ces secteurs d’activité, nous pourrions citer le domaine médical, dans lequel Consulcesi Tech, l’entreprise organisatrice de cette table ronde, est en pointe. Ayant une filiale en Albanie, cette firme assure l’authentification, grâce à la Blockchain, des examens annuels auxquels sont soumis les médecins de ce pays. Cette avancée technologique permet donc d’éviter la fraude, en garantissant l’authenticité des résultats d’examens à travers ce système à la fois inviolable et immuable. Dans un monde qui se digitalise en permanence, Consulcesi Tech développe également des applications qui assurent la traçabilité de la chaîne de distribution des médicaments, ou encore la digitalisation et la sécurisation des dossiers médicaux. Le recours à la Blockchain permet donc de respecter la vie privée des patients et de garantir la fiabilité de leurs médicaments, tout en facilitant les échanges d’informations entre les personnels soignants habilités. Puisqu’il est pour l’heure impossible de pirater la Blockchain, cette technologie enthousiasme de nombreux défenseurs de la vie privée sur le Web.

L’ex-Premier Ministre italien Massimo D’Alema a d’ailleurs décrit la Blockchain comme « le seul moyen actuel d’échapper à “Big Brother” sur Internet », en ce que cette technologie « n’est pas centralisée et qu’elle garantit la protection de la vie privée de ses utilisateurs ». Il s’agit donc d’un système horizontal dans ses versions actuelles mais, le 26 octobre dernier, la Chine a introduit une législation qui permettra « la gestion centralisée des mots de passe [par le gouvernement chinois], (...) [un] pack législatif [qui] est prévu pour s’appliquer à l’ensemble des secteurs utilisant la cryptographie ou des algorithmes de hachage. » En outre, comme le souligne LeJournalDuCoin.com, « cette loi prépare clairement le terrain au déploiement de la future [cryptomonnaie] d’État chinoise dont tout le monde parle ces derniers mois (...) Un des objectifs de Pékin est d’un grand classicisme avec la volonté de la Chine de devenir une autorité normative, avec l’application notamment des normes du CCP (Chinese Communist Party) (...) pour l’ensemble de l’industrie sur laquelle elle souhaite s’imposer. » La Chine va donc lancer sa propre version de la Blockchain – au demeurant contrôlée par le CCP –, une initiative qui a fait bondir le cours du Bitcoin de 40 % en quelques heures. Dans ce contexte, tant l’Union européenne que les États-Unis devraient prendre la mesure de leur retard sur cette question, et donc réagir en conséquence.

Récemment, Facebook a décidé de mettre en place sa propre cryptomonnaie, la Libra. En Europe, cette initiative a suscité de fortes réticences, notamment au sein du gouvernement français, qui s’oppose à son développement, car elle risquerait, selon le ministre de l’Économie et des Finances Bruno Le Maire, de remettre en cause « la souveraineté monétaire des États ». En d’autres termes, le développement de la Blockchain inquiète les autorités pour son caractère horizontal, non centralisé et non régulé.

Certains experts partagent d’ailleurs ces préoccupations. John Straw, un important conseiller au sein de la filiale londonienne de la firme de consulting McKinsey, a récemment alerté l’opinion sur le fait que la technologie de la Blockchain était susceptible de détruire les banques en Grande-Bretagne, et de perturber la collecte des impôts des particuliers et des sociétés. Décrivant la Blockchain comme une « tueuse de démocratie en bien des aspects », John Straw a donc salué la décision de la France et de l’Allemagne de rejeter la Libra de Facebook, affirmant que la Blockchain rendait les transactions « invisibles pour les autorités fiscales ».

Interrogé sur ces craintes, Gianluigi Pacini Battaglia, le PDG de Consulcesi Tech, reconnaît la possibilité d’un tel scénario. Il en appelle donc à la régulation des autorités : « En ce qui concerne les considérations mentionnées par John Straw, il est possible que cela se produise si le processus d’innovation d’une nouvelle technologie se déroule sans régulation de la part des institutions. Il est également vrai que, dans un système régi par une Blockchain, la compensation des contrats intelligents peut s’effectuer de manière automatisée. Un système peer to peer pourrait au contraire garantir que le retrait ait lieu automatiquement et simultanément avec la transaction. Dans tous les cas, il est clair que les systèmes doivent être régulés », d’où l’utilité du Fintoken Act récemment introduit en Albanie, un pays en pointe dans la révolution technologique de la Blockchain.

Qu’elle enthousiasme ou inquiète, cette évolution doit donc être mieux comprise et encadrée par les pouvoirs publics, à la fois car elle offre de grandes opportunités en termes de confidentialité, de traçabilité et de cybersécurité, mais également car elle comporte des risques non négligeables qui doivent être anticipés par nos autorités.

31/10/2019 - Toute reproduction interdite


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