L’Union européenne a financé un programme contre « l’islamophobie de genre » – plus de 160.000 euros d’argent public – piloté par l’Institut Européen pour la Méditerranée. Objectif de ce projet baptisé MAGIC : apprendre aux étudiants en journalisme de Belgique et d'Espagne à reconnaître et lutter contre « l'islamophobie de genre » (sic). Fatiha Agag Boudjahlat, enseignante et essayiste, analyse pour Fild cet entrisme islamiste au sein des institutions européennes.

Entretien conduit par Alixan Lavorel

Fild : Que signifie le terme d’« islamophobie de genre » ?

Fatiha Agag Boudjahlat : Il s’agit du nouveau cheval de Troie sémantique utilisé par les islamistes. Ces derniers s’approprient désormais l’image de la femme pour leur softpower – en plus de l’influence économique. L'expression « islamophobie de genre » est en fait très habile, mais ce ne sont pas ces gens-là qui l’ont inventée. L’équivalent était déjà utilisé dans un rapport du CCIF (le Collectif contre l’islamophobie en France, une association proche des Frères musulmans et désignée comme "ennemie de la République" par le ministre de l'Intérieur Gérald Darmanin avant sa dissolution en 2020. Son équivalent belge, le CCIB, est l’une des 3 associations cofinançant les 20% restant du projet, ndlr). Selon le CCIF, c’est à leur identité de femme que l’on s’attaque, ce à quoi venait se greffer « la double peine » d’être musulmane. Rappelons que ces femmes prétendent combattre le consumérisme occidental face à des femmes « plus assez pudiques ». C’est donc une stratégie redoutable : passer par les femmes pour normaliser une pratique ultra-orthodoxe de la religion.

Fild : Pourquoi axer cette stratégie d’influence via l’utilisation de l’image de la femme ?

Fatiha Agag Boudjahlat : Aujourd’hui, les pseudos ONG qui se font agréer par l’Union européenne ou le Conseil européen des droits humains font passer leurs revendications islamistes pour des combats de droits civils. Et évidemment, vous comprenez bien que la défense des droits des femmes est plus consensuelle et attendrissante que les barbus en qamis (vêtement long porté traditionnellement par les hommes musulmans, ndlr). Ce concept d’intersectionnalité, c’est-à-dire de « subir » plusieurs formes de discriminations dans une société, est très utile dans cette logique-là. Les islamistes vont dire que les femmes sont victimes d’oppressions en tant que femmes, et encore plus en tant que femmes musulmanes voilées. Or, ce qu’ils ne disent pas, c’est que la première oppression est infligée par les dogmes de la communauté à laquelle appartiennent ces femmes ! C’est ce que je disais à Sandrine Rousseau récemment lors d’un débat : elle et ses militants combattent le patriarcat blanc, mais bizarrement, on n’entend jamais parler de lutte contre le patriarcat arabo-islamique. On essaie de faire un « MeToo pro-islamistes » en faisant croire que les prédateurs sont en fait toutes les sociétés occidentales.

« Les islamistes veulent soumettre l'Europe »

Fild : Quel est l’objectif de ce genre d’études soutenues financièrement par l’Union européenne ?

Fatiha Agag Boudjahlat : C’est une attaque de plus à nos valeurs et qui, en plus, prend en otage nos concitoyens musulmans laïques. Vous savez, en Europe, la majorité des femmes portent le voile volontairement. Mais il ne faut pas oublier qu’il y a quand même une forme d’emprise, notamment à travers la contrainte de l’enseignement religieux. Soyons sérieux, ces femmes acceptent volontairement de porter le hijab en Europe car il n’est pas accompagné de toutes les autres contraintes qui existent en Iran, en Afghanistan ou dans tous les pays islamiques. Elles essaient ensuite de nous faire croire que l’islam est donc une religion parfaitement compatible avec les valeurs européennes... alors que le modèle prôné par les islamistes qu’elles défendent n’est pas celui de la femme européenne voilée qui peut voyager, travailler, se déplacer et être libre. Tout cela, c’est grâce aux valeurs européennes et occidentales, contre les valeurs islamiques qui dénoncent cette modernité. Un exemple marquant : celui d’un chercheur Pakistanais vivant tranquillement en Angleterre et qui faisait la liste « des traits typiquement occidentaux », sous-entendu qui n’existent pas en Orient et qui ne peuvent pas s’appliquer aux orientaux, même ceux vivant en Occident. Parmi ceux-ci : l’individualisme, l’éloignement de la famille, ou encore l’égalité femmes-hommes !

Fild : L’Europe est-elle manipulée par des lobbies islamistes ?

Fatiha Agag Boudjahlat : J’en veux profondément à l’UE, parce qu’à ce niveau, ce n’est même plus de la cécité, c’est de la complaisance envers les islamistes. L’Europe finance et donne de la légitimité à des organismes qui se servent des femmes pour banaliser l’entrisme islamistes sur notre continent. J’entends souvent l’expression du « ver islamiste dans le fruit européen ». Malheureusement non, le rapport de force, c’est que nous sommes le ver et eux ont déjà tout le fruit. L’Europe est complètement acquise aux thèses multiculturalistes et indigénistes postcoloniales. Il suffit de regarder récemment ce qu’a publié la commissaire maltaise Helena Dalli, c’est délirant * ! On offre des choses aux islamistes qu’ils n’avaient même pas osé imaginer demander. Le résultat, c’est que ces intégristes diffusent l'idée qu'un musulman est par essence islamiste ou que les musulmanes sont forcément hijabées, comme si on sortait du ventre de nos mères avec un foulard. C’est ce genre d’identité qu’ils essaient de créer... pour ensuite crier à « l'islamophobie de genre » !

Fild : Pourquoi la Belgique et l’Espagne sont-ils les pays visés par cette étude ?

Fatiha Agag Boudjahlat : La structure fédérale de la Belgique empêche une politique dynamique de l’État, et donne donc des pouvoirs très importants aux bourgmestres (maires en Belgique, ndlr). Il n’y aucune autorité politique centrale dans le pays qui héberge, à Bruxelles, le siège de l’Union européenne, la Commission et le Parlement. Quoi de mieux pour le lobbying ? L’Espagne est aussi très complaisante avec l’islam. D'abord, elle ne pratique pas la laïcité. Ensuite, la stratégie diplomatique espagnole exige d’être proche du Maroc. Ce qui n'a pas empêché les attentats islamistes en Espagne comme en Belgique. Même si ces deux pays sont dans cette « fuite en avant », ils n’en feront jamais assez face à ces gens qui ne cherchent finalement que la reddition. Les islamistes ne veulent pas davantage de droits pour vivre en paix leur religion, ils veulent soumettre l’Europe. Heureusement, la France est le seul pays avec « un système immunitaire » qui répond encore et qui continue de lutter contre tous ces phénomènes de façon un peu active en Europe. De plus, c’est aussi notre conception de la nation française qui refuse tout communautarisme qu’ils essaient de combattre. En France, on ne reconnaît pas les gens parce qu’ils appartiennent à une communauté. Pas étonnant, donc, qu’une réunion se déroulant à Istanbul et rassemblant tous les groupes islamistes il y a quelques semaines ait désigné notre pays comme celui à abattre, car « la France est l’ennemie du prophète ». Si la France tombe, tous les autres pays suivront en Europe.

N.B. : Interrogé par notre rédaction, l’Institut Européen pour la Méditerranée n’a pas donné suite à notre demande d’entretien

* La commissaire à l'égalité de la commission européenne souhaitait en effet interdire ou déconseiller l’utilisation de certains mots en Europe comme « Noël », « Marie » car jugés « trop chrétiens » ou « citoyen », car « discriminatoire pour les réfugiés ».

13/12/2021 - Toute reproduction interdite


Des femmes musulmanes écoutent un discours lors d'une manifestation contre l'islamophobie devant le Palais de justice de Bruxelles, le 26 octobre 2014.
© Francois Lenoir/Reuters
De Alixan Lavorel