Manque d’approvisionnements, hausses des coûts, retards de production … La filière mondiale du plastique est en situation de crise depuis l’émergence de la Covid-19, mettant aussi bien en tension le monde médical que l’industrie plasturgique.

Une enquête d’Alixan Lavorel et Marie Corcelle

 

Pour bien comprendre les impacts qu’a cette crise mondiale du plastique en France, il faut s’intéresser au monde de la santé. Ce-dernier a particulièrement été touché par le manque d’approvisionnements de certains composants en plastique, dont les productions ont été annulées, retardées voire stoppées à cause de la crise sanitaire.

Selon la Direction générale de la Santé (DGS) : « l'ampleur exceptionnelle de cette crise sanitaire sans précédent a engendré une forte tension mondiale sur les produits manufacturés issus de l’industrie de la plasturgie et met en tension tous les systèmes de santé du monde ». Beaucoup de matières premières ou autres produits utiles au monde médical sont produits à l’étranger avant leur importation en France, comme les écouvillons ou les cônes à filtres, particulièrement utiles pour les tests PCR depuis plus d’un an. Quelles sont réellement les causes de ce manque d’approvisionnements qui touche autant les centres hospitaliers et les laboratoires de recherche français ?

Selon la DGS, plusieurs problèmes ont conduit à cette situation : « Si les tensions du marché trouvent leur source dans le contexte de pandémie mondiale et d’une consommation mondiale accrue de consommables plastiques nécessaires au diagnostic de la Covid-19, d’autres facteurs liés à la production des produits ont aussi participé à cet état, impactant dans le même temps les prix et les délais de livraisons ».

La pandémie n’est pas la seule cause de ce blocage de l’industrie du plastique. Il est aussi dû à la hausse de la demande des matières disponibles en provenance de la Chine et des besoins de produits plastiques pour le secteur médical, l’emballage et le bâtiment. La production est d’ailleurs toujours au ralenti sur certains sites qui ont été contraints à des fermetures temporaires, notamment aux États-Unis suite aux épisodes de grand froid de l’hiver dernier. Cette situation « devrait s’améliorer d’ici août à septembre 2021 », confie le ministère des Solidarités et de la Santé. En attendant cet hypothétique retour à la normale, un stock d’État a été mis en place dans le cadre de l’état d’urgence sanitaire « afin d’approvisionner les acteurs par l’intermédiaire de Santé publique France qui a développé une chaîne logistique exceptionnelle permettant d’approvisionner les établissements jusqu’au retour à la situation courante d’approvisionnement », précise la DGS.

Une mauvaise anticipation de l’activité

Si ce n’est pas la première fois que la filière du plastique connaît une crise, celle qui est liée à la pandémie est sans précédent, selon Emmanuelle Buffet, Déléguée générale du groupe Elipso (association professionnelle qui représente les fabricants d'emballage plastique, ndlr). « Nous faisons face à des crises à peu près tous les 5 ans, mais celle de cette année est incomparable. Les prix se sont envolés, les cas de force majeure se sont multipliés. Aujourd’hui on est encore dans des prix de 70% à 80% au-dessus des prix habituels. Ça commence à se stabiliser mais on n’a jamais vu ça ».

Selon l’enquête menée par Elipso, l’impact pour les entreprises de l’emballage plastique porte aussi bien sur le prix que sur les délais de livraison et la disponibilité́ des produits.

L’activité du secteur se portait bien jusqu’à ce que l’Asie et notamment la Chine reprennent leur activité. Déconfinés plus rapidement que l’Europe, les pays asiatiques ont ainsi redémarré leur industrie et ont acquis une partie considérable des matières plastiques disponibles au niveau mondial. « Ça a provoqué un appel d’air, et les volumes sont partis à l’exportation », selon Emmanuelle Buffet. Mais à l’échelle européenne, un détail de procédure a eu un effet insoupçonné : celui des opérations de maintenance. « Elles ont lieu tous les 5 ans pour renouveler les agréments des usines. Ces opérations sont habituellement planifiées et les fabricants prévoient à l’avance l’arrêt de l’activité. Ils constituent des stocks, de façon à pouvoir passer le temps de la maintenance. Mais ces stocks-là sont partis très vite vers l’Asie en fin d’année, ce qui a causé une pénurie ».

En somme, cette pénurie est due à une mauvaise anticipation de la reprise de l’activité, avec des stocks rapidement mangés : « Ça s’est vu tout a long de la chaine. On a vu des ruptures et des tensions en janvier et février pour les transformateurs de granulés de plastique, puis en mars-avril pour les transformateurs de deuxième rang. Pour l’instant, si la situation s’avère plutôt stable, il faudra attendre la fin de cette année voire le début de l’année prochaine pour un retour à la normale » constate Emmanuelle Buffet.

Ayant constaté l’impact de la pandémie sur différents secteurs industriels, l’État se pose la question de la réindustrialisation de notre pays. Un terme d’ailleurs évoqué par le président de la République lors de son allocution du 12 juillet dernier, aux airs de campagne électorale. L’industrie serait-elle un nouveau front de la bataille pour la présidentielle de 2022 ?

18/07/2021 - Toute reproduction interdite


Un travailleur médical administre un écouvillon nasal à un patient dans un centre de test mobile COVID-19 à la gare de Nice, le 12 mars 2021.
© Eric Gaillard/Reuters
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