L’écrivain aventurier Patrice Franceschi renoue avec l’héroïsme des combattant(e)s kurdes dans un nouveau roman, à la fois nécessaire et magnifique  S’il n’en reste qu’une (Ed. Grasset, 2021). Un thème qu’il avait déjà abordé lors de ses deux précédents ouvrages, Mourir pour Kobané ( Ed. des Equateurs, 2015 ) et Avec les Kurdes ( Ed. Gallimard, 2020 ).

Le coup de cœur littéraire de la rédaction, par Marie Corcelle.

Une grande reporter, Rachel Casanova, est propulsée au nord de la Syrie - qui fut un temps l’ancien Rojava - pour un reportage sur les guerrières kurdes qui luttèrent contre Daesh. Dès son arrivée, elle découvre un cimetière militaire kurde, avec une tombe où deux femmes sont enterrées ensemble, Tékochine et Gulistan. La journaliste tient son sujet : elle racontera l’histoire de ces deux combattantes Kurdes, qu’on appelle yapagas. Un reportage - sous forme également d'introspection - à la rencontre de celles qui luttèrent jusqu’au bout pour protéger leur peuple des islamistes, et par la suite des Turcs, ennemis de toujours.

Fort du temps qu’il a passé avec les Kurdes, Patrice Franceschi dresse un portrait fidèle de ce peuple, en n’omettant jamais de rappeler - à juste titre -, leur abandon par les forces Occidentales à l’automne 2019. « Ils ont trahi leurs engagements vis-à-vis de nous après cinq années de guerre commune contre l’État islamique, et 36 000 tués et blessés dans nos rangs », fait-il dire à une commandante kurde.

Écrire sur les yapajas, c’est rappeler que ces femmes ne placent rien au-dessus de la liberté,
c’est raconter leur courage et le sacrifice au prix de leurs vies face à l’idéologie barbare des islamistes. Mais c’est surtout insister sur le refus d’abandonner la bataille et de lutter à tout prix, jusqu’à la fin. L’auteur rappelle à de nombreuses reprises que les combattantes gardaient toujours une balle en réserve, pour elles-mêmes, afin d’échapper à la cruauté de l’ennemi.

Un livre essentiel qui résonne avec une autre actualité tragique, une autre guerre et d'autres abandons. « S'il n'en reste qu'une » est aussi une tentative pour ne surtout pas laisser tomber dans l’oubli celles qui ont été nos alliées, car « oublier, c’est trahir ».

06/09/2021 - Toute reproduction interdite


"S'il n'en reste qu'une" par Patrice Franceschi
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