Éminent spécialiste du Vatican, Bernard Lecomte est grand reporter et écrivain. Auteur de nombreux best-sellers, il publie chez Glénat la série de bandes dessinées Un pape dans l’Histoire. Chaque album de la collection, réalisée en partenariat avec les éditions du Cerf, mêle aventures et intrigues avec en toile de fond la grande histoire. C’est détendant, instructif et brillant !

    Entretien conduit par Marie Corcelle

Fild : Quel est votre rôle au sein de la collection ?

Bernard Lecomte : Je suis un vieux journaliste qui a beaucoup traité les affaires du Vatican. J’ai écrit plusieurs livres, dont un Dictionnaire amoureux des Papes qui avait plu au grand patron des Editions Glénat, Jacques Glénat. Il a eu un jour l’idée de sortir cette collection sur les papes dans l’Histoire. Il m’a appelé en me demandant si j’accepterais de piloter le projet en tant que conseiller historique et en rédigeant à la fin de chaque ouvrage des cahiers documentaires. J’ai tout de suite accepté.

Fild : Pourquoi parler des papes et pas d’autres personnages historiques ?

Bernard Lecomte
: Tout simplement parce qu’il existait déjà une collection sur les grands personnages qui ont fait l’Histoire. L’idée de Glénat et du patron des Editions du Cerf, qui collaborent sur ce projet, était de parler des Papes, mais pas en tant que chefs de l’Église car ce n’est pas une bande dessinée religieuse. Le jeu consiste à parler de ceux qui ont eu une importance historique majeure. Il y a eu 266 évêques de Rome depuis la création de l’Église, il fallait en sélectionner une trentaine qui soient au cœur d’un évènement historique majeur. On a choisi Pie XII pour la Seconde Guerre Mondiale, Léon Le Grand pour l’effondrement de l’Empire Romain au Vème siècle, Clément V parce qu’il est le premier pape d’Avignon et qu’il a sacrifié les Templiers… Comme la France a été au cœur de la chrétienté pendant plus d’un millénaire, c’est aussi une manière de raconter notre histoire.

Fild : Votre collection a une visée historique mais elle traite beaucoup de religion. Ne craignez-vous pas qu’on vous accuse de dogmatisme ?

Bernard Lecomte :
Alors ça c’est la tradition française ! Je n’ai aucune illusion, il y aura toujours des gens qui seront anticléricaux, considérant que dès que l’on parle de religion, c’est une catastrophe. Même certains libraires vont refuser une bande dessinée sur les papes. C’est idiot, car il suffit d’ouvrir l’un de nos albums pour voir que l’on parle d’Histoire. Ce n’est pas parce qu’un homme est le chef de la chrétienté qu’il n’est pas intelligent ou qu’il n’a pas eu une importance colossale quant à la destinée de notre pays. Bien sûr, la religion peut effrayer certaines personnes qui ne la connaissent pas, mais il y a un problème majeur d’inculture religieuse en France. On n’est pas obligé d’être un homme de foi ou un mystique pour apprécier l’œuvre d’un dessinateur qui vous montrera l’Histoire de l’Église.

Fild : Quelles sont les bases de votre documentation ?

Bernard Lecomte :
J’ai beaucoup travaillé sur l’histoire des papes depuis le XIXème siècle. J’ai donc mes sources, mes notes et mes livres. J’ai tout ce qu’il faut. Lorsqu’il s’agit d’une époque plus lointaine, je fais le travail de n’importe quel journaliste sur un sujet qu’il ne connaît pas. Je me renseigne, je vais chez les libraires et je cherche sur les banques de données. Il y a toujours plusieurs biographies et témoignages pour chaque pape, sans oublier que nombre d’entre eux ont écrit des ouvrages. On trouve donc largement de quoi faire.

Fild : Vous avez consacré un ouvrage à Pie XII, un pape très controversé. Quel point de vue avez-vous adopté pour raconter son histoire ?

Bernard Lecomte :
J’ai été grand reporter pendant plus de 30 ans, je suis donc formé à une certaine éthique. Autrement dit, mon point de vue est ce que je crois être juste dans l’Histoire. Je creuse, je confronte, je lis différents ouvrages, je me fais mon avis et je le vérifie pour essayer ou non de le conforter. Parler de Pie XII n‘est pas simple. Ce pape choisi juste avant le début de la Seconde Guerre mondiale en mars 1939 satisfaisait tout le monde, car l’Église se dotait ainsi d’un grand diplomate. Il a essayé d’éviter la guerre, et il a prononcé la neutralité du Saint-Siège. Mais lorsque vous voulez éviter tout conflit, vous essayez de ne pas insulter tout de suite ceux qui vont en être les protagonistes, d’où la clémence de Pie XII envers Mussolini pour tenter de le dissuader d’une alliance avec Hitler. Il savait pertinemment qu’adopter la neutralité impliquerait de ne pas condamner les belligérants. Le pape Benoit XV en 1914-1918 avait connu le même problème. Donc Pie XII ne condamnera pas clairement. C’est à partir de 1942, lorsque la Shoah commencera à être organisée par l’Allemagne nazie, qu’il hésitera à intervenir. Mais il est tout à fait clair qu’il manquera toujours dans l’Histoire une grande protestation d’un pape contre le génocide juif. L’intérêt n’est pas de dire si Pie XII était un héros ou une ordure, mais de raconter tout ce que je viens de dire. Et puis les papes qui ne sont pas controversés sont beaucoup moins intéressants !

11/02/2021 - Toute reproduction interdite


Un pape dans l'Histoire : Léon le Grand
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