En faisant entrer la « théorie du genre » dans les écoles, les petits français deviennent de véritables cobayes d’une idéologie dévastatrice et d’un problème qui ne concerne en réalité qu’une ultra-minorité d’enfants. Comme toujours, soumis à de petits lobbies très actifs, le gouvernement Macron remet ainsi en cause l’un des repères fondamentaux de notre société, voire de notre civilisation.

La chronique politique de Roland Lombardi

La semaine dernière, dans une circulaire publiée dans le Bulletin officiel, le ministère de l’Éducation a appelé à mieux accueillir les élèves « transgenres » dans le milieu scolaire.

C’est clairement un texte inspiré de l’idéologie woke, originaire directement des universités américaines. Une victoire pour ce courant de pensée défendu par des lobbies souvent groupusculaires mais très actifs. Et comme toutes les études sérieuses le prouvent, ce « problème » ne toucherait qu’une infime proportion d’enfants, une ultra-minorité.

Aux États-Unis, des premiers cas de suicide sont apparus parmi les jeunes dont les parents étaient des adeptes de cette théorie. Certains pays scandinaves ayant suivi les préceptes fous de cette idéologie délirante en reviennent déjà au regard des conséquences catastrophiques sur le plan de la construction personnelle et psychologique des futurs adultes.

Bien évidemment, il faut que l’école soit attentive à toutes les blessures et les souffrances. Qu’elle récuse tout jugement péremptoire et respecte la dignité de chacun.

Néanmoins, l’école doit demeurer un sanctuaire comme le rappelait d'ailleurs Jean-Michel Blanquer, le ministre de l’Éducation, en citant parfois Jean Zay, l’un de ces prédécesseurs : « les écoles doivent rester l’asile inviolable où les querelles des hommes ne pénètrent pas ». Car en définitive, c’est de cela qu’il s’agit, rien de plus.

En érigeant le personnel de l’éducation comme co-responsable des questions d’identité sexuelle des enfants, cette circulaire fait de nouveau entrer dans l’école des débats idéologiques où ils ne devraient pas avoir leur place.

Comme avec l’écriture inclusive qui, outre son aberration intellectuelle, est une catastrophe pour l’apprentissage de la langue, « l’idéologie du genre » fait partie d’une campagne globale de sape et de déconstruction des fondements de notre société, voire de notre civilisation, en exacerbant de la pire des façons l’individualisme et la dictature des minorités.

Avec l’annihilation de tout distinguo entre le masculin et le féminin, les garçons pourront donc porter des jupes dans l’enceinte scolaire, les élèves se considérant « transgenres » pourront ainsi choisir d'utiliser les toilettes et les vestiaires ou les dortoirs (pour les internats) « conformes à leurs identités de genre », et pour couronner le tout, certains, s’ils le souhaitent, pourraient même changer de prénom !

Il faut préserver les enfants, encore fragiles par nature, des dogmes et des diktats de quelques illuminés. N’en déplaise à certains, en dépit du nihilisme idéologique tentant de nous faire croire que tout est semblable à tout et que tout se vaut, ce sont pourtant les différences entre l’homme et la femme, le père et la mère, qui constituent un socle civilisationnel.

Était-ce vraiment une priorité ?

Jean-Michel Blanquer était jusqu’à présent le seul ministre de la Macronie qui trouvait grâce aux yeux de la majorité des Français, et particulièrement de l’électorat conservateur. Sa discrétion naturelle, son côté très « hussard de la République » et surtout ses déclarations, ses positions et ses quelques mesures pour revenir aux fondamentaux d’une éducation qui avaient fait l’excellence de l’école française dans le passé, séduisaient l’opinion. Mais voilà, Blanquer semble avoir cédé, comme son patron, au fameux « en même temps ». En ces temps incertains de campagne électorale, où tous les petits votes peuvent faire la différence, le « bien-aimé » de la Macronie paraît être soumis lui aussi à l’entrisme de certains lobbies et s'être mué en vulgaire racoleur de tous les courants, aussi résiduels et minoritaires soient-ils, du progressisme et de la bien-pensance du « bloc élitiste ».

Alors qu’il y en tout juste un an, un professeur était décapité par un terroriste islamiste devant son collège pour avoir enseigné la liberté d’opinion, que l’école est déjà la victime de tous les communautarismes et des idéologies, et que toutes les études s’accordent sur le déclin et le déclassement inexorable de l’enseignement français par rapport au reste du monde, nous sommes en droit de nous demander si cette nouvelle circulaire était vraiment une priorité.

Surtout qu’en 2021, un jeune Français sur cinq souffre d’illettrisme, et que l’irrespect et surtout la violence la plus sauvage se développent de manière exponentielle envers les maîtres, comme le confirme la dernière agression à Combs-la-Ville, en pleine classe (et filmée sous les rires !), d’une enseignante par son élève !

Plus que jamais, c’est d’une révolution en profondeur dont a besoin l’Éducation nationale, où la propagande et les idéologies communautaristes et « intersectionnelles » n’auraient bien évidemment plus droit de cité. Celle-ci doit être fondée sur un retour à l’excellence et à l’autorité assumée. Et une remise à l’honneur du mérite, de la discipline, la sanction, l’effort, l’émulation, l’équité, la cohésion nationale, le savoir et la formation professionnelle.

Quant à l’égalitarisme, le narratif victimaire, le nivellement par le bas et la confusion des genres, véritables causes du tragique déclin de l’enseignement en France, ils doivent impérativement et définitivement en être exclus. Avant qu’il ne soit trop tard…

Roland Lombardi est historien, consultant en géopolitique et spécialiste du Moyen-Orient. Il est analyste et éditorialiste pour Fild. Il est l'auteur de plusieurs articles spécialisés. Ses derniers ouvrages sont Les trente honteuses, ou la fin de l'influence française dans le monde arabe et musulman (VA Editions, 2019) et Poutine d'Arabie, comment la Russie est devenue incontournable en Méditerranée et au Moyen-Orient (VA Editions, 2020).

@rlombardi2014

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Des écolieres se rassemblent dans la cour de récréation de l'école primaire Lepeltier à La Trinité, près de Nice, le 26 avril 2021.
© Eric Gaillard/Reuters
De Roland Lombardi