| 1 juillet 2018

Kazakhstan : expansion économique et autoritarisme politique

De Elisa Rullaud
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Le 23 mai 2018, le Parlement kazakh a adopté une loi permettant au président Noursoultan Nazarbaïev, au pouvoir depuis 18 ans, de continuer à régner à vie sur le pays. Symbole d’un régime autoritaire, il ambitionne d’élever le pays, riche en hydrocarbures, parmi les 30 puissances économiques mondiales à l’horizon 2050. Par Elisa Rullaud

Depuis 1989, Noursoultan Nazarbaïev, resté au pouvoir après l’indépendance du pays en 1991, exerce un contrôle total sur l’ancienne république soviétique. Détenteur du titre de "Père de la Nation" qui lui garantit l'immunité judiciaire, Mr. Nazarbaïev a été successivement réélu avec des taux atteignant les 90%.  En 2015, sa réélection à plus de 97% a été dénoncée par l'Organisation pour la sécurité et la coopération en Europe (OSCE), en raison de "restrictions majeures à la liberté d'expression et dans la sphère des médias".  Selon le rapport de 2018 de Human Rights Watch, le gouvernement contrôle de manière stricte la liberté d’expression, la liberté de réunion et de religion et surveille de près les syndicats. Le rapport soulève des cas de violentes répressions lors de manifestations syndicales et pointe du doigt une violation du droit des travailleurs. Très encadrés, les principaux médias d’opposition nationaux ont été interdits en 2013. Journalistes indépendants et opposés au pouvoir sont régulièrement la cible d’agressions, de harcèlement ou de poursuites judiciaires.

Sur la scène internationale, le Kazakhstan cherche à développer son identité nationale propre en travaillant sa visibilité et son image médiatique. Le président Nazarbaïev a ainsi annoncé en février 2014 son intention de renommer le pays « Kazakh Yeli ». En 2017, le pays a également abandonné l’alphabet cyrillique pour l’alphabet latin qui permettrait de mieux retranscrire les sons et nuances de la langue kazakhe. C’est aussi une manière d’exprimer sa volonté de rapprochement avec l’Occident et son émancipation face aux puissances voisines, notamment la Russie. Malgré tout, le Kazakhstan constitue toujours le premier partenaire économique de Moscou et fait partie de toutes les instances de coopération régionale sous tutelle russe ou sino-russe. Le pays mène une politique d’équilibre constant avec la Russie, laissant croire finalement à une autonomie diplomatique déguisée. La Russie en revanche n’approuve pas son rapprochement avec l’Occident et la Chine et notamment l’évasion croissante des ressources énergétiques de la région.

Et pour cause, le pays de plus de 18 millions d’habitants est aujourd’hui l’un des plus développés d’Asie centrale, grâce à ses ressources naturelles, notamment en pétrole et en gaz qui représentent 35% du PIB et 75% des exportations. Il est actuellement le deuxième pays producteur d’uranium avec 19% de la production mondiale, mais aussi de chrome d’argent et de zinc. Le pays est donc très attractif pour les investisseurs étrangers en raison de la richesse de son sous-sol. En 2018, la Banque mondiale a relevé ses prévisions de croissance du PIB à 3,7% (contre 2,6% auparavant). Mais l’économie du pays reste tout de même fragile, dépendante du prix du pétrole et reposant en grande partie sur les exportations d’hydrocarbures.  

Le gouvernement dans son programme de développement « Kazakhstan 2050 » projette de diversifier son économie par le biais de partenariats avec des entreprises étrangères en s’appuyant sur l’innovation et les nouvelles technologies, le développement des infrastructures de transport et la transition vers l’économie verte.

Selon la Banque mondiale et son rapport « Doing Business » de l’année 2018, le Kazakhstan arrive à la 36ème place mondiale grâce à des réformes qui facilitent l’enregistrement des entreprises dans le pays. En revanche, ce rapport ne prend pas en compte le niveau élevé de corruption, le pays était classé 122ème sur 180 selon Transparency International.

 

04/07/2018 - Toute reproduction interdite.


Des travailleurs effectuent l'entretien d'un puits de pétrole sur des champs pétrolifères exploités par une filiale de la société KazMunayGas Exploration Production JSC dans la région de Kyzylorda, sud du Kazakhstan, 21 janvier 2016.
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