La semaine dernière, le garde des Sceaux présentait son projet de loi visant à rétablir la confiance des Français dans l’institution judiciaire. Dans la même semaine tombait, entre autres, le verdict du procès en appel des policiers brûlés à Viry-Châtillon et l’annonce d’une absence de procès pour le meurtrier de Sarah Halimi. Jusqu’où allons-nous descendre ?

La chronique politique de Roland Lombardi.

Mercredi 14 avril, le ministre de la Justice Éric Dupont-Moretti a annoncé en Conseil des ministres un projet de loi visant à « restaurer la confiance » dans la justice française. Certes les réformes sont toujours bienvenues. Certains points de celle-ci sont d’ailleurs intéressants. Comme la suppression des réductions de peine « automatiques », qui ne seraient désormais plus accordées qu'au mérite. Mesure déjà dénoncée d’ailleurs comme « populiste » par certains avocats et magistrats…

Or, l’augmentation des moyens, la généralisation des cours criminelles sans jury, la possibilité de diffuser des audiences à la télévision, l’encadrement des enquêtes préliminaires, la création d'un « contrat de travail pour le détenu » ou encore l’encouragement au recours du bracelet électronique comme alternative à la détention provisoire sont-elles réellement la panacée aux problèmes de la Justice en France ?

Au vu de la semaine judiciaire écoulée, nous pouvons remarquer que le malaise est bien plus profond…

Le naufrage de la Justice française

Après six semaines d’audience, dans le procès de l’attaque de policiers brûlés au cocktail Molotov à Viry-Châtillon en Essonne, la cour d’assises des mineurs de Paris vient de condamner en appel, cinq des treize jeunes à des peines allant de six à dix-huit ans de réclusion criminelle pour tentative de meurtre sur personnes dépositaires de l’autorité publique.

Or, huit acquittements ont été prononcés !

La lecture du verdict, rendu après quatorze heures de délibérations dans une ambiance électrique, a été brièvement interrompue par une bagarre dans le box des accusés et dans la salle d’audience, nécessitant l’intervention d’une trentaine de policiers et de gendarmes. Mais aucune interpellation n’a suivi !

Cette décision de justice a bien évidemment suscité l’indignation des syndicats policiers. Thibault de Montbrial, avocat d’une policière victime, résume parfaitement l’aberration de la situation : « Nous venons d’assister à un naufrage judiciaire. (…) Alors que l’on sait qu’il y avait seize assaillants, on se retrouve avec cinq condamnations ».

De toute évidence, les violences, les jets de cocktails Molotov, les tirs de mortiers contre les policiers ne risquent pas s’arrêter de sitôt…

Puis, ce fut bien évidemment la scandaleuse décision de la Cour de cassation rejetant le pourvoi formé par la famille de Sarah Halimi, cette sexagénaire juive, torturée puis défenestrée aux cris d’« Allah Akbar », par Kobili Traoré, il y a quatre ans à Paris. Tout en confirmant le caractère antisémite du crime, la justice estime pourtant que le meurtrier, sous emprise de cannabis (ici circonstance atténuante !), est irresponsable et ne sera donc jamais jugé !

Concernant l’ignominie de l’affaire Halimi, nul n’est besoin d’entrer dans les détails judiciaires. Les arguments de ceux qui osent encore nous dire que les décisions rendues par les différentes cours de justice françaises n'ont fait que « dire le droit », « appliquer les règles du droit » … sont plus que jamais inaudibles.

Enfin, dans cette nouvelle semaine de la honte pour la Justice française, il ne faut pas oublier le procès d’Anis, 28 ans, frère d’Ahmed Hanachi, clandestin d’origine tunisienne, assassin de Laura et Mauranne, deux jeunes filles poignardées à Marseille le 1er octobre 2017. Cet ancien jihadiste mis en cause dans cet attentat de la gare Saint-Charles pour « association de malfaiteurs terroriste en vue de commettre des crimes d’atteintes aux personnes » a été blanchi cette semaine par la justice française, bénéficiant d’un non-lieu au terme d’une instruction de plus de trois ans et demi !

Vers une « bouffée délirante » populaire ?

Nous sommes déjà les témoins quotidiens depuis une année, de la calamiteuse gestion sanitaire d’une caste politique dépassée et incompétente. Ces dernières décisions de justice sont des signes supplémentaires de la désintégration et de la déliquescence générale des pouvoirs en France.

Les Français ne veulent pas d’une réforme de la justice telle qu’essaie de nous la vendre Éric Dupond-Moretti. Ils en ont marre des « spectacles », d’une com’ destinée à une seule élite minoritaire, bien-pensante et déconnectée du réel. Ils ne veulent pas d’un garde des Sceaux « ministre des prisonniers » et accessoirement de « l’administration pénitentiaire » !

Ils ne veulent pas « mieux connaître l'institution judiciaire » mais que la Justice fasse vraiment son travail en défendant les plus faibles et surtout, qu’elle soit un véritable vecteur du rétablissement de la sécurité et de l’ordre dans le chaos ambiant. Que cessent enfin les sempiternelles remises de peines et les délais interminables, comme les verdicts ubuesques pour des voyous récidivistes et finalement laissés libres. Les policiers en ont ras le bol de retrouver le lendemain, des délinquants arrêtés la veille.

Depuis les attentats de 2015 jusqu’à aujourd’hui avec la crise sanitaire, le pays « tient » encore grâce aux derniers maillons de la chaîne : policiers, pompiers, infirmières, médecins… Mais pour combien de temps encore ? Devant tant de morgue, de mensonges, d’impéritie et d’injustices d’une « élite » hors sol, on ne sait plus s’il faut se réjouir ou s’inquiéter de la patience et du calme apparent des Français.

Ce qui est certain, comme le dit justement Guillaume Bigot, c’est que chacun sent très bien que nous sommes au bout d'un cycle et que des évènements graves vont survenir. Car une « bouffée délirante » des « sans dents » et de « ceux qui ne sont rien » est, dans ce triste contexte, malheureusement inévitable…

Roland Lombardi est historien, consultant en géopolitique et spécialiste du Moyen-Orient. Il est analyste et éditorialiste pour Fild. Il est l'auteur de plusieurs articles spécialisés. Ses derniers ouvrages sont Les trente honteuses, ou la fin de l'influence française dans le monde arabe et musulman (VA Editions, 2019) et Poutine d'Arabie, comment la Russie est devenue incontournable en Méditerranée et au Moyen-Orient (VA Editions, 2020).

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Le symbole de la Justice dans un cabinet d'avocats à Nice, le 9 octobre 2009.
© Eric Gaillard/Reuters
De Roland Lombardi