Analyses | 22 décembre 2020

Jupiter contre Hercule

De Guillaume Bigot
3 min

En annonçant son intention de soumettre à référendum la mention de la défense de l’environnement dans la constitution, Emmanuel Macron semble avoir réussi un joli coup politique.  

                                                                         La chronique de Guillaume Bigot.

Il caresse les écolos dans le sens du poil. Il rassure les membres de la convention sur le climat qui commençaient à se sentir floués. Si toutes les idées émises par la convention citoyenne n’ont pas été retenues, ses membres devraient au moins avoir le sentiment d’avoir été entendus.  En choisissant la voie référendaire, le Chef de l’État donne aussi la parole au peuple. La convention citoyenne a été conçue comme une réponse à une demande de démocratie directe, exprimée sur les ronds-points.

Souvenons-nous du RIC, le référendum d’initiative citoyenne exigée par les Gilets jaunes. Avec La convention citoyenne et le référendum, Macron a inventé un RIC de poche ou un RIC sous cloche diront les sceptiques.

En ajoutant à l’article premier « la préservation de l’environnement, la diversité biologique et l’action contre les changements climatiques » le chef de l’État fait du recyclage. 

À l’été 2018, une réforme constitutionnelle contenant cette disposition avait été enterrée par l’affaire Benalla.  En août 2019, un second projet de ce type avait été écarté.   Ce sujet fait tellement consensus qu’Emmanuel Macron ne prend aucun risque en proposant un référendum pour défendre la biodiversité. Le Président aurait pu aussi demander aux Français s’ils étaient d’accord pour avoir plus de ciel bleu.

À court terme, le risque est nul. Macron joue à qui perd gagne. Une proposition de révision de la Constitution doit d’abord être adoptée par les assemblées avant d’être soumise au suffrage universel. Si les parlementaires s’y opposent, le Président passera pour le chevalier blanc du référendum et pour le chevalier vert de l’écologie. Or, ce référendum ne pourra pas se tenir avant les présidentielles tant en raison de la situation sanitaire que de l’opposition du Sénat.

Mesurons donc à sa juste valeur l’assurance qu’il faut pour laisser penser aux membres de la convention citoyenne que ce projet pourrait être rapidement adopté.

Admirons l’audace éblouissante d’un président qui présente aux membres de la convention un projet qui dormait dans ses cartons depuis deux ans, en leur laissant entendre qu’il résulte de leurs travaux. Mais le plus étourdissant est ailleurs.

Un inutile projet de révision.

Depuis 2005, la charte de la biodiversité, plus précise et plus contraignante, a été intégrée au bloc de constitutionnalité. Ce projet est donc un coup d’épée juridique dans l’eau.  S’il est adopté, il sera aussi utile pour lutter contre le réchauffement climatique qu’une traversée en voilier de l’Atlantique par une lycéenne suédoise !

Ce gadget de l’article premier recèle aussi une autre esbroufe.

La convention citoyenne, ce ne sont pas des élus et encore moins le peuple. Ce sont 150 personnes tirées au sort, travaillées au corps pendant des mois par des experts choisis par le gouvernement.  La convention citoyenne fait davantage penser à un panel marketing qu’à un organe de démocratie directe.  Ce panel n’a pas été invité à réfléchir à des sujets de son choix ou à des sujets populaires tels que l’immigration ou la privatisation d’aéroport de Paris. Alors que le projet de révision constitutionnelle n’ajoute rien, le gouvernement négocie avec l’UE le projet Hercule consistant à découpler totalement la production de la commercialisation de l’électricité en France. Macron-Jupiter brandit son article premier mais Hercule-Bruxelles avance. Et si Hercule est adopté, l’Europe aura détruit l’indépendance énergétique de la France et sa capacité à produire une énergie décarbonnée et bon marché.

Un référendum, pourquoi pas ? Mais soumettez alors l’approbation du projet Hercule aux suffrages de « votre » peuple.

 

21/12/2020 - Toute reproduction interdite


La tour de l'entreprise EDF dans le quartier de La Défense, le 21 avril 2016.
Gonzalo Fuentes/Reuters
De Guillaume Bigot

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