Julien Aubert est député du Vaucluse, secrétaire général adjoint des Républicains (LR) et préside le mouvement Oser la France. À moins d’un an des élections présidentielles, il révèle les ambitions de son parti et livre ses réflexions sur des questions régaliennes comme la sécurité des Français ou encore  la culture.

Entretien conduit par Alixan Lavorel. 

Fild : Après l’échec de François Fillon en 2017, le fiasco des européennes en 2019 et la déception des municipales l’année dernière, quelle ambition porte le parti Les Républicains (LR) à moins d’un an de l’élection présidentielle de 2022 ?

Julien Aubert : Pour Les Républicains, il est 23h55. Minuit moins cinq, car au lendemain des régionales, nous aurons très peu de temps pour corriger un tir qui est pour l’instant assez mal parti. Nous n’avons pas de candidat et nos adversaires en profitent pour nous ramener à une sorte de « réserve de voix » pour un hypothétique second tour. La priorité d’un parti comme Les Républicains devrait être d’exister et de survivre en justifiant de son utilité. La question est de se rassembler pour qui et pourquoi ? J’espère que l’équipe dirigeante s’attèlera à cette question au lendemain des élections régionales et départementales.

Fild : Depuis quatre ans, votre parti n’a cessé de décliner, tout comme vos résultats aux élections, au profit d’Emmanuel Macron et de Marine Le Pen. Est-ce un signe de la disparition de votre famille politique ?

Julien Aubert : Ce n’est pas tant une disparition mais une désagrégation lente. À partir du moment où vous êtes ballotés par la tempête, votre bateau peut soit la traverser avec un mât cassé comme seul dommage, soit complètement se disloquer. On sait très bien que tel Ulysse dans le détroit de Sicile, vous avez Charybde et Scylla de chaque côté [Emmanuel Macron et Marine Le Pen, ndlr]. Il ne faut se faire manger ni par l’un ni par l’autre, et savoir où l’on veut aller. Certains trahiront par opportunisme ou abandonneront par fatalité en pensant qu’il n’y a plus d’espoir. À l’inverse, il y aura ceux qui, comme moi, resteront fidèles au message du gaullisme. C’est dans les pires situations qu’il faut trouver l’espoir. Cent pour cent des batailles qui ne sont pas livrées sont perdues.

Fild : L’un des atouts d’Emmanuel Macron au moment de son élection était sa jeunesse, plébiscitée par de nombreux Français. Vous êtes issus de la même promotion de l’ENA que lui, pensez-vous incarner le futur de la droite ?

Julien Aubert : J’ai tenté de me présenter à une élection interne des Républicains. Je pense effectivement que j’ai des choses à amener, mais c’est aux adhérents de décider. La seule stratégie pour s’en sortir est d’abord de clarifier notre positionnement. On ne doit pas être un parti de la droite et du centre, mais d’abord un parti de droite qui s’appuie sur une colonne vertébrale : la Nation. C’est ce qui nous oppose à Emmanuel Macron. Je ne tiens pas forcément à être le premier. Je ne me rase pas tous les matins en me disant que je suis meilleur que les autres. En revanche, lorsqu’il faut prendre des décisions et faire face, j’ai toujours répondu présent. Je n’ai jamais hésité à aller à l’affrontement. Après les régionales et les départementales, je vais proposer un pacte législatif. C’est-à-dire qu’Oser la France va mettre sur la table quelques grandes propositions ouvertes aux Républicains, mais aussi - peu importe le vainqueur de l’élection présidentielle - à tous ceux qui se retrouveraient dans nos propositions pour aller vers un redressement du pays.

Fild : Si vous étiez le locataire de l’Élysée, quelles mesures souhaiteriez-vous mettre en place afin que la France retrouve de sa puissance et de sa grandeur ?

Julien Aubert : Avant de jouer à n’importe quel jeu, il faut en connaître les règles et les maîtriser. Il faut d’abord s’assurer que la démocratie puisse fonctionner, car avant de parler de programmes, on doit pouvoir garantir au citoyen que ce qu’il va choisir et ce pourquoi il a voté va être appliqué. Aujourd’hui ce n’est plus le cas. Il faut d’abord remettre l’État sur pied, sur le plan institutionnel et politique. Je suis pour une loi de souveraineté qui viendrait rétablir la hiérarchie des normes en redonnant au Parlement le dernier mot en matière juridique, par rapport aux juges. Deuxièmement, je soumettrais par référendum une réforme constitutionnelle aux Français, afin de raccourcir le mandat législatif, allonger le mandat présidentiel et mieux répartir les compétences entre les deux pour éviter une cohabitation et le « Président tout-puissant ». Curieux pour un gaulliste, mais je crois que c’est nécessaire aujourd’hui. Si le non l’emportait, dans ce cas-là, le redressement ne serait pas possible et il y aurait une nouvelle élection présidentielle, pour que les Français se disent « mon vote compte et c’est un moment important ».

Fild : Le président Macron disait en 2017 que la culture française n’existe pas, et il y a peu sur la chaine américaine CBS qu’il fallait déconstruire notre propre histoire. Que vous inspirent ces déclarations ?

Julien Aubert : Ça montre bien pourquoi je ne suis pas macronien ! Prôner la disparition d’une culture nationale, ou la souhaiter, c’est acter le fait qu’il n’y a plus rien pour intégrer ceux qui arrivent. Ces derniers substituent donc ce vide culturel par leurs propres cultures. On ne peut que constater les failles béantes du multiculturalisme, qui fait que les gens ont aujourd’hui des références différentes. Nous avons toute une série d’adversaires sur ce sujet. D’abord, les déconstructeurs de l’ultragauche qui voient dans toute société et tout ce qui est culturel une forme de domination. Ils veulent agir comme les soviétiques en construisant un monde nouveau. Ensuite, il y a les écologistes radicaux. Ils veulent la sortie de capitalisme par la décroissance et donc ils sont en train d’embrigader les jeunes sous prétexte de sauver la planète, dans une période sans fin de chômage.

Les troisièmes sont les islamistes qui veulent imposer un modèle conservateur, importé d’ailleurs, qui viserait à soumettre les lois de la République à des lois religieuses.

Enfin, nos quatrièmes adversaires sont tous ceux qui ne croient plus en la Nation, par ultralibéralisme. L’idée que l’on peut déconstruire la démocratie et se passer de l’activité de l’État à condition que l’économie fonctionne bien est une conception qui ne conçoit pas les citoyens comme tels mais comme des consommateurs.

Fild : Notre société est de plus en plus sous l’emprise de la violence, que faut-il changer pour retrouver cette sécurité tant attendue par les Français ?

Julien Aubert : La difficulté que nous avons, c’est que ce n’est pas un problème politique. Il y a toutefois certaines choses que l’État peut faire : déployer la force légitime, punir pour enfermer et sanctionner. Mais il faut aussi ouvrir un débat pour que les gens comprennent qu’on ne gardera pas l’État de droit tel que nous l’avons aujourd’hui si nous n’avons pas de solutions fortes. Ensuite, le problème sous-jacent est celui de la crise des civilisation européennes et françaises, ainsi que de leurs cultures. Des parts entières du territoire se désolidarisent de facto de l’histoire nationale parce qu’elles n’ont plus les mêmes référentiels, plus la même conception de la vie.

Fild : La lutte contre le terrorisme doit-elle se faire au détriment de la Constitution comme le suggère Guillaume Peltier* en appliquant « une justice exceptionnelle » et « sans appel possible » pour les individus radicalisés ?

Julien Aubert : Le droit et la Constitution évoluent. Oser la France a proposé en 2018 une « Cour de sûreté de la République » pour lutter contre les islamistes. C’est une proposition que nous avons formulée, la différence étant qu’il y avait bel et bien un droit d’appel. Vous ne pouvez pas envoyer quelqu’un à perpétuité ou le maintenir incarcéré sans que vous puissiez éventuellement corriger un problème judiciaire qui peut toujours arriver. S’accrocher à un État de droit qui devrait rester absolument identique, c’est ce qu’a fait l’Ancien régime alors que la société avait évolué. Il a fini par s’effondrer. In fine, ce n’est pas le juge qui décide, c’est le peuple. L’État de droit n’est pas une religion et doit céder la place à la démocratie. Quand on parle des fichés S, beaucoup disent « on ne peut pas les arrêter, ce n’est pas possible dans l’État de droit », et ils ont raison. On ne peut pas arrêter une personne fichée S pour ce seul motif, c’est très dangereux. En même temps, si vous ne prévenez pas ce problème, cela veut dire que vous attendez que cet individu passe à l’acte en espérant être là le jour J. Il faut mettre ce débat sur la place publique et dire qu’il y a deux possibilités. Soit vous voulez conserver cet État de droit mais il y aura toujours des attentats, soit cette perspective est intolérable et vous voulez absolument que l’État agisse. Dans ce cas-là, il ne peut le faire que préventivement, avec des gardes fous pour éviter que ce qui s’est passé dans les pires moments de notre histoire ne se reproduise. Les fous sont internés d’office parce qu’ils sont dangereux pour les autres. Eh bien les islamistes et les terroristes devraient l’être tout autant car ils représentent un danger pour les Français.

Fild : Récemment, des militaires et des policiers français ont signé des tribunes dans la presse ou ont manifesté afin d’être entendu par les politiques. Que leur répondez-vous ?

Julien Aubert : Les policiers sont confrontés à la violence de la société avec le sentiment qu’on ne les soutient pas. Si on veut le faire, il faut une justice efficace, notamment en réformant l’ordonnance des mineurs. Les mineurs d’aujourd’hui ne sont pas ceux de 1946. Il faut qu’il y ait une comparution immédiate, même quand vous avez moins de 18 ans, pour que la sanction s’exerce tout de suite, dès le premier acte de délinquance.

Pour ce qui est des militaires, leur rôle n’est pas de s’occuper de l’ordre public mais de protéger notre pays. Il ne faut pas politiser l’armée, surtout dans des temps aussi compliqués, car après c’est le royaume de la force. Vous pouvez être maréchal et conduire la France sur le déclin et être général et la conduire sur la voie de la libération. Les grades ne sont pas le reflet de l’intelligence des gens. C’est une petite minorité de militaires qui a pris la parole, qui font de la politique et qui ont des arrière-pensées. Tous ne pensent pas comme eux. Toutefois, il y a clairement un sentiment d’inquiétude au sein de nos armées quant à l’actuelle évolution de la société française.

*numéro 2 des LR

07/06/2021 - Toute reproduction interdite


François Fillon , candidat à l'élection présidentielle de 2017 , participe à un meeting de campagne à Pertuis flanqué des députés Valérie Boyer et Julien Aubert , le 15 mars 2017.
© Charles Platiau/Reuters
De Fild Fildmedia