Analyses | 24 avril 2019

Journaliste, un objet non identifié ?

De Emmanuel Razavi
2 min

A la lueur des derniers évènements frappant les journalistes en France, Emmanuel Razavi, Grand Reporter, nous explique pourquoi il est important de préserver la profession et la liberté de la presse. 

Il ne peut subsister de démocratie sans liberté de la presse. Celle-ci est en effet la garante de la liberté d’expression.

Il est pourtant devenu de bon ton de s’en prendre aux journalistes, soi-disant coupables de compromission avec les élites. Le story telling un peu court d’une partie des gilets jaunes a d’ailleurs mis cela en évidence.

Il est aussi devenu tout aussi naturel pour les administrations policière et judiciaire, comme pour nos politiques, de remettre en question les droits de la presse, coupable de mettre son nez partout.

Ainsi, à l’instar de mes confrères qui ont révélé l’affaire des ventes d’armes au Yémen, les journalistes qui enquêtent sur des affaires d’état deviennent peu à peu coupables de … faire leur travail ! C’est à tel point que l’on en oublierait presque qui sont les vrais responsables des scandales.

Il ne s’agit pas ici de cautionner les dérives de quelques justiciers qui diffusent des écoutes illégales ou jouent les procureurs en se cachant derrière le droit d’informer. Mais l’on ne peut rendre responsable une profession entière de la crise de confiance qui sévit dans le pays, pas plus que l’on ne peut chercher à museler des reporters qui prennent parfois des risques inouïs pour informer.

Bien sûr, les journalistes ne sont pas exempts de critiques. Bien sûr, il existe des journalistes courtisans comme des journalistes distributeurs de bons points. Bien sûr, il est important de remettre leur parole en question. Mais cela doit se faire dans le respect de la bienséance, et sous forme de débat.

Car à force d’insulter ou de tabasser des journalistes lors de manifestations, de les convoquer au poste de police dans le but qu’ils dévoilent leurs sources - ce qui est illégal rappelons-le -, c’est l’un des piliers de la démocratie que l’on foule aux pieds.

Le journaliste serait-il donc devenu à ce point un objet non identifié pour une partie des Français, qu’ils ne se rendent plus compte de son utilité ?

Réapprendre ce qu’est un journaliste

En France, il y a environ 35 000 journalistes. La profession regroupe des reporters, des enquêteurs, des chroniqueurs, des éditorialistes, des cameramen, des photographes, et j’en passe… Il y a des rédactions de droite, de gauche, du centre, des agences de presse, des sociétés de production, et là encore j’en passe …

Qui peut imaginer, sérieusement, que l’ensemble de ces professionnels forme une caste à part ? Qu’ils ne ressemblent pas, dans leur majorité, à la société dont ils sont issus ?

Peut-être serait-il temps que l’on réapprenne à nos enfants, à l’école, qu’un journaliste est un citoyen come tout le monde, mais avec une mission précise : celle d’être l’un des garants de leur liberté d’expression. Leur apprendre, aussi, qu’il a des devoirs et des droits, comme celui de protéger ses sources.

Ainsi, peut-être, les futures générations de manifestants apprendront-elles à descendre dans la rue sans avoir envie d’insulter ou de casser du journaliste. Ainsi, peut-être, les futures générations de policiers et de magistrats réapprendront-elles que la presse est l’un des piliers de notre démocratie et que le secret des sources est l’une de ses obligations.

Ainsi peut-être, nos élites politiques réapprendront-elles qu’informer n’est en aucun cas un délit.

25/04/2019 - Toute reproduction interdite



Egin Akgurt/Pixabay
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