Jojar Dhinsa est un homme d'affaires britannique d’origine indienne qui reverse une grande partie de ses bénéfices à des causes humanitaires et caritatives. Très connu outre-manche pour ses engagements, il affirme pouvoir aider la France à obtenir des millions de masques très rapidement. Une initiative privée pour le moins inattendue, qui méritait que l’on s’y intéresse de plus près. Nous nous sommes entretenus avec lui. Propos recueillis par Peggy Porquet.

Quelle est la spécialité de votre entreprise ?
Je suis le PDG du groupe Athlone, qui fournit une multitude de services afin de soutenir des entreprises dans le monde entier. Ce groupe compte 46 sociétés et a pour objectif de combiner le succès commercial avec un impact positif à l'échelle mondiale. Avec un chiffre d'affaires annuel combiné dépassant les 23 milliards de dollars, Athlone redirige une grande partie de ses bénéfices vers des projets humanitaires et caritatifs dans le monde entier.
En tant que fils d'immigrants, je crois que nous formons une seule et même famille. Mon travail consiste à être un bon humanitaire et un bon être humain. Je veux juste aider les gens autant que je le peux.
En tant qu'entreprise, nous formons une société commerciale britannique et internationale. Nous achetons et vendons du pétrole, mais nous vendons aussi des matières premières comme l'or et le gaz naturel liquéfié. (…). Récemment, nous avons été interpellés par des gens qui nous ont dit qu'ils n'avaient pas besoin de pétrole, mais d'appareils médicaux pour sauver des vies ! Alors au cours des trois ou quatre dernières semaines, nous avons concentré nos moyens sur les questions médicales pour aider les gouvernements, les populations et les ONG du monde entier à lutter contre le coronavirus !

Avec quels pays travaillez-vous ?
En général, nous travaillons avec les pays du Moyen-Orient, d'Extrême-Orient, la Chine et l'Afrique. Ces pays sont fortement demandeurs de matières premières et naturelles. En ce qui concerne le coronavirus, c'est un vrai problème mondial, car c'est un tueur silencieux. La matière première provient principalement de Chine.

Votre entreprise peut-elle fournir des masques ?
Absolument ! Nous avons reçu de nombreuses demandes urgentes d'ONG et de gouvernements du monde entier pour les fournir, les aider et les guider. Je dois dire une chose. Nous ne voulons pas tirer profit de cette situation dramatique. Il s'agit de répondre aux gens qui ont besoin d’entrer en contact avec ceux qui fabriquent les masques.


Justement : Qui fabrique ces masques, et où ?
La Chine est bien équipée pour faire face à la demande de façon très rapide : ils ont les gens et les ressources pour le faire. Des pays comme le Bangladesh sont également très bons pour fabriquer des masques. Entre ces deux pays, vous avez à peu près 99,9% des ressources mondiales pour obtenir des masques, ainsi que d'autres dispositifs médicaux.

Quelle est la norme de ces masques et à qui sont-ils destinés ?
Les normes avec lesquelles nous travaillons répondent à celles de la Communauté européenne et de la Food and Drug Administration. Ce sont des KN95. Ces masques sont conçus pour tout le monde et pour n'importe qui. Je pense que la Chine fournit un travail important pour aider toute la population et lui fournir des masques. J'ai d’ailleurs entendu dire que certaines usines distribuent gratuitement ces masques à certains pays.

Avec quels pays êtes-vous en contact ?

Nous avons été en contact avec différents pays comme le Mexique, le Pérou, l'Inde, le Brésil, l'Uruguay, le Canada, l'Italie, la Suisse, l'Espagne et des ONG. Nous avons constaté que de nombreux pays avec lesquels nous traitons ont trop de paperasserie, ce qui retarde tout, notamment l’envoi de divers articles, car ils sont plus réactifs que proactifs pour sauver leurs citoyens. C'est une grande honte, car tout ce que nous essayons de faire, c'est de sauver la race humaine. Notre priorité lorsque nous traitons avec les gouvernements est d'être ouverts et transparents. J'aimerais juste qu'ils soient transparents avec nous et les gens qu'ils gouvernent. Nous avons fourni des masques au Congo, au Cameroun, au Gabon, en Centrafrique, en Côte d' Ivoire et en Afrique du Sud.


Combien de jours faut-il pour fabriquer 100 millions de masques et les importer en France ?
Nous pouvons fournir 100 millions de masques en deux à trois semaines.


Combien coûtent ces masques ?
Le coût est d'environ 2 ou 3 euros chacun. C'est tout.

Le prix du masque est-il celui à l'import ou celui en pharmacie ?

Les prix varient parfois parce que des intermédiaires cupides veulent une part du gâteau, mais nous avons clairement indiqué qu'il s'agit d'un exercice visant à se concentrer sur l'humanité et non sur la rentabilité. Nous sommes très stricts en matière de contrôle des prix. Le coût variable le plus important est la logistique.


Avez-vous des contacts avec le gouvernement français ?
Non. Je ne pense pas qu'ils nous connaissent car nous sommes une société étrangère. Pour être honnête, votre pays compte parmi les meilleurs sur le plan des infrastructures médicales, je suis donc très surpris que nous ayons à avoir cette conversation (…). Dans les affaires courantes, vous rencontrez des gens, vous leur serrez la main, vous les rencontrez face à face. Dans la situation actuelle, vous ne pouvez pas rencontrer les gens, donc tout se déroule sur une base de confiance. Un autre problème est qu'il y a beaucoup de paperasserie lorsque vous traitez avec un gouvernement. L'homme de la rue ne se soucie pas des réunions entre les ministres et le gouvernement. Sa principale préoccupation est sa famille, assurer sa sécurité, pour pouvoir obtenir un masque à un prix très abordable. Pas à un prix comme vous le savez, à 50 € ou d'autres prix que j'ai entendus. L'homme de la rue ne s'intéresse pas à la politique. Il ne se soucie pas de ce que fait le président d'un pays en coulisse (…). Si vous voulez aider les gens, laissez-moi les aider, pas seulement en France, mais dans le monde entier. Cette maladie n'est pas raciste, n'est pas sexiste, elle se moque que vous soyez riche, pauvre, noir ou blanc, Français ou d’une autre nationalité. J'aime votre pays. (…). Tôt ou tard, si vous n'agissez pas, 60 % de votre population sera infectée par le coronavirus. Si votre peuple a besoin de masques, je peux aider à les obtenir.


Comment se fait-il que le secteur privé semble plus apte à trouver des solutions que les Etats ?
La réponse est très simple. Ce que je fais en quatre heures, ils le font en huit heures. Pour 24 heures, il leur faut deux semaines. Nous devons être solidaires. La race humaine est attaquée. En cas de besoin, j'offre mon aide. Les Français et comme les gens du monde entier peuvent m'appeler, me contacter et me laisser aider. Si vous voulez des masques, ce n'est pas très difficile à obtenir. Il faut être débrouillard. C'est tout.

23/03/2020 - Toute reproduction interdite


Jojar Dinsha
DR
De Peggy Porquet