Jérôme François est Commandant de sapeurs-pompiers dans le SDIS du Val-d'Oise. Homme de terrain pragmatique et doté de bon sens, il se présente à la tête de la liste sans étiquette Mériel Horizon lors des prochaines élections municipales. Propos recueillis par Peggy Porquet.

Vous avez récemment déclaré votre candidature à la mairie de Mériel. Quel est votre programme en trois axes ?

En fait, c’est plutôt en quatre axes que nous avons déterminé notre programme. Le premier concerne le cadre de vie. Nous nous situons dans la deuxième couronne parisienne, à cheval entre des zones très urbanisées et d’autres très rurales. Je dis toujours que ma ville est un écrin, bordé par la forêt domaniale de l’Isle-Adam, le bois des Garennes et les berges de l’Oise. Les gens qui s’installent ici sont venus chercher cette tranquillité. Tous ont maintenant le sentiment que cela se dégrade. Je vis dans cette ville depuis 49 ans et je partage ce ressenti. Notre deuxième axe repose sur la sécurité. Bien que notre commune ne compte que 5000 habitants, nous faisons face à de sérieux problèmes de sécurité avec des trafics de stupéfiants, de la délinquance de passage et des cambriolages. Le troisième axe concerne la citoyenneté. A partir du moment où l’on est élu, c’est pour prendre ses responsabilités. Il faut avoir du courage politique. Je constate que les mairies s’enferment dans un fonctionnement où l’on n’écoute plus le citoyen. A minima, lorsqu’un citoyen interroge sa mairie, on doit au moins lui répondre. A Mériel, il n’y a plus ça. On part du principe que c’est comme ça, on a pris une décision – parfois dans le bon sens - mais on doit au moins communiquer sur ce que l’on fait. Lorsqu’on explique aux personnes qu’il y a un enjeu de sécurité par exemple, ils comprennent la logique. Peu de communes le font mais une communication nette est fondamentale. Je ne sais pas si ces municipalités n’y pensent pas ou ne le font pas par fainéantise. En tout cas cela crée une scission entre le citoyen et la mairie. Le quatrième axe de notre programme est transversal. Il s’agit d’engager notre responsabilité vis à vis des générations futures, sur tous les projets que nous porterons. L’une de nos candidates est une jeune passionnée de développement durable. Si nous sommes élus, elle aura la mission d’être notre « poil à gratter » en la matière et de ne rien lâcher pendant toute la mandature (…) . Un exemple tout bête : souvent les parents déposent leurs enfants en voiture en partant au travail. Si bien que l’on inculque l’idée aux enfants que pour faire quelques centaines de mètres, on prend la voiture. Personnellement, je fais l’effort de laisser mon véhicule à mon domicile, je marche avec mes enfants jusqu’à l’école, je rentre, puis je pars travailler en voiture.

Vous êtes un Sapeur-pompier récompensé par plusieurs distinctions. Pensez-vous qu’il faille laisser plus de place aux personnes de terrain telles que vous pour les élections municipales en général ?

Je pense que oui. Diriger une mairie, c’est faire de la politique au sens noble. Ce n’est pas de la politique politicienne, c’est diriger la Cité dans laquelle nous vivons. De par mon métier, j’essaye d’être très pragmatique. Je ne vais jamais essayer de me réfugier dans de grands concepts, et je vais toujours me poser la question de savoir ce qui marche. Dans une petite ville comme Mériel, on commence à avoir des difficultés qui pointent le bout de leur nez comme des embouteillages, des zones très rurales et d’autres très urbanisées, on a un grand axe routier, une rivière qui peut poser des risques en termes d’inondations ou de pollution, une ligne ferroviaire, etc. J’ai vraiment vu la situation se dégrader dans les 10 dernières années. Je me suis donc dit qu’il fallait monter une Task Force. C’est-à-dire prendre des gens compétents dans chacun des domaines pour faire une sorte de mission commando. Nous avons 6 ans. Certes on ne va pas tout régler car il y a des projets qui s’étalent sur 15 ou 20 ans. Mais si durant ce mandat on prend les bonnes décisions, si l’on réfléchit bien, surtout en associant les habitants à nos décisions, ces derniers deviennent acteurs. Lors de nos réunions de travail, nous avons identifié plusieurs pôles : cadre de vie, sécurité, communication, sports et loisirs, etc. Notre originalité réside l’approche pragmatique que nous avons. Par exemple, nous avons imaginé un pôle « Grandir à Mériel ». Souvent les municipalités ont des élus pour la petite enfance, d’autres pour les scolaires et encore d’autres pour la jeunesse. Nous avons considéré qu’il fallait un seul pôle qui couvre toutes les étapes du berceau à l’université. Il est fort probable qu’un gamin qui a des difficultés dès la petite enfance en aura tout au long de son parcours et nous devons l’accompagner. Une autre originalité est que pour constituer l’équipe, j’ai fait du ciblage, un peu à la manière d’un chasseur de têtes. Par exemple, je ne connaissais pas particulièrement la personne qui va piloter le pôle « grandir à Mériel ». Mais elle a un parcours très intéressant. Adulte, elle a repris ses études pour décrocher une licence « Sciences de l’éducation et de la formation » option « Petite enfance ». Elle a fait une soutenance sur l’intégration des enfants handicapés en milieu ordinaire. Par ailleurs, elle a été conseillère principale d’éducation aux apprentis d’Auteuil, donc habituée à travailler avec des jeunes en difficulté. Elle a monté quatre crèches associatives et dirige aujourd’hui 25 personnes. Elle a l’expérience et un vrai savoir-faire. Elle saura apporter une vraie plus-value aux écoles, à la petite enfance. Elle a des tas de propositions pour l’adolescence. Je l’ai donc contactée, elle a été intéressée, puis elle m’a suivi. Fort de mon expérience d’officier supérieur de sapeurs-pompiers, je suis habitué à faire travailler les gens ensemble et je vais en faire de même avec cette équipe. L’esprit qui y règne est encourageant, c’est une équipe soudée. Lorsque je vois comment nous abordons la campagne, je ne vois pas comment cela pourrait ne pas marcher pendant le mandat pour remettre la ville sur les bons rails.

En mars puis en novembre dernier, des actes de vandalisme ont été commis à l’encontre de deux écoles. Pourquoi s’en prendre à ces établissements ?

J’ai la même réaction que lorsque l’on me demande pourquoi on jette des cailloux aux pompiers. Je ne sais pas quoi dire si ce n’est que je crains qu’il ne faille mettre ceci sur le compte de la bêtise. J’ai peur que si l’on attrape les responsables, on soit surpris. Ils n’ont pas été très malins, ils ont bu et laissé de l’ADN et des empreintes partout. Tôt ou tard on va les retrouver. Nous avons par ailleurs des jeunes qui « traînent ». Personnellement je n’ai rien contre les jeunes. Il ne faut pas les stigmatiser, ils n’y sont peut-être pour rien, mais on a quand même ce phénomène d’une jeunesse inoccupée, qui a tendance à essayer de s’occuper toute seule et pas forcément dans les bons domaines. Là aussi il y a un gros travail à faire. Notre pôle « prévention et cohésion sociale va être assez solide je pense. Un jeune qui traîne, il faut lui trouver un boulot, l’aider à monter son association ou son club de sports. (…) Je ne vois pas de raison viable pour saccager une école, surtout dans une petite commune comme Mériel. Cela a été un vrai traumatisme. Les parents n’ont pas du tout bien vécu cette situation. Donc on arrive à des situations telles que la vidéo surveillance des établissements scolaires pour protéger nos écoles.

Mériel est pour votre mouvement loin d’être un « village tranquille ». Y - a -t -il beaucoup d’insécurité ?

Rien de dramatique encore mais cela monte et il est temps d’inverser la courbe. Il y a une cinquantaine de cambriolages par an. Ce n’est pas neutre car cela équivaut à un cambriolage par semaine. On a une grosse délinquance de passage qui vient « travailler » en train. Ils viennent, ils cambriolent puis repartent en train. Outre cela, nous avons beaucoup de dégradations multiples comme des panneaux arrachés. On a des bagarres en plein centre-ville à coups de bouteille sur la tête et de la délinquance routière. On commence à avoir en miniature les problèmes que rencontrent les plus grosses villes. Et puis nous sommes sur une police municipale d’un autre temps. Nos policiers municipaux n’ont pas les moyens de travailler aujourd’hui. Je ne suis pas un fanatique de l’armement, mais un moment il s’agit de la protection du policier pour qu’il puisse se sortir d’une situation difficile. Nous avons deux policiers municipaux à Mériel. Ils ne sont pas du tout armés. Ils n’ont rien, pas même une matraque. S’ils tombent sur des cambrioleurs par exemple, ils sont dans l’incapacité d’intervenir, voire en danger. Il faut que l’on travaille rapidement là-dessus. Le social c’est important, mais il faut aussi un peu la peur du gendarme. De plus ces policiers sont occupés à des tâches subalternes, comme porter des plis dans des boîtes aux lettres. Ils doivent faire autre chose qu’un travail de facteur. Ils ne demandent que ça de faire un travail de police et ce ne sont pas des cow-boys. Ils veulent aussi faire de la prévention, notamment pour protéger nos seniors démarchés par des pseudos spécialistes en sécurité qui repèrent ce qu’ils ont dans leurs maisons pour pouvoir revenir plus tard. N’étant que deux, ils ne peuvent pas patrouiller. Il faut à minima une secrétaire administrative et trois policiers qui puissent travailler sereinement sur la commune et avec des moyens.

Pourquoi le tissu bénévole et associatif de votre ville est–il peu soutenu ?

Nous avons un tissu associatif fabuleux avec beaucoup de bénévoles et de gens dévoués. La somme des plus-values peut complètement changer la physionomie de la ville. Je pense que beaucoup voient un coût dans les associations : il faut construire des bâtiments, accorder des subventions, etc. Pour moi, en réalité une association est presque une délégation de service public. Quand une association fait de la musique, du cinéma etc., tout ceci contribue à l’éducation de nos enfants. Beaucoup de bien-être provient de ces associations. Souvent dans les bilans dressés par les municipalités, on souligne les avantages en nature. Certes on leur a donné des subventions et mis à disposition des locaux. Mais on ne mesure jamais ce que l’association rapporte : le nombre de délinquants évités. On ne remarque pas que lorsque des bénévoles travaillent au marché de Noël cela ne coûte rien à la collectivité. C’est un peu comme pour les pompiers. On regarde ce qu’ils coûtent. Mais lorsqu’ils éteignent un feu dans une usine, qu’ils sauvent l’outil industriel ou le serveur informatique et qu’ils évitent le chômage technique et sauvent l’entreprise, ils font gagner beaucoup à la collectivité. Pour les associations, le cas est le même. Nous avions un précédent maire, monsieur Rigolet, qui était visionnaire. il y a quinze ans, il a su nous construire des infrastructures inégalées dans une ville comme la nôtre. Grâce à cela, le tissu associatif s’est développé. La fête de la musique à Mériel n’est pas organisée par la municipalité. C’est une association qui a monté les barnums, tenu les stands, trouvé les musiciens. Et tout cela ne coûte rien. Il faut soutenir les associations à 100%.

Votre liste a pour projet de réduire l’indemnité du Maire élu et de celle de ses futurs adjoints. Pour quelles raisons ?

Au départ, j’ai dit que je ne voulais pas être payé. Mériel m’a beaucoup donné et je considère que maintenant c’est à mon tour de lui rendre la pareille. Mon refus d’indemnité à fait débat au sein de ma liste et du coup je leur ai proposé que l’enveloppe globale soit répartie sur toute l’équipe : le maire, les adjoints et tous les conseillers municipaux qui auront tous une délégation. Tout le monde sera au travail. Nous travaillerons en binôme. C’est une notion très importante chez les sapeurs-pompiers. En binôme, chacun est responsable de la sécurité de l’autre. Mon équipe sait qu’avec l’argent public elle devra se surpasser pour la collectivité, pour notre ville. Mathématiquement, cette somme serait mieux répartie entre tout le monde et cela me va très bien.

09/12/2019 - Toute reproduction interdite


Mériel Horizon
DR
De Peggy Porquet