12 Janvier 2019, 9ème arrondissement de Paris, rue de Trévise : une explosion accidentelle  souffle toute la rue. Quatre personnes sont tuées, dont deux pompiers. Soixante-six victimes sont blessées. Inès voit la mort au cœur de l'explosion et des flammes. Mais elle survit. Aujourd'hui, elle continue de survivre, dans l'abandon et l'indifférence.

La chronique de « Mila en liberté »

Vous êtes un adolescent, ou bien majeur et vacciné depuis quelques années déjà, vous avez un travail, et/ou vous êtes plongé dans vos études. Vous avez la vie sous vos yeux, et devant vous. L’ambition n’attend que vous, ce que je vous souhaite de toute façon.

Je ne sais pas qui vous êtes, de quelle manière vous pensez et d’où vous venez.

Je suis convaincue que nous avons tous beaucoup à raconter, des choses qui peuvent être belles comme très sombres, dans le présent comme dans le passé.

Personne n’a le pouvoir deviner son avenir.

Je ne suis pas sûre de croire au destin, mais je crois en l’abandon, la résilience ou aux enchaînements de hasards, même les plus surprenants.

Nous avons tous déjà pensé à ce qu’on pourrait devenir dans cinq ans, et à qui nous pouvons vraiment faire confiance. Et même si on peut être des plus optimistes, chacun d’entre nous a déjà envisagé le pire : être la victime soudaine de n’importe quel accident, d’un attentat, d’un criminel...

Être quelque part sans savoir quand, un jour, au mauvais endroit. Avoir vu sa vie basculer, et attendre justice ou guérison.

Possible que vous ayez déjà traversé cela, que vous vous battiez en ce moment même.

Nos chemins de vies, nos boussoles, consciences et notions du temps sont uniques dans leurs entièretés.

L’empathie, la solidarité et le respect ne sont pas censés être de simples devoirs si nous sommes humains ; je vois plutôt ça comme des instincts.

« Personne ne m’entend, personne ne veut m’aider, je regrette de ne pas être morte »

Je veux vous parler d’Inès.

Je n’aime pas raconter l’histoire d’une autre personne à sa place, même si elle ne l’a pas écrite elle-même et qu’elle n’aurait certainement jamais eu l’envie de le faire si cela avait été possible. Parce que c’est la victime d’une chose atroce, mais aussi une guerrière malgré elle.

Parce qu'Inès fut elle-même un jour au mauvais endroit, sur son lieu de travail, dans un hôtel au cœur la rue de Trévise. Elle avait 22 ans, elle était étudiante et travaillait pour la première fois là-bas depuis à peine trois jours.

C’était il y a trois ans. Je ne la connaissais pas, mais je ne peux m’empêcher de penser que c’était déjà une fille très souriante, aimable, pleine d’ambition et de bon sens.

12 Janvier 2019, 9ème arrondissement de Paris, rue de Trévise : une explosion accidentelle devant une boulangerie souffle toute la rue. Quatre personnes sont tuées, dont deux pompiers. Soixante-six victimes sont blessées, dont certaines resteront gravement handicapées à vie, et des centaines d'autres perdent leurs domiciles.

Inès est là. Elle a voit la mort au cœur de l'explosion et des flammes. Mais elle survit.

Cela fait trois ans que sa vie a basculé, trois ans de souffrances, d’appels à l’aide, de solitude et d'emprisonnement dans l’ignorance des autres.

Il est possible que ce que j'évoque ici ne vous « parle » pas, et que le nom d'Inès ne vous semble pas vraiment familier. L'affaire n'a pas fait grand bruit. Et pourtant... Est-il normal qu’un séisme à l’autre bout de la terre suscite (et c'est tant mieux!) une récolte de fonds en moins de 48 heures, alors que les centaines de victimes de la rue de Trévise attendent toujours d’obtenir justice, d’être indemnisées et soutenues ? Non, ce n’est pas normal.
Ce n'est pas normal de ne pas entendre la maire de Paris, Anne Hidalgo, sur le sort des victimes et du soutien qu'ils nécessitent. Dans ce genre de situation, l'indifférence et l’hypocrisie deviennent criminelles à mon sens.

D'autant que la mairie de Paris et le syndic de copropriété de l’immeuble devant lequel s’est produite ont été mis en examen.

Ce n’est pas normal que toutes les aides sociales aient été enlevées à Inès et à sa famille, ainsi qu’à d’autres victimes. Cela ne vous choque-t-il pas que la Maison Départementale des personnes Handicapées (MDPH) ait refusé de venir en aide à Inès, car « il serait temps qu’elle arrête d’être feignante et qu’elle retourne faire ses études » ?

La mère d’Ines a dû vendre sa voiture, ses bijoux et bien d’autres affaires encore, car ses soins ne sont plus pris en charge.

Inès a vu ses jambes exploser, sans compter ses autres blessures, elle a subi plus de quarante opérations, et elle n’en aura peut-être jamais fini. Son quotidien, ce sont les allers-retours à l’hôpital et ses supplications quotidiennes pour demander à la maire de Paris d'indemniser les victimes. Alors qu’elle pourrait être en train de voyager, d’étudier, de vivre malgré son handicap.

On lui a tout enlevé, tout pris : « Personne ne m’entend, personne ne veut m’aider, je regrette de ne pas être morte ».

Tout ce qu’il lui reste, c’est la justice.

Je soutiendrai à jamais Inès, et j’aimerais faire tout mon possible pour combattre avec elle, et j’aimerais surtout que l’on soit plus nombreux. Que l’on soit une armée, des soldats derrière elle, comme j’en ai derrière moi.

Le combat d’Inès doit être notre combat à tous, et comme elle le dit si bien, il n’a pas de couleur politique.

Réparer les vivants, sauver des vies, se battre comme pour des frères n’est pas une option. C'est une obligation : #JeSuisInes.

Mila.

11/11/2021 - Toute reproduction interdite


Des pompiers travaillent sur le site d'une explosion dans une boulangerie du 9e arrondissement de Paris, en France, le 12 janvier 2019.
© Benoit Tessier/Reuters
De Fild Fildmedia