Je suis celle que vous croyez connaître. Je suis celle qui se nourrit de ses espérances. Je suis celle qui vit avec ses démons, et qui les combat. Je suis celle qui a fait une arme de ses faiblesses. Je suis « Mila en liberté ».

La chronique de Mila.

Je suis née avec la joie de vivre et l’insouciance, ces choses que j’ai gardées en grandissant, d’année en année, dans mon cœur de jeune fille. Je voudrais que cette partie de moi ne change pour rien au monde, prendre toujours plus de hauteur en dépit des bêtises infinies que les autres peuvent parfois me dire.

Et je sais que je suis capable, de temps en temps, de me reconnaître encore : au travers de ma folie, de mes réactions souvent excessives, de ces rires trop fréquents qui m’échappent et éclatent toujours subitement, de mon désir d’aider les gens, de ce besoin thérapeutique de provoquer les rires et les plus profondes émotions chez n’importe qui, de mon cœur de justicière et de féministe qui ne cesse de battre, et de mes rêves qui se bousculent toujours dans ma tête.

J’arrive encore à me dire qu’il me reste aussi plus d’un tour dans mon sac, que je serai capable d’y parvenir parce que de belles personnes auront cru en moi, qu'elles n’auront jamais cessé de m’encourager de vive voix et sur les réseaux sociaux. Que je me serai donné les moyens de mes ambitions, avec la patience et la concentration qui me sont pourtant difficiles à acquérir, avec cette intuition qui me permet d'éviter les pièges de mes détracteurs.

Mais j’ai des démons. Ou alors peut-être que les démons ne sont pas toujours dans mon être, mais bel et bien autour de moi.

Aurais-je perdu foi en l’humanité ?

Les personnes naissent pour mieux s’en aller. Elles nous apportent parfois immensément et nous apprennent en nous décevant. C’est humain, et c’est ce que nous vivons tous.

Alors on essaie de se protéger, ou bien on fonce tête baissée.

J’ai parfois le sentiment de ne plus rien contrôler, et il m’arrive de ne plus être capable de discernement, pour distinguer la bienveillance de la malveillance.

Mes peurs cachées depuis toujours se sont amplifiées jusqu’à m’envahir complètement, m’embrumer, ce qui me mène à ne voir par moments que l’obscurité.

J’appréhende parfois les gens et leurs réelles intentions de manière obsessionnelle et douloureuse, jusqu’en devenir insupportable avec ceux qui m’entourent.

Et je sais que je n’étais pas comme ça avant. Je pense même que je n’aurais même pas été capable de le comprendre si j’avais pu en discuter avec mon fantôme du futur.

« La lâcheté est destructrice, je pardonne mais je n’oublie rien »

J’ai senti grandir en moi, depuis ces deux dernières années, une crainte immense du rejet, et de la lâcheté des autres.

Blessée jusqu’à l’angoisse de ne pas être invitée à une fête car ma présence gâcherait l’ambiance, puisque tant d’invités ne pourraient se retenir de vouloir me « casser la gueule ».

Frappée en pleine tête lorsque je réalise que des personnes qui m’ont adorée souhaitent désormais me voir en secret, car être vu avec moi serait honteux et nuirait à leur notoriété tant rêvée, parce que leurs amis pourraient à coup sûr leur tourner le dos, ou tout simplement par crainte de subir le même sort.

Profondément heurtée d’apprendre que quelqu’un que j’aime considère comme son amie une personne qui a tout gaiement contribué à mon harcèlement.

Dévastée que des personnes que j’appréciais m’aient présentées à leurs copains comme « la meuf qui s’est faite lyncher » plutôt que Mila. Juste Mila, qui n’est pas définie seulement par son histoire.

Je n’ai jamais demandé à être le centre du monde, et pas non plus voulu imposer des principes à qui que ce soit. Ma peur de me sentir rejetée n’a jamais été un choix, je ressens toutes ces choses et me sentir négligée en raison de mon statut de « personne harcelée » entraîne une grande douleur. Je me sens déshumanisée autant lorsqu’on me regarde avec pitié que lorsqu'on me met à l’écart en me considérant désormais comme un poids ou une pestiférée, lorsque je lis ces innombrables insultes au quotidien.

Les gens ne comprennent souvent pas que je ressens des choses moi aussi, et que j’ai des cicatrices, des plaies que j’essaie encore de fermer car le temps est incapable de tout recoudre sans défaire encore les coutures sur son passage.

J’ai maintenant trop tendance à m’évader, à rompre, à m’éclipser futilement.

Je fais des scènes à mes amis. Je vais imaginer d’un moment à l’autre qu’ils disent du mal de moi derrière mon dos, qu’ils ne m’assument pas, et que je leur fais honte.

Je fais ça trop souvent et je déteste ça.

Ces envies brutales de m’isoler parce que je pense à me protéger, de voir parfois le mal partout et de ne plus reconnaître personne.

Je hais, par moments, me sentir persécutée car mes souvenirs et mes cauchemars s’imprègnent dans la réalité qu’est ma vie.

La lâcheté est destructrice, je pardonne mais je n’oublie rien.

« Je sais que je ne suis pas seule »

« Je suis entourée de personnes bienveillantes qui ne veulent que mon bonheur et ma liberté ». « Je suis entourée de personnes bienveillantes qui ne veulent que mon bonheur et ma liberté ». « Je suis entourée de personnes bienveillantes qui ne veulent que mon bonheur et ma liberté »... Je veux l’écrire noir sur blanc et que ça rentre dans ma tête pour effacer ces phases paranoïaques, et j’aimerais ne jamais avoir tendance à l’oublier.

Aujourd’hui, je me livre à vous sur mes peines. Mais je sais que je ne suis pas seule et que bien d’autres personnes ont besoin d’évoquer ces mêmes maux.

Je sais qu’il est même possible que vous puissiez vous reconnaître au travers de ces lignes.

Bien que ce soit difficile d’adhérer à cette thèse lorsqu’on est doté d’un minimum de bon sens, il est souvent dit que les écrits de tous ces « livres saints » peuvent rendre meilleurs ceux qui croient.

Alors, si une quelconque divinité existe et qu’elle est pure et altruiste, qu’elle puisse nous guider...

Nous guider vers l’enfant solitaire à lunettes assis, seul au fond de la cour, qui se demande ce qu’il a fait de mal, terrorisé à l’idée de sourire aux autres qui l’ont trop de fois humilié.

Nous guider vers la jeune fille qui se fait cracher dessus lorsqu’elle marche tête baissée, traitée de salope dans sa cité car ses photos de nus ont circulé.

Nous guider vers ce vieil homme trop naïf et gentil pour réaliser que les gens ne s’adressent à lui que pour le filmer et le publier pour des « likes » sur un univers virtuel qu’il ne connaît pas, tandis qu’ils se fichent de vraiment savoir s’il va bien.

Nous guider vers ce garçon homosexuel que sa famille essaie d’effacer aux yeux des autres car il salirait leur nom seulement pour qui il est.

Trop nombreux restent ceux qui ignorent que la valeur d’une personne n’est pas définie par ce que les gens pensent d’elle, et le monde entier n’en aurait aucune s’il n’était fait que d’individus qui se suivent les uns les autres avec la peur de tout, et qui préfèrent prôner leur misère intellectuelle plutôt que de faire preuve de courage et de loyauté.

Même si ma résilience en est menacée, je ferai une arme de n’importe laquelle de mes faiblesses s’il le faut, car je sais que certains ne supportent pas que je puisse encore m’exprimer et revendiquer ma liberté.

Je veux transmettre ma force et ma pensée.

Si ma parole compte, alors je continuerai à me confier à vous ici, chaque semaine, sans jamais m’en lasser. Pour aborder également les sujets les plus épineux et faire réfléchir. C’est ce que je souhaite. Même si j’ai des avis qui fâchent, des paroles qui plaisent ou qui pourront vous sembler en totale opposition avec votre mode de pensée. Car la parole est une arme contre la violence.

Et je ne m’arrêterai pas.

Mila.

23/09/2021 - Toute reproduction interdite



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De Mila