Interviews | 9 décembre 2020

Jamais de guerre civile le mardi, ou la chronique d’une sécession islamiste

De Fild Fildmedia
5 min

Jamais de guerre civile le mardi   ( éd. Millighan ) est le dernier livre de la trilogie d’Yves Bourdillon, journaliste international aux Échos. Un ouvrage désopilant, truffé de documentation sur l’islam politique.  Sur fond de guerre de sécession, l’auteur dénonce non seulement les ravages de la montée de l’islamisme en France, mais aussi la collaboration passive de ceux qui se veulent « progressistes ».

                                                                 Entretien conduit par Marie Corcelle

Fild : Pourquoi avoir voulu écrire sur une hypothétique guerre civile en France, liée au séparatisme islamique ? Pourquoi ce thème en particulier ?

Yves Bourdillon : Je vais pondérer en donnant une probabilité d’environ 15%. Mais j’espère que nous sommes armés intellectuellement pour l’éviter. C’est un sujet qui ne doit plus être tabou. Avant le Bataclan, j’aurais sûrement dit que c’était un fantasme de fascistes, et que la probabilité était minime, d’un demi-pourcent, mais maintenant, il y a régulièrement des attentats, des tensions communautaristes… C’est donc une hypothèse à prendre au sérieux, mais il ne faut pas que ce soit une prophétie auto-réalisatrice. Je n’évoque donc pas une guerre civile comme hautement probable, mais comme quelque chose à regarder en face. C’est ce dont je traite avec ce titre provocateur. Il y a eu un avant et un après 11 septembre 2001 dans le projet islamiste. Ce projet-là a pris son essor après 1979 avec la chute du Shah d’Iran et l’invasion soviétique en Afghanistan, mais finalement dans les années 1980, 1990, il était encore mineur. A partir de 2001, il y a un fait majeur, le djihadisme. De quelque obédience que ce soit, il a le vent en poupe. Il nous menace nous, notre manière de vivre, et même notre civilisation : c’est ce qu’évoquent les personnages de mon livre à la fin.


Fild : Chacun de vos personnages est très marqué idéologiquement. Avez-vous cherché volontairement à dépeindre les différentes opinions sur la question de l’islam en France ?


Yves Bourdillon : J’ai essayé de présenter les différentes manières de voir cette question, avec des personnages qui sont des vignettes, en quelque sorte, des diverses approches que l’on peut avoir de cette problématique de l’islam politique en France.
Dans le livre, j’imagine que les poussées de sécessionnisme, la contre-culture mise en avant par les islamistes, nous envoient dans le mur, avec la complicité de l’intelligentsia bobo. C’est elle la vraie cible du roman. Je m’attaque aux islamistes à travers un des personnages qui est un prédicateur vivant dans la clandestinité. Mais ceux dont je me moque le plus, ce sont les idiots utiles. On a tous autour de nous des naïfs, des candides, qui ne se rendent pas compte qu’ils font le jeu de gens, qui, quand ils auront cessé de leur être utile, les jetteront du haut d’un toit (pour reprendre le discours d’un de mes personnages).
J’ai voulu créer un roman qui joue sur plusieurs conflits, sur des antagonismes entre les différents individus. L’un est plutôt entre deux courants, un autre serait proche de Zemmour avec des idées assez nationalistes, et le dernier serait une espèce de Jacques Attali, complètement dans l’aveuglement et l’agenda immigrationniste. On retrouve aussi une opposition entre le prédicateur salafiste et un entrepreneur d’origine arabe qui symbolisent les deux pages de l’islam. C’est une religion très duale, comme beaucoup d’autres, avec une page lumineuse et une page sombre. A titre d’exemple, on trouve dans le livre Redwane, qui explique les trois manières de lire le Coran. De manière littérale, en prônant des choses qui sont totalement inadmissibles de nos jours. Ou en essayant de le remettre dans le contexte historique de l’époque, mais avec la difficulté qu’on ne peut être musulman et relativiser le Coran, puisque c’est une parole révélée directement par Dieu. La dernière lecture, assez sophistiquée revient à dire que lorsqu’un verset semble choquant, il y a un autre verset qui le contredira ou permettra de ne pas l’appliquer stricto sensu, permettant une lecture plus modérée.

Fild : Fred, le personnage principal, se fait systématiquement taxer de facho-ultralibéral, de réac’, alors qu’on sait, à la lecture du roman, que ce n’est pas le cas. Comment expliquez-vous que beaucoup de personnes se voient affublées de ce titre à l’heure actuelle ?

Yves Bourdillon : Déjà, il y a un manque de culture historique. Le libéralisme est antagoniste du fascisme. Ce dernier consiste en la négation de l’individu et le service de l’État-nation, alors qu’on reproche au libéralisme de trop mettre en avant l’individu. Donc historiquement, au moment de la montée du fascisme, les seuls qui n’ont jamais pactisé avec les fascistes, c’étaient les libéraux.
On observe donc une contradiction dans les termes, qui reflète le manque de culture historique contemporaine et surtout la prééminence de l’intelligentsia de gauche, qui a essayé (avec succès malheureusement) ces dernières années, de considérer que toute personne qui critiquait la montée de l’islamisme ou de l’immigration était un fasciste, et devait être discrédité à ce titre. C’est lamentable, car il est tout à fait légitime de poser cette question sans rouler pour l’extrême droite. C’est malheureusement une intimidation qu’une certaine partie de la gauche a pratiquée, et on voit le résultat : ils sont à côté de la plaque, et l’extrême-droite monte. Le sujet du livre est effarouchant, il faut croire, puisque j’ai dû recourir à l’autoédition. Ce n’est pas politiquement correct, mais en même temps ce n’est pas un brûlot fachistoïde. Oui le sujet fait peur, c’est d’ailleurs un des thèmes abordés dans le roman, certains sujets ne sont plus traités, alors qu’ils sont importants. Un mot de travers, et vous pouvez vous retrouver avec une fatwa aux fesses.

Fild : L’humour, le cynisme, le sarcasme, ont beaucoup de place dans votre livre, alors que vous traitez d’un sujet grave. Pourquoi ?

Yves Bourdillon : J’ai essayé, pour ne pas dramatiser, de mettre de l’ironie, de l’humour dans le titre et dans le premier chapitre Jamais de guerre civile le mardi, j’ai piscine. Si on peut se permettre de la refuser le mardi parce qu’on a piscine, c’est que finalement, ce n’est pas si grave que ça. Au passage, c’est un clin d’œil, au journal de bord de Franz Kafka, qui disait en août 1914 « Ce matin, l’Allemagne a déclaré la guerre à la Russie. Cet après-midi, piscine ». J’ai essayé de faire rire, car l’humour c’est la distance, c’est ce qui rend les choses supportables. Comme disait Beaumarchais, « Je me dépêche de rire de tout, de peur d’être obligé d’en pleurer ». L’humour est en outre une technique d’argumentation très efficace, l’ironie permet de faire passer beaucoup plus de choses. J’ai conscience que traiter une guerre civile sous l’angle de la comédie, c’est « gonflé. » Normalement, les deux ne vont pas vraiment ensemble. Ça peut choquer, mais je pense que c’est plus efficace.

Fild : Derrière ce ton léger, votre ouvrage est pourtant très bien documenté.

Yves Bourdillon : J’ai voulu me renseigner énormément. Je cite par exemple le livre d’Abou Moussad al-Souri, qui est la doctrine clef de la conquête islamique et recommande la victimisation des jeunes immigrés, incitant à des représailles pour créer une situation explosive. Il est au cœur de la doctrine djihadiste, avec la stratégie des Mille entailles, qui énonce que chaque jour il faut de nouveaux attentats, de nouvelles attaques. Je raconte aussi l’histoire étonnante de Stay behind, un réseau clandestin de plusieurs dizaines de milliers de membres coordonné par l’OTAN et établi dans une quinzaine de pays, monté au lendemain de la Seconde guerre mondiale pour résister aux Soviétiques en cas d’invasion de l’Europe de l’Ouest. Un secret gardé pendant presque quarante ans...

26/11/2020 - Toute reproduction interdite



De Fild Fildmedia

À découvrir

À découvrir

Aucun article disponible
ABONNEMENT

80 journalistes
indépendants
sur le terrain,
pour vous !

Découvrez nos offres à partir de

1€/mois

Je m’abonne

sans engagement

Newsletter FILD
Soutenez-nous

Parce que la presse indépendante est un pilier de la démocratie!

Abonnement 80 reporters engagés sur le terrain

Découvrez nos offres à partir de

1€/mois

Je m’abonne

sans engagement