Fin octobre 2021, le parlement italien a voté contre l’approbation d’un projet de loi contenant des mesures pour lutter contre l’homophobie. Le texte est connu comme « ddl Zan », du nom de son rapporteur, le député de gauche Alessandro Zan. Selon les opposants à ce projet de loi, il aurait pu introduire de fortes limitations à certaines libertés fondamentales, comme la liberté d’expression. Parmi ceux qui ont alerté sur ces risques : Pro Vita e Famiglia, une formation inspirée de La Manif Pour Tous. Fildmedia a interviewé Jacopo Coghe, l’un de ses dirigeants.

Entretien conduit par Matteo Ghisalberti

 

Fildmedia : Que représente le vote du parlement italien contre ce projet de loi ?

Jacopo Coghe : Tout d’abord, il s’agit d’une grande victoire pour les familles italiennes parce que - comme nous l’avons dit au cours de ces deux années où le ddl Zan (« ddl » est l'acronyme italien de « disegni di legge », c’est-à-dire « projets de loi », ndlr) a fait l’objet de débats parlementaires - nous avons évité que nos enfants subissent un lavage de cerveau à l’école. Ce projet de loi était inutile, il menait à la division et, surtout, avait une forte composante idéologique. Car du premier jusqu’au dernier article, il était imprégné d’une idéologie gender. Par exemple, l’article 7 aurait permis d’enseigner dans les écoles l’identité de genre, confondant ainsi l’identité sexuelle de nos enfants.

Fildmedia : Pensez-vous que le « projet de loi Zan » aurait pu limiter la liberté d’expression ?

Jacopo Coghe : Non seulement la liberté d’expression, mais aussi celle de l’éducation et de culte. En effet, dans les pays où des lois similaires s’appliquent, la liberté religieuse est mise à rude épreuve. En Angleterre, des pasteurs ont été arrêtés parce qu’ils ont lu en public la parole de Dieu, et ont parlé du mariage entre un homme et une femme. Le résultat que nous avons obtenu est le fruit de deux ans de travail, sur le plan culturel et de l’information. Nous avons essayé d’informer le plus grand nombre de personnes et de politiciens, pour éviter qu’ils ne tombent dans les pièges liés à la façon dont ce projet a été présenté.

Fildmedia : Avez-vous été soutenu seulement par des partis et des mouvements de droite, ou aussi par ceux de gauche ?

Jacopo Coghe : Nous avons essayé d’avoir des contacts avec la gauche, mais c’était très difficile parce qu’il y avait – en particulier au Sénat - une attitude idéologique. Cependant, contre le ddl Zan, s’est formé un front hétérogène qui a rassemblé des personnalités de l’Église, des radicaux, certains sociologues et philosophes de gauche, mais aussi des communistes italiens et des féministes. Cela prouve que cette loi aurait été vraiment inutile : elle prévoyait certes des mesures de protection - juridiques et physiques – pour toutes orientations sexuelles, mais ces protections existent déjà dans le système juridique italien ! Une agression pour homosexualité est punie par la loi et passible de peine de prison, par exemple. Malgré ce que les partisans du ddl Zan ont essayé de faire croire, il n'y a pas d'anarchie en la matière.

Fildmedia : À votre avis, d’autres pays pourraient-ils s’inspirer de ce qui s’est passé en Italie, s’ils devaient voter des lois contre l’homophobie ?

Jacopo Coghe : J’espère que notre travail pourra éclairer la conscience de nombreuses personnes dans d’autres États, où ces questions sont débattues. Comme je l’ai dit, je trouve intéressant qu’en Italie se soit formé un front hétérogène contre ce projet de loi. J’espère que dans d’autres pays aussi, l’exemple italien pourra éclairer la conscience des féministes et des sympathisants des partis de gauche. D’autre part, ces formations et sensibilités politiques ont toujours eu à cœur les droits des personnes. Des droits qui ne seraient pas protégés par des lois comme le ddl Zan. Au contraire : des lois similaires pourraient créer des catégories protégées de citoyens au détriment des autres, car ceux qui n’entrent pas dans ces catégories risquent d’être discriminés.

09/12/2021 - Toute reproduction interdite


Jacopo Coghe
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De Matteo Ghisalberti