Notre confrère et correspondant en Israël, Bruno J. Melki, revient sur les propos tenus par Alain Chouet, ex directeur du renseignement à la DGSE dans nos colonnes  dans le cadre d’un entretien qu’il a accordé à Roland Lombardi publié sous le titre: Que font les services secrets pendant la pandémie. Ses affirmations selon lesquelles le Mossad aurait volé du matériel faisant défaut à l’État Hébreu semble en effet avoir heurté certains spécialistes du renseignement israélien. Explications.

                                                                                              Par Bruno j. Melki

Entreprendre un dialogue avec un agent du Mossad donne à peu près la même impression que celle d’aller prier au mur des lamentations. Les pierres ont une histoire à raconter, les faces de ces agents aussi.

Pourtant, plusieurs livres ont été écrits sur cette organisation, et le chef du Mossad, devenu personne publique en 1996 seulement, a même donné quelques interventions écoutées évidemment avec avidité. Car le secret intrigue depuis l’ère d’Adam et Ève, et lorsque quelque chose est défendu ou secret, cela attire l’attention et l’intérêt. C’est la dynamique qui s’est développée avec le temps autour d’une organisation qui s’est construit une renommée redoutable dans le monde entier, mais qui reste silencieuse envers et contre tout.

Alain Chouet, ancien chef du service de renseignement et de sécurité à la DGSE a porté des accusations des plus graves à l’encontre du Mossad et de l’État d’Israël en profitant certainement de ce silence légendaire. Comme nous ne pouvons pas aller dialoguer avec les agents Israéliens, nous sommes allés questionner Ronen Bergman, auteur entre autres, d’un livre sur les éliminations ciblées du Mossad et d’une thèse de doctorat sur cette organisation.

BM : Alain Chouet affirme sans bémol dans une diatribe acerbe qu’Israël a volé, purement et simplement, le matériel qui faisait défaut en Israël pendant la crise du Covid19. Est-ce une manière innovante de gérer la crise ?

RB : C’est étonnant. Ces accusations de vol de matériel médical par un État lors d’une crise internationale d’une ampleur telle que nous avons vécu avec la pandémie du Covid19, sont extrêmement graves. Nous serions donc en mesure, devant de telles accusations, de nous attendre à quelques détails qui pourraient prouver ou ne serait-ce que donner un aperçu des faits : quand, où et comment, même si, peut-être, tous les détails ne peuvent être divulgués. Pour accuser un État de vol, il serait pour le moins pertinent d’avoir un voleur ou une preuve quelconque à exhiber afin d’appuyer ces accusations. Sans l’ombre de la moindre preuve, j’ai plutôt tendance à croire que ces accusations relèvent plus d’un état d’esprit venu du domaine de la rancune, peut-être, ou d’une mauvaise expérience du passé. En tout cas, cela me paraît être totalement en dehors du domaine des faits.

Voler du matériel médical en pleine pandémie serait une antinomie radicale par rapport à l’ADN du Mossad tel que je le connais et en contradiction absolue avec ce que nous savons des actions de cette organisation dans le cadre de cette dernière pandémie. Bien sûr, les opérations du Mossad ne sont pas toutes des réussites et peuvent manquer d’éthique, comme celles de tous les services secrets du monde, mais il est tout de même difficile d’accuser le Mossad d’être une organisation idiote car aller voler du matériel médical pendant une pandémie de cette taille relève d’une imbécillité totale. Il suffit d’imaginer qu’un agent du Mossad eut été pris la main dans le sac. Quelles répercutions interplanétaires un évènement de la sorte aurait eu sur l’État hébreu ?

BM : Une rumeur parle d’un avertissement des USA vers Israël aux débuts de la pandémie et que les Israéliens n’en ont pas informé la France malgré des relations bilatérales étroites. Y a-t-il y a une coopération particulière entre la DGSE et le Mossad ?

RB : Ces rumeurs sont aussi déconcertantes. Comment les USA auraient informé Israël d’une pandémie sans prendre des mesures afin de se protéger ? Est-ce que les Américains seraient à ce point stupides ? Je n’ai pas eu vent, dans mes recherches, d’une politique « officielle » de coopération entre la DGSE et le Mossad. Il y a des initiatives individuelles certes, mais il y a aussi des expériences amères entre Israéliens et Français, comme en 1992 avec l’élimination ciblée, dans les rues de Paris, d’Atef Bseiso, officiel de l’OLP qui était impliqué dans le massacre de Munich. Abattre un invité des services Français sur leur territoire n’a pas été pour plaire aux autorités françaises.

14/05/2020 - Toute reproduction interdite


Le personnel médical brandit le drapeau de l'hôpital et le drapeau national israélien avant le survol de l'hôpital Hadassah Ein Kerem par l'armée de l'air israélienne, à Jérusalem le 29 avril 2020
Ronen Zvulun/Reuters
De GlobalGeoNews GGN

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