L’organisation Américaine Human Right Watch (HRW) fait écho à une longue liste* de publications accusant Israël d’Apartheid dans un rapport de plus de 220 pages. Cette campagne de diffamation anti-israélienne s’est imposée ces dernières décennies, et ce, de façon paradoxale, en parallèle aux accords d’Oslo qui étaient censés enterrer les haches de guerres entre Israéliens et Palestiniens. Rien que ces derniers 18 mois, pas moins de 15 organisations ont publié des « rapports » qui accusent Israël d’apartheid. Un terme fourre-tout, devenu monnaie courante à l’encontre de l’État Hébreu.

Par Bruno J. Melki (à Jérusalem)

Apartheid ? Vraiment ?

Israël comprend aujourd’hui une population de 9 millions d’habitants avec une majorité de 6.8 millions de Juifs, et d’une minorité de 1.9 million d’Arabes. Une des définitions de l’apartheid, telle qu’elle est aussi reprise par ce document, stipule une discrimination institutionnelle à l’encontre d’une race ou d’une ethnie. Or les 9 millions de citoyens Israéliens ont tous exactement les mêmes droits devant la loi. Aux yeux des Israéliens, le fait même de devoir répondre à ces accusations est tout simplement ahurissant tout comme il le serait pour les Français si ces derniers devaient expliquer une ségrégation raciale étatique envers leurs citoyens Français de confession musulmane. Évidemment, des discriminations existent en Israël, comme dans chaque pays dans lesquels vivent des minorités, mais elles ne diffèrent en rien de celles qui existent dans les pays européens. Or, on ne parle pas de « politique d’apartheid » en Europe.

La confusion géopolitique d’un conflit qui perdure est utilisée ici, par les détracteurs de l’État Hébreu, afin de diffuser leurs campagnes dans un monde occidental qui se mobilise, souvent et de façon automatique, pour soutenir le faible et accabler le fort.

En plus des 1.9 millions d’Arabes Israéliens vivant une pleine citoyenneté Israélienne, il y a aussi 2.9 millions de Palestiniens qui vivent dans l’Autorité Palestinienne (AP) - ou en Judée et en Samarie, ou en Cisjordanie, ou dans les territoires disputés ou dans les territoires occupés - selon l’intervenant. Ces cinq appellations dénomment exactement le même territoire et entretiennent la confusion existante. Qui plus est, l’AP a un statut temporaire, résultant des accords d’Oslo commencés en 1992 n’ayant pas réussi à aboutir à un accord final. Ce sont les fameux « pourparlers » que les Américains, les Russes, les Européens et même les Chinois aimeraient tant réanimer. Les causes du non-aboutissement de ces pourparlers – qui ne sont pas traitées dans ce volet – témoignent donc qu’un processus n’est pas encore arrivé à terme. Et c’est justement dans cette faille que s’engouffrent les organismes pacifistes, voire, certains politiques dans le monde Occidental.

Car dans le cadre du conflit existant, il existe deux statuts civils possibles pour les Arabes de la région - i.e. Israël et l’AP. Celui de citoyen israélien, avec les droits et les devoirs que l’État d’Israël donne et demande à ses ressortissants, et celui de résident de l’Autorité Palestinienne qui, sans être un État, a la pleine responsabilité de 2.9 millions d’Arabes vivant sous son administration. Cette responsabilité, ratifiée des deux côtés dans les accords d’Oslo en 1992, comprend tous les droits et les devoirs d’une société en voie d’établir un état, à la seule exception du dossier militaire. Aujourd’hui, même si les gardiens de la paix de l’Autorité Palestinienne sont armés de AK47, ce sont officiellement des policiers et non pas des soldats. Ainsi, 97 % des Arabes n’ayant pas la nationalité Israélienne entre le Jourdain et la mer Méditerranée vivent sous l’égide de l’Autorité Palestinienne. Pour être précis, il existe un problème de définition juridique pour 2 à 3 % d’Arabes qui se retrouvent physiquement entre l’AP et Israël à cause des tracés de frontières qui doivent être résolus dans le cadre de ces fameux pourparlers.

La situation est loin d’être saine, il faut l’avouer, mais il est facile de comprendre qu’elle a aujourd’hui le grand avantage d’éviter un bain de sang. Il est évident pour les Israéliens et les Palestiniens que cette situation est « temporaire », mais comme le veut la tradition Moyen Orientale, le temporaire a tendance à durer. Les problèmes sécuritaires continuent donc de miner les relations entre Israéliens et Palestiniens et créent une réalité géopolitique difficile, mais qui ne ressemble en rien à un apartheid.

Car comment Israël peut être accusé de ségrégation ethnique ? Les citoyens Arabes habitant dans ses frontières votent, sont élus, dirigent des Start-up, des hôpitaux, envoient le président de l’État Juif en prison (le président Moshe Katsav a été envoyé sept ans en prison par le juge George Karra, Arabe israélien) et servent même dans l’armée Israélienne avec les Juifs car ils habitent le même État.

Israël n’a pas de responsabilité civile envers les Arabes de l’Autorité Palestinienne.

La ségrégation dont parlent ces détracteurs ne peut donc s’appliquer qu’aux Arabes qui n’habitent pas dans les frontières de l’État d’Israël mais ceux-ci sont administrés par l’Autorité Palestinienne ! La dernière accusation farfelue envers Israël qui « refusait » de vacciner les Arabes était comme demander aux Allemands de vacciner les Français car Israël n’a aucune responsabilité civile envers les Arabes de l’Autorité Palestinienne, tout comme les Allemands n’ont pas de responsabilité envers les Français. L’HRW dans son rapport s’acharne à dénommer, et ce de façon pernicieuse, les problèmes sécuritaires existant logiquement entre deux entités en conflit territorial a des problèmes de racisme à l’État Hébreu.

Il ne faut pas s’étonner que Robert Bernstein lui-même, fondateur du HRW en 1978, ait fustigé sa propre institution dans une tribune mordante au New York Times en 2009[1], l’accusant de manquer à son devoir. Jouer sur les mots et transformer la vérité n’a jamais été une critique justifiable.

[1] https://www.nytimes.com/2009/10/20/opinion/20bernstein.html

* : Liste des publications accusant Israël d’apartheid pendant la seule période de pandémie.

Nov-19[1]

Un groupe d'ONG (Al-Haq, BADIL, PCHR, Al-Mezan, Addameer et le Civic Coalition for Palestinian Rights in Jerusalem) ont rejoint le comité onusien OHCHR (Committee on the Elimination of Racial Discrimination) afin d’accuser Israël de « maintenir un régime d'Apartheid à l'encontre de la population Palestinienne ».

Dec-19[2]

Le même comité a publié des conclusions sur les pratiques de « ségrégation raciale et d'apartheid » des deux côtés de la ligne verte en Israël.

Mar-20[3]

L’ONG Israélienne Briser le Silence accuse le gouvernement d'Israël d'appliquer une politique d'apartheid et qu'ils reconsidéreraient à partir d’aujourd’hui leur non-participation à la semaine de l'apartheid.

Jul-20[4]

Édito de Michael Sfard par l’ONG Israélienne Yesh Din titre : « L'occupation Israélienne de la rive est et le crime d'apartheid ».

Sep-20[5]

Deux ONG onusiens, le Palestinian Human Rights Organization Council (PHROC) et le Palestinian NGO Network (PNGO) ont appelé, entre autres, les membres de l'assemblée générale de l'ONU à lancer une enquête envers le « régime d'apartheid de l'État d'Israël ».

Nov-20[6]

Les ONG Israéliennes Yesh Din, PHR-I (Physicians for Human Rights-Israel) et Briser le Silence publient un article commun avec en titre : « Les invasions militaires commettent un crime d'Apartheid ».

Dec-20[7]

BADIL publie : « la colonisation et l'apartheid dans le système scolaire israélien : déni des droits des Palestiniens ».

Dec-20[8]

Une publication de l’ONG Israélienne Briser le Silence : « Autoroute vers l'annexion » accuse Israël de construire des « routes d'apartheid ».

Dec-20[9]

l'ECFR, (European Council on Foreign Relations) publie : « La fin d'Oslo, Israël a créé une situation de violation des droits de l'Homme et une discrimination institutionnelle qui n'est qu'un apartheid moderne ».

Jan-21[10]

L’ONG Israélienne B'tselem ouvre une campagne avec en titre : « Le régime suprémaciste juif du Jourdain à la mer : C'est de l'apartheid »

Jan-21[11]

« War on Want » publie la fiche de route de l'apartheid Israélien

Mar-21[12]

Deux ONG, Kerem Navot et B'tselem, publient ensemble : « Celle-ci est la nôtre et celle-là aussi » (paraphrase du chant du Jabotinsky de 1929 réclamant les deux rives du Jourdain) accusant Israël de perpétuer un régime d'apartheid dans les territoires qui sont sous son contrôle

[1] https://www.alhaq.org/advocacy/16183.html

[2] https://tbinternet.ohchr.org/Treaties/CERD/Shared%20Documents/ISR/INT_CERD_COC_ISR_40809_E.pdf

[3] https://www.jpost.com/diaspora/breaking-the-silence-wont-take-part-in-harvard-israel-apartheid-week-619410

[4] https://s3-eu-west-1.amazonaws.com/files.yesh-din.org/Apartheid+2020/Apartheid+ENG.pdf

[5] https://www.alhaq.org/advocacy/17305.html

[6] https://www.phr.org.il/wp-content/uploads/2020/11/Exposed_Life_ENG.pdf

[7] http://www.badil.org/en/publication/press-releases/92-2020/5123-pr-en-231220-46.html

[8] https://www.breakingthesilence.org.il/inside/wp-content/uploads/2020/12/Highway-to-Annexation-Final.pdf

[9] https://ecfr.eu/publication/the-end-of-oslo-a-new-european-strategy-on-israel-palestine/

[10] https://www.ngo-monitor.org/reports/from-the-river-to-the-sea-btselems-demonization-crosses-the-line/

[11] https://waronwant.org/news-analysis/israeli-apartheid-factsheet

[12] https://ecfr.eu/publication/the-end-of-oslo-a-new-european-strategy-on-israel-palestine/

04/05/2021 - Toute reproduction interdite


Une femme passe devant une ancienne affiche de campagne représentant Ali Salam, le maire de Nazareth, la plus grande ville arabe d'Israël, le 11 février 2021.
© Ammar Awad/Reuters
De Bruno J. Melki