La cyberguerre entre Israël et Iran alimente ces dernières semaines la presse internationale, le régime des Mollahs ayant récemment lancé une série d’attaques informatiques contre des installations d’approvisionnement et de traitement de l’eau. Attaques auxquelles l’État hébreu aurait répondu en immobilisant des infrastructures informatiques d’un port iranien. « Une drôle de guerre », dans laquelle les médias ont aussi leur place.

                                                 L’analyse de Bruno J. Melki (correspondant en Israël)

Le conflit qui oppose Iran et Israël est largement commenté dans les médias. Complexe, il est particulier à bien des égards. La première de ses particularités est que, mis à part une guerre entre les Juifs et les Perses sous le règne de Xérès (519 – 465 av.), il n’y a pas d’intérêts conflictuels entre ces deux nations. Aucune frontière, aucune guerre historique ni contemporaine, aucun à priori qui permettrait davantage de comprendre les raisons de ce conflit. Israël poursuit pourtant une politique ouvertement hostile au régime des mollahs tout en clamant de façon toute aussi affirmée qu’il n’a rien contre le peuple Iranien. Les actions Israéliennes ont en fait un aspect défensif qui vise à contrecarrer la poussée Iranienne à sa frontière nord de l’État Hébreu - où le régime islamiste de Téhéran active régulièrement les milices pro-chiites du Hezbollah - tout comme elles essayent d’endiguer le programme nucléaire iranien qui menace la population israélienne d’extermination.

Il n’y a en fait aucun équivalent contemporain aux menaces Iraniennes envers Israël. Car les Iraniens proclament haut et fort qu’ils veulent rayer Israël de la carte du monde, utilisant une terminologie révoltante lorsqu’ils évoquent une solution finale au « problème de l’entité sioniste ». Un peuple qui commémore chaque année une tentative de génocide ayant anéanti plus de 6 millions des siens est donc en droit de se poser des questions précises quant aux intentions de ceux qui utilisent sans se cacher - et 70 ans après la deuxième guerre mondiale - la rhétorique de « Mein Kampf »…

La deuxième particularité de ce conflit est qu’il a les caractéristiques d’un immense iceberg dont nous ne discernons qu’une infime partie. La communauté internationale comme les médias rapportent ainsi régulièrement des attaques aériennes attribuées à Israël au Liban et en Syrie, dont nous comprenons à demi-mot que pour chaque action médiatisée, plusieurs autres n’ont jamais fait la une des journaux. Difficile, donc, d’énoncer des certitudes sur les détails de cette guerre, excepté une : pour Israël, ce conflit est existentiel ! Et toutes les ressources, qu’elles soient cyber ou médiatiques, sont à exploiter.

Cyberguerre et rôle des médias

Les dernières publications sur la guerre cyber entre les deux belligérants s’alignent parfaitement sur le modèle de l’iceberg. Depuis quelques temps, des articles à propos d’attaques informatiques entre les deux pays font ainsi – et soudainement - la une des journaux. Selon des sources américaines et israéliennes, les Iraniens seraient en effet responsables d’une attaque sur le système d’eau Israélien - sans toutefois faire de dommages outre mesure - . L’impact de cette agression est jugé à deux niveaux en Israël. Le premier concerne la capacité technologique que les Iraniens semble avoir de se mesurer à la start-up Nation. Le deuxième est relatif au débat médiatique.

L’attaque a été portée à l’encontre d’une infrastructure civile qui est devenue au fil des temps l’une des plus importantes en Israël : l’eau. Nous avons déjà écrit un article sur l’importance des efforts des Israéliens dans ce domaine afin de pouvoir alimenter non seulement la population Israélienne qui a l’un des taux de croissance les plus élevés du monde Occidental, mais qui permet aussi à l’État hébreu de se servir de l’eau comme d’un atout incontournable dans une région aride. C’est dire si l’objectif des iraniens était vital pour Israël, qui n’a pas forcément apprécié - à priori - la médiatisation de l’affaire.

Les sources citées peuvent en fait être issues d’une fuite involontaire de la part d’agents d’un pays ayant des intérêts dans la région comme les États Unis ou la Russie. Elles peuvent cependant être aussi le résultat d’une volonté délibérée de l’État Hébreu de faire fuiter certains détails afin d’alimenter le débat international sur les actions de l’Iran. Il peut encore s’agir d’accusations totalement infondées afin de faire passer un message à l’un ou l’autre des côtés. De toutes les manières, il est difficile de comprendre les informations publiées, la guerre cybernétique étant toujours entourée d’un large flou. Omri Moyal, un chercheur israélien en sécurité désigné parmi les plus prometteurs des jeunes de moins de trente ans par le journal Forbes, remet ainsi certaines pendules à l’heure. Il ne cache pas que les attaques iraniennes ne sont pas nouvelles et qu’il n’y a absolument rien de particulier ou de nouveau à leur propos. Selon lui, « tous ceux qui connaissent le milieu de la guerre cybernétique entre Israël et l’Iran ont été étonnés par ces publications, beaucoup plus que par les attaques elles-mêmes ». Car ce sont elles qui ont fait monter le ton. Mais le message de Moyal pointe aussi du doigt « des faiblesses Israéliennes que les Iraniens pourraient utiliser afin de faire des dégâts beaucoup plus importants ». La course effrénée d’Israël dans le monde de l’innovation et le fait que les Israéliens n’aiment pas les procédures empêchent en effet, selon le chercheur, le pays de protéger ses acquis.

Le fait que les Israéliens ne soient donc pas à l’abri d’attaques cybernétiques, et surtout le fait que cette attaque ait eu une médiatisation internationale, n’a certainement pas laissé le choix au gouvernement et au ministre de la Défense de l’État hébreu qui a organisé à une réponse adéquate afin de rétablir l’avantage. Car si les Israéliens sont vulnérables, ils ont quand même du répondant. Récemment, d’autres publications internationales ont ainsi dévoilé que l'installation portuaire ultramoderne de Shahid Rajaee dans la ville côtière iranienne de Bandar Abbas a été la cible d’une attaque cybernétique qui l’a laissée pendant plus de trois jours sans autres possibilités de gestion que le papier et le crayon. Des kilomètres de bouchons sur terre et sur mer ont été photographiés depuis des satellites et publiés après que ce port eut été complètement bloqué par une attaque qui n’a pas été officiellement revendiquée. Réponse du berger à la bergère ? Sans doute.

Quoiqu’il en soit, cette médiatisation est extrêmement rare dans le monde cybernétique. Pour la plupart des experts, cela signifie qu’un « carton rouge » a été sorti.

24/05/2020 - Toute reproduction interdite


Un homme participe à une session de formation à Cybergym, un centre de formation à la cyberguerre soutenu par la Corporation électrique israélienne à Hadera, en Israël, le 8 juillet 2019.
Ronen Zvulun/Reuters
De GlobalGeoNews GGN