Réputés violents et corrompus, les Gardiens de la Révolution sont de plus en plus fortement critiqués par la population. Alors quel est leur avenir en Iran ? Analyse.

Les Gardiens de la Révolution constituent une organisation paramilitaire créée en 1979. Le régime communique peu sur cette institution séparée de l’armée régulière, rendant difficile la possibilité d’appréhender le nombre exact de ses recrues. L’Institut International des Etudes Stratégiques de Londres (IISS) estime cependant que les Pasdaran seraient 125 000.

De leur nom persan Sepah-e Pasdaran-e Enghelāb-e Eslami, ces piliers indéfectibles de la République islamique occupent une place prépondérante dans le fonctionnement du pays. Leur organisation est même dotée de forces spéciales, la Force Al-Qods, de troupes parachutistes et d’une composante navale.

Alors que leur rôle dans les institutions iraniennes était au départ limité à la sécurité du territoire et au renseignement, les pasdarans ont gagné en influence sur les terrains politique et économique. Presque quarante ans après la Révolution islamique, et grâce à la construction d’un réseau défiant toute concurrence, les Pasdaran sont aujourd’hui au coeur du système politique et économique iranien. Ils interviennent massivement dans les domaines de la construction, de la finance, de l’assurance et des télécommunications. Ils contrôlent notamment la Khatam al Anbia Construction Headquarters, la plus grande compagnie de construction iranienne, qui emploie des centaines de milliers de personnes et dirige les plus grands projets liés au gaz et au pétrole du pays. De plus, en 2009, cette organisation paramilitaire a fait l’acquisition de 51% des parts de la Telecommunications Company of Iran, ce qui a représenté la plus grande transaction de l’histoire de la bourse iranienne.

Son influence sur les décisions politiques, ainsi que sa capacité d’user de la force et de l’intimidation pour obtenir des contrats, lui ont conféré une réelle puissance dans ce domaine. Usant de leurs privilèges, les Gardiens de la Révolution évoluent de fait en dehors de la concurrence du secteur privé ... Il est ainsi quasiment impossible de faire des affaires en Iran sans avoir à faire à des intermédiaires en lien de près ou de loin avec elle.

Malgré les critiques, l’organisation reste puissante

En 2009, la réélection frauduleuse du président Ahmadinejad poussait des millions d’Iraniens à manifester lors de la Révolution verte. Réprimé dans le sang, ce soulèvement a permis aux Gardiens de la Révolution d’affirmer leur autorité et de maintenir leur rôle essentiel dans la défense du territoire. Mais ils se sont clairement mis à dos une partie de la population, notamment parmi la frange la plus jeune.

Après le traumatisme de 2009, personne n’imaginait que de nouvelles manifestations publiques puissent avoir lieu en Iran. Les faits ont donné tort aux spéculations en fin d’année 2017, avec les manifestations contre le coût de la vie. Si les Pasdaran ont encore une fois mis fin à la contestation, ils ont cependant été sommés par le gouvernement de ne pas perpétrer de violences inutiles.

Il ne faut toutefois pas être dupe. Bien que l’organisation des Gardiens de la Révolution voit sa réputation se ternir au fil des ans, et que certains de ses cadres les plus jeunes peuvent s’interroger sur leur avenir dans une société iranienne qui aspire à plus d’ouverture, elle reste indéniablement l’une des organisations les plus puissantes du régime, l’une des plus riches aussi, et demeure encore crainte par une grande partie de la population.

Elle a donc encore de beaux jours devant elle, quelles que soient les évolutions auxquelles elle sera amenée à faire face.

23/04/2018 - Toute Reproduction Interdite


Les gardes révolutionnaires iraniens prient après la prière du vendredi à Téhéran 26 mai 2006
De Jade Ouvrard