Roland Lombardi, géopolitologue spécialiste du Moyen-Orient, revient sur la crise iranienne… et la stratégie de Trump pour mettre à genoux le régime des Mollahs.

Depuis le 8 mai 2018, date de la décision de Donald Trump de sortir de l’accord sur le nucléaire iranien (signé à Vienne le 14 juillet 2015), les tensions dans le Golfe persique n’ont cessé de croître.

En juin 2019, un drone de l’US Navy qui, selon l’Iran, avait violé son espace aérien, a été abattu. Le président américain avait alors annoncé sur Twitter avoir annulé in extremis des frappes aériennes contre trois sites iraniens, programmées en représailles. Puis ce fut, en septembre dernier, l’attaque contre des installations pétrolières en Arabie saoudite et récemment, les explosions mystérieuses à bord d’un pétrolier iranien au large des côtes saoudiennes...

Certes, l’Iran a démontré assez habilement ses capacités de nuisance, et qu’en cas d’embrasement, il était capable de faire très mal.

Pour autant, l’actualité le prouve, le régime des Mollahs est en grande difficulté, tant sur le plan régional que sur le plan interne. D’abord, avec les grandes manifestations et les émeutes au Liban et en Irak, où la présence et l’influence iranienne sont de plus en plus contestées. Le Hezbollah libanais est fortement critiqué et en Irak, même les chiites irakiens reprochent à Téhéran sa trop grande ingérence. Par ailleurs, toutes les milices chiites pro-iraniennes de la région rencontreraient d’importants retards de paiement de son parrain perse...

En Syrie, les convois et les bases iraniennes subissent régulièrement les frappes israéliennes (avec l’accord tacite de Moscou voire peut-être même de Damas) sans pouvoir raisonnablement lancer des représailles sérieuses.

Ensuite, même en Iran, la contestation grandit de jour en jour. Les Iraniens dénoncent en effet la vie chère, la corruption des élites et par-dessus tout les « aventures » extérieures et coûteuses de leur pays. La hausse des prix de l’essence a mis le feu aux poudres, et il y aurait déjà près d’une centaine de morts du côté des émeutiers.

Si Donald Trump ne souhaite pas d’une guerre à 12 mois de sa probable réélection, pour l’instant, en évitant tous les pièges des néoconservateurs comme Bolton, il s’est contenté de durcir les sanctions commerciales envers Téhéran. Stratégie qui s’avère payante jusqu’ici, puisque l’Iran, en dépit de son extraordinaire résilience, est à genoux économiquement. Au final, le locataire de la Maison Blanche ne frappera militairement l’Iran que si, et seulement si, des intérêts, ou pire, des ressortissants américains étaient directement ciblés. Pour l’heure, les Iraniens et leurs proxies sont trop intelligents pour franchir ce pas...

Quoi qu’il en soit, en choisissant la stratégie de Reagan face à l’URSS, Trump est en passe de réussir son pari. Il a très bien compris que ce sont les rapports de force qui prévalent en relations internationales, et dans cette région plus qu’ailleurs. Ainsi, que cela nous plaise ou non, la guerre psychologique et la pression maximale et insupportable imposée à Téhéran, est en train d’asphyxier les mollahs et la République islamique. Le plan de Trump repose sur un pourrissement de la situation interne du pays qui le ferait évoluer positivement vers une sorte de « perestroïka persane », voire d’une chute du régime.

Bien sûr, le régime iranien reste encore solide et s’y connaît en répression, comme il le démontre chaque jour.

Toutefois la situation est critique et les responsables iraniens ne sont plus en capacité de jouer la montre en attendant la défaite de Trump à la présidentielle de 2020, sur laquelle ils pariaient.

Chez lui, ce dernier résiste encore et toujours contre ouragans et tsunamis et il se pourrait très bien qu’il soit réélu. En définitive, les Iraniens qui sont de grands pragmatiques, devraient revenir plus vite qu’on ne le croit à la table des négociations.

Des appels du pied très discrets ont d’ailleurs déjà commencé...

20/11/2019 - Toute reproduction interdite


Le président américain Donald Trump affiche un décret imposant de nouvelles sanctions contre l'Iran dans le bureau ovale de la Maison-Blanche à Washington, États-Unis, le 24 juin 2019.
Carlos Barria / Reuters
De Roland Lombardi