Sommes-nous devenus intolérants aux opinions des autres ? C’est une question que je me pose souvent, et singulièrement en ce moment, alors que notre société est au cœur des mêmes débats quotidiens sur des questions politiques, philosophiques ou idéologiques, et sur des faits d’actualité.

La chronique de « Mila en liberté »

Aujourd’hui, je m’imagine difficilement ne pas être réticente envers une personne qui ne partage pas les mêmes idées que moi, particulièrement lorsque celle-ci se rapproche d’un stéréotype de certains camps extrémistes.

Parce que j’ai la crainte et la lassitude du vide intellectuel et du manque de tolérance et argumentaire de mon interlocuteur.

Et parce que je suis ennuyée, épuisée de voir tant d’individus faire exprès, de manière très décomplexée, de ne pas comprendre par exemple certains points de vue moraux, faits sociaux, juridiques ou historiques, même quand les preuves et explications pédagogiques leur sont démontrées noir sur blanc.

Parce que je perçois trop souvent la colère, le mépris, l’agressivité, et même parfois le danger. Et malheureusement, je les appréhende désormais trop souvent instinctivement.

En revanche, lorsque l’on a du tempérament, on préfère toujours foncer tête baissée, ne jamais hésiter à exprimer un désaccord malgré la crainte, et à contredire autant qu’on en ressent le besoin d’une ou de plusieurs personnes qui tiennent un discours dénué de sens et de bienveillance.

Mais on voit à chaque fois un peu plus, au fil du temps, à quel point les gens se taisent ; comme si ce changement d'attitude s'imprégnait à une vitesse effroyable dans nos veines, et que cette société bien trop lâche laissait naître, pour qu’elle y règne ensuite, une sorte de culture de l’omerta.

Et je sais que ça n’a pas toujours été comme cela.

Banalisation du mal

Dans ce débat impossible, les cartes de l’intolérance sont souvent celles de la victimisation, de l’oppression ; celle de la diffamation, mais aussi celle qui nous dit que l’on n’est pas concerné.

Toutes ces cartes sont tirées du même jeu de la culpabilité et de la menace ambiante. Où l'on banalise trop facilement le fait qu’on salisse des vies, qu’on maudisse des noms. Qu’on efface et qu’on condamne des personnes qui expriment des idées qui fâchent en usant de leur liberté d’expression.

Nous sommes, en France, comme dans une concurrence malsaine et improbable.

Plus rien n’est imprévisible, et ça nous bouffe pourtant l’esprit.

Le pseudo « camp du bien » ne vaut plus la peine d’être dénoncé et démasqué dans ses travers, mais il est préférable de le suivre bêtement et de fermer les yeux sur les valeurs et le courage en rejoignant le troupeau abruti.

Oui, nous avons banalisé le fait que des personnes vivent sous protection, sous la menace, harcelées massivement dans leur quotidien ; qu'elles soient diffamées, qu'elles vivent avec une fatwa sur la tête ou en décèdent.

Et ma colère est encore plus immense lorsque ces horreurs que l’on peut vivre sont cautionnées et justifiées, ou bien regardées de loin avec réjouissance, pitié ou lâcheté.

La lâcheté n’est jamais question de légitimité

Ma génération manque cruellement de savoir et de culture, celles qui nous ont précédées n’auraient pas pu être plus ignares.

De nos jours, les gens ne savent plus vraiment découvrir la pensée (hors la pensée unique !) par eux-mêmes. Avec des découvertes, des réflexions, du travail, de la lecture, des recherches, des conversations, des débats et de l’apprentissage sans limites.

Ils considèrent plutôt ce qu’ils devraient penser pour se faire aimer et respecter des autres et du plus grand nombre, en fermant les yeux sur les horreurs qui se cachent derrière le cette fameuse pensée dominante, absolue.

Je précise avec sarcasme mais sincérité que ce sont ces mêmes suiveurs obtus qui prétendent trop souvent dénoncer le fascisme ou les « systèmes ».

On a peur constamment d’avoir certaines idées de droite, de défendre des personnes harcelées ou certaines causes qui nous tiennent à cœur, parce que la réelle oppression se cache dans la nouvelle dictature de la pensée.

Mais peut-on encore dire qu’elle est cachée alors qu’elle a pris autant d’ampleur et brisé tellement de vies ? Alors qu’il suffirait juste d’être plus nombreux à élever la voix pour que la peur change de camp avant qu’il ne soit trop tard.

La lâcheté n’est jamais question de légitimité. La frousse ne doit pas même la couvrir.

Je considère qu’avant d’être intolérants aux opinions des autres, on les craint. On craint qu’elles nous portent atteinte, alors on s’y convertit un peu trop.

La peur conduit à l’ignorance jusqu’à l’étroitesse d’esprit, et parfois jusqu'au néant.

07/01/2022 - Toute reproduction interdite



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De Mila