International | 7 décembre 2020

Insultes d’Erdogan à la France : une formidable opportunité !

De Sébastien Laye
6 min

Les violentes attaques d’Erdogan à l’encontre de la France sont évidemment choquantes, mais elles représentent aussi une opportunité de changer le paradigme géopolitique français.

Par Marc Rameaux, haut cadre industriel, et Sébastien Laye, Président du Parti Quatre Piliers

 

De nouveaux partenaires et amis

Les attaques du dictateur d’Ankara visent à regrouper toutes les mouvances islamistes contre la France. Pourquoi notre pays est-il particulièrement ciblé ? Avec tous les reproches que l’on peut faire à Emmanuel Macron, il y a un seul dossier sur lequel il s’est montré à la hauteur de sa fonction : le soutien indéfectible à la Grèce contre les provocations d’Erdogan.

Les foucades du sultan sont les représailles directes de cette prise de position, d’autant qu’elle est apparue comme une rupture avec la molle lâcheté de l’Union Européenne et la complaisance de l’Allemagne, qui se sont contentées d’un appel au calme, comme si les protagonistes étaient à mettre sur le même plan.

Mais le point positif de la percée française est de faire émerger de nouveaux alliés de grande valeur. Le soutien appuyé de l’Inde, par la voix de Narendra Modi se présentant comme un partenaire naturel de la France, doit être chaleureusement accueilli.

Nous n’avons pas le droit de laisser passer cette main tendue par l’Inde, pour trois raisons.

- Economiquement, l’émergence de l’Inde n’est plus une annonce toujours reportée. Cinq ou sixième économie mondiale (selon les critères), passée devant la France, l’Inde parvient enfin à convertir son formidable réservoir humain et culturel en puissance économique. Le pôle technologique de Chennai est devenu l’un des premiers au monde. Tous les spécialistes en nouvelles technologies ont pu en mesurer l’évolution : il y a dix ans fournisseur de développements low cost, il y a cinq ans de prestations informatiques standard, actuellement un bouillonnement d’ingénieurs de premier plan, réactifs et professionnels, maîtrisant l’algorithmie de pointe qui construit le monde de demain (IA et Data Science).

- Géopolitiquement, l’Inde est l’autre géant asiatique avec la Chine, capable d’équilibrer la puissance de celle-ci. Habituée à traiter fermement mais en finesse avec la puissance chinoise depuis des années, à travers le conflit himalayen, l’Inde a des enseignements à nous transmettre pour savoir quel comportement adopter vis-à-vis de l’empire du milieu : ni l’obséquiosité européenne, ni la brutalité américaine. L’alliance avec l’Inde est la clé ouvrant la porte d’autres partenariats fructueux avec l’Asie, précisément parce que leur culture est à part, non originaire de la matrice culturelle et scripturale chinoise qui baigne presque tous ses autres voisins.

- L’Inde a dû montrer sa fermeté vis-à-vis d’un péril autre que la Chine : l’Islamisme. Historiquement et culturellement, l’Inde a dû s’affirmer en tant que civilisation vis-à-vis des pressions que l’Islam a pu exercer sur elle. Pari réussi : l’identité indienne apparaît maintenant comme à la fois forte et ouverte sur le monde. Sa vigilance constante face à de fréquentes incursions islamiques, aussi bien sur son territoire que dans sa vie de tous les jours, est un véritable exemple : aucune naïveté ni complaisance, mais sans verser dans les excès de la répression chinoise à l’encontre de sa minorité musulmane.

Erdogan a de ce point de vue totalement manqué son objectif : il a éloigné de nous des puissances qui ne nous servent à rien, mais a attiré vers la France de nouvelles amitiés qui peuvent nous apporter beaucoup.

Reprendre l’initiative dans la géopolitique européenne

Il sera difficile à l’Allemagne de tenir très longtemps sa position complaisante, renvoyant la Grèce et la Turquie dos-à-dos par d’hypocrites appels à la paix, n’affirmant pas clairement ce qui est pourtant une évidence : la Turquie n’a rien à faire dans l’Union Européenne, sa candidature doit être définitivement enterrée.

L’ambiguïté entretenue aussi bien par la Commission sur ce sujet que par la Chancelière, ne fera qu’indigner toujours un peu plus les peuples européens. Leurs ronds-de-jambe sont aussi indécents que les insultes du dictateur du Bosphore.

La France tient là l’opportunité de reprendre l’initiative de la géopolitique européenne, sans être à la remorque de l’Allemagne ou dans la crainte de l’Otan. Cette dernière montre ses limites en continuant d’admettre la Turquie comme un membre à part entière, quand celle-ci se comporte comme un état voyou.

Le porte-à-faux devient ridicule avec la Russie, nous obligeant à défendre la Turquie au nom de la sacro-sainte alliance atlantique, rendant Poutine chaque jour un peu plus légitime dans la région et le camp occidental en trahison complète des valeurs qu’il prétend défendre.

Une France qui n’hésiterait pas à défier la Commission européenne et les atermoiements de l’Otan ferait face au début à de nombreux vents contraires, mais finirait par rallier à elle la grande majorité des opinions publiques de chaque pays européen. Sous la pression de leurs peuples, les gouvernements finiraient par infléchir la Commission. La France montrerait par l’exemple ce qu’est une véritable identité européenne, loin des manœuvres bruxelloises.

Repenser nos alliances au Moyen-Orient sur des bases plus saines

L’obséquiosité vis-à-vis de puissances islamiques ne paie pas et n’a jamais payé. Erdogan a pris la tête de la coalition de toutes les aigreurs à l’encontre de la France : Algérie, Koweït, Qatar, Arabie Saoudite, … La France a trop longtemps donné des gages de complaisance voire de soumission à l’égard des pétromonarchies, pensant s’attirer leurs bonnes grâces et amoindrir le terrorisme sur son sol. Parfois, ces « bonnes relations » fondées sur une peu ragoûtante flagornerie sont allées jusqu’à la corruption par l’argent et les cadeaux personnels, ou l’auto-humiliation volontaire.

Le résultat fut exactement l’inverse de ce qui en était attendu. Céder à un maître chanteur aboutit à ce qu’il pousse son chantage toujours un peu plus loin. La complaisance lâche est perçue comme un signe de faiblesse. Seules les nations qui se sont montrées d’une fermeté implacable avec l’islamisme lui ont imposé le respect et ont bien moins souffert du terrorisme et de la charia imposée dans ses banlieues. A contrario, la France subit maintenant une violence intérieure poussée jusqu’à la quasi guerre civile, à la hauteur de la lâcheté et de la complaisance de ses « élites » vis-à-vis de faux alliés.

La politique française au Moyen Orient doit être alignée sur notre lutte contre le terrorisme : sont amis ceux des régimes de cette région qui ne suscitent pas la haine contre nous et apportent leur aide logistique dans cette lutte.

La haine de la part de pays que nous n’avons cessé de flatter doit servir de leçon. La supposée élite politique française doit se désintoxiquer de ces liaisons dangereuses et rééquilibrer l’ensemble de sa vision du Proche et Moyen-Orient. Les influences troubles que les pétromonarchies exercent contre la souveraineté française, toutes fondées sur la corruption, doivent être coupées net. Nos relations avec l’Algérie doivent cesser d’être une repentance servile qui n’a fait qu’encourager à nous manquer de respect. De bien meilleures relations avec Israël doivent être initiées.

L’embargo contre la Russie devient de moins en moins justifiable : nous invoquons un non-respect des droits de l’homme de leur part, mais nous n’hésitons pas à nouer des alliances avec des pays faisant bien pire dans ce domaine. Tant qu’à faire de la realpolitik, autant qu’elle soit cohérente. Le dialogue avec la Russie doit être renoué, sans complaisance et sans aucune naïveté, mais en rétablissant l’équilibre géopolitique qui a rendu les russes incontournables au Moyen-Orient. Erdogan verrait ainsi revenir en boomerang ses provocations, en ayant provoqué un rapprochement entre la France et une Russie qu’il craint plus que tout.

Nous ne pouvons nullement compter sur Emmanuel Macron pour entreprendre une telle refonte de la politique française au Proche et Moyen-Orient. Comme toujours lors de ce quinquennat, les intentions de départ peuvent sembler bonnes, mais elles s’étiolent très rapidement : manque de cran, manque de profondeur, manque de ténacité.

Une nouvelle force souverainiste mais ouverte sur le monde trouverait naturellement son rôle en reprenant l’initiative d’une voix forte de la France au sein de l’Europe, en cultivant de nouvelles amitiés, en montrant que les pays ayant le courage d’affirmer leur identité et leur culture vont constituer une puissante coalition brisant la prétention d’Erdogan.

 

10/11/2020 - Toute reproduction interdite

 

 


Emmanuel Macron aux côtés de la chancelière allemande Angela Merkel lors d'une séance photo au sommet des dirigeants de l'OTAN à Watford, en Grande-Bretagne, le 4 décembre 2019
Christian Hartmann/Reuters
De Sébastien Laye

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