Le géant espagnol du textile (propriétaire de la marque Zara), passe à la vitesse supérieure dans le commerce électronique. Au détriment des boutiques de proximité. 1.200 magasins baisseront le rideau d'ici à la fin de l’année prochaine, notamment en France et en Espagne.

                                                                                                     Par Francis Matéo

Pablo Isla, patron du groupe espagnol Inditex, jure que la décision n'a rien à voir avec la crise sanitaire et la paralysie économique qui s'ensuit : c'est « un plan de concentration des points de vente qui prolonge la stratégie menée depuis huit ans ». Concrètement, cette politique se traduira par la fermeture de 1.200 points de vente au cours des dix-huit prochains mois, essentiellement en Europe (dont 300 suppressions en Espagne) et en Asie. Principale enseigne du groupe textile, Zara est la première concernée par ce plan de réduction du réseau de distribution (entre 250 et 300 magasins en moins) qui concerne également les marques Pull & Bear (140 à 165 boutiques en moins) et Bershka (entre 135 et 160 magasins supprimés). Autant de marques présentes en France, où les syndicats s’inquiètent des conséquences, d'autant que le groupe (qui possède au total plus de 7.000 points de vente dans le monde) n'a pas encore communiqué le détail de son plan de restructuration. On sait en revanche, au terme du dernier conseil d’administration, que le chiffre d'affaires d'Inditex a baissé de 44% au cours du premier trimestre comptable de cette année (1er février-30 avril 2020), à cause des mesures liées à la crise du coronavirus. Le groupe a ainsi dû fermer jusqu'à 88% de ses magasins durant ces mois de confinement. De fait, pour la première fois depuis son entrée en bourse il y a près de vingt ans, le groupe affiche un bilan trimestriel dans le rouge, avec 409 M€ de pertes (contre 734 M€ de bénéfices pendant la même période l'an dernier).

De la mode à la logistique

La chute du chiffre d'affaires en magasins contraste avec l’augmentation de 44% des ventes en ligne au cours de la même période, et jusqu'à +95% pour le seul mois d'avril ! Pablo Isla ne pouvait trouver meilleur argument pour justifier sa stratégie de « digitalisation » impliquant un investissement massif de 2,7 Mrds€ au cours des prochaines années, pour passer la part du commerce électronique de 14% (en 2019) jusqu'à 25% en 2022.

« D'une part, nous allons consacrer un milliard d'euros pour stimuler et développer les ventes en ligne, et nous investirons par ailleurs 1,7 milliard d'euros pour l'adaptation de notre plate-forme de gestion des points de vente, avec l'intégration de nouveaux outils technologiques plus performants », précise un porte-parole du groupe. En d'autres termes, il s'agit d'un changement de modèle économique donnant une importance stratégique beaucoup plus grande à la logistique, véritable clé de voûte de tout commerce en ligne.

Dans le communiqué signé par Pablo Isla au terme du dernier conseil d’administration, le patron d'Inditex semblait davantage soucieux de rassurer ses actionnaires que de calmer les inquiétudes des salariés. Sur ce plan, le groupe assure simplement qu’il n'y aura pas de suppression de poste sans reclassement. Il est certes aisé de transférer un emploi d'une boutique vers un entrepôt logistique sur une ligne comptable ; mais l'exercice s’avère autrement plus compliqué dans la vie réelle.

Les partenaires financiers ont en tout cas entendu et apprécié le message : au lendemain du discours de Pablo Isla, l'action d'Inditex enregistrait une hausse notable de 1,91% à la Bourse de Madrid.

18/06/2020 - Toute reproduction interdite


Un magasin Zara, une marque d'Inditex, dans le centre de Barcelone, le 13 décembre 2016.
Albert Gea/Reuters
De Francis Mateo