Interviews | 11 mars 2020

Hugo Huon : « Il y a un manque de lits, d’unités de soins continus et de réanimation »

De Peggy Porquet
3 min

Hugo Huon est président du Collectif Inter-Urgences qui dénonce la dégradation alarmante de notre système de santé publique. Ex - infirmier de nuit, il nous fait part de ses craintes sur la façon dont l’hôpital public s’apprête à faire face à l’épidémie. 

                 Propos recueillis par Peggy Porquet


GGN : Le risque de pandémie est – il réel ?
Hugo Huon : Oui. Il est bien réel, et le pic épidémique devrait arriver dans le courant de la semaine prochaine

GGN : Les hôpitaux publics ont-ils les moyens humains et logistiques de faire face à une pandémie ?
Hugo Huon : Cela dépend par ce que l’on entend par « faire face ». On va dire oui, car les soignants feront en sorte de pallier les carences. Il existe par ailleurs une réserve sanitaire, une plateforme sur laquelle les soignants peuvent s’inscrire et qui peut les mobiliser si besoin. L'Assistance publique des Hôpitaux de Paris (APHP) a par ailleurs fait la démarche de rappeler tous les retraités de moins de cinq ans pour venir travailler. Toutefois, beaucoup l’ont envoyé paitre. Evidemment lorsque que vous maltraitez des personnels soignants durant des années, et qu’après vous leur demandez quelque chose, c’est « tchao bye bye ». Le contexte épidémique n’est pas celui des attentats. Ce que le collectif inter-urgence dit depuis un an, tout comme les organisations syndicales depuis plus longtemps, c’est que les politiques n’ont cessé de réduire les dépenses du fonctionnement hospitalier. De fait, on ne peut pas réaliser correctement nos missions de service public, épidémie ou pas. On ne peut pas mener une politique de casse de l’hôpital pour ensuite en appeler à la solidarité générale (...). En ce qui concerne le coronavirus, il conviendra aussi de considérer des personnes qui seraient décédées d’une autre pathologie et qui n’auraient pas eu de place dans une unité de réanimation priorisée. Il est toutefois important de souligner que ce n’est pas une épidémie hautement létale, même si cela dépend de l’âge.

GGN : Quels sont les protocoles d’accueil des malades contaminés ?
Hugo Huon : À Paris, la semaine passée, vous aviez deux centres de référence à la Pitié et Bichat. Ce que l’on trouve la plupart du temps, c’est un premier sas à l’entrée de l’hôpital où l’on effectue un tri pour « suspicion de Corona ou pas ». On dispatche ensuite sur les urgences générales ou les unités de prise en charge du coronavirus où les mesures sont un peu plus poussées en termes de prévention.

GGN : Que préconisez-vous pour être efficace face au coronavirus ?
Hugo Huon : Les messages de prévention sont les bons. Il faut prendre des précautions simples d’hygiène et éviter les interactions sociales trop importantes, particulièrement si l’on est âgé. Du point de vue hospitalier, l’Inter-Urgence va faire une analyse à posteriori de la désorganisation hospitalière, car cela fait un an que l’hôpital hurle au manque de moyens.

GGN : Le risque n’est – il justement pas davantage le manque de moyens que le virus ?
Hugo Huon : Bien sûr. Il y a un manque de lits, d’unités de soins continus et de réanimation. Il y a un autre problème qui se pose : c’est le déshabillage d’un service pour rouvrir des lits d’unités de soins continus, en restant dans le fantasme qu’une infirmière est polyvalente. Allez faire travailler une personne qui a travaillé dix ans en gériatrie pour la mettre en service de réanimation du jour au lendemain … et vous comprendrez qu’on marche sur la tête !
Epidémie ou pas, cela fait un an que nous disons qu’il faut faire des choix. Et l’un des enjeux des politiques est de minimiser la portée de ce discours. Ils ne veulent pas faire entendre à la population que les réductions de moyens dans le service public font que les gens peuvent mourir en bout de course (...).
L’autre symptôme intéressant est la façon dont la gestion de crise est saisie par le corps administratif, autrement dit par des non-soignants. Les agents de première ligne ont partout du mal à obtenir les bonnes informations.

GGN : Se dirige - t - on vers un scénario à l’italienne ?
Hugo Huon : Je n’ai pas de compétences pour faire des projections, je peux tout au plus pour synthétiser les situations rencontrées dans les services d’urgences. Je ne pense pas qu’il y ait des mesures de confinement comme en Italie, mais je peux me tromper. Ce qui est sûr c’est que lorsque l’on fera face au pic, cela viendra confronter la résilience hospitalière, qui a été bien attaquée ces dernières années. Il y aura donc peut-être des critères et des choix à faire … Encore faut- il avoir l’honnêteté de le reconnaître ....

 

12/03/2020 - Toute reproduction interdite


Des femmes portant des masques quittent un hôpital de Créil, où des personnes testées positives au coronavirus ont été traitées, France, 27 février 2020
Yves Herman/Reuters
De Peggy Porquet

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