Analyses | 20 septembre 2020

Hidjab à l'Assemblée : Le petit Munich parlementaire

De Guillaume Bigot
3 min

Venir à l'Assemblée nationale en Hidjab n'est pas interdit mais devrait révolter tous les démocrates sincères.

                                                                                          La chronique de Guillaume Bigot.

 

Nous vivons une époque formidable dans un pays étrange . 

En France, à une semaine d'intervalle, une femme peut se voir interdire l'entrée d'un musée pour un décolleté jugé indécent tandis qu'une autre peut rentrer à l'assemblée en hidjab.

Maryam Pougetoux, vice-présidente de l'UNEF, s'est ainsi présentée voilée devant la commission d'enquête sur les effets du Covid sur la jeunesse. En signe de protestation, une poignée de députés a quitté la salle.

La présidente de cette commission a rappelé que le règlement n'interdit pas à des personnes extérieures au Palais Bourbon d'y arborer des signes religieux.

Mais Maryam Pougetoux n'est pas une étudiante élue qui tenait à exprimer sa foi religieuse, c'est une militante politique qui a noyauté un syndicat pour propager un islamisme tranquille, un islamisme à visage humain.

C'est l'une des caractéristiques des mouvements politiques radicaux d'infiltrer les syndicats, notamment étudiants. L'UNEF a longtemps été un bastion du trotskisme avant de tomber aux mains des islamo-indigénistes.

Les techniques d'agit prop sont communes à tous les totalitarismes.

L'utilisation de l’hidjab comme vecteur de propagande est une technique très rodée et très efficace.

Le coup du voile est imparable pour piéger le mécréant.

Si vous interdisez le voile pour ce qu'il est, c'est-à-dire un symbole de soumission des femmes, vous passez pour misogyne.

Si vous interdisez le voile pour ce qu'il est, c'est-à-dire un symbole d'intolérance, vous passez pour intolérant.

En acceptant le voile, vous l'institutionnalisez et vous cédez.

Donc soit vous l'interdisez et les islamistes ont gagné. Soit vous le tolérez et les islamistes ont encore gagné.

En venant à l'Assemblée accoutrée comme si elle était sur Al Jazeera, Maryam Pougetoux a fait de la politique.

La réponse politique des députés qui ont quitté l'enceinte est donc adaptée.

C'est pourtant un symbole cruel de voir qui reste et qui part. Qui occupe le terrain et qui le cède.

Arnaud Benedetti parle d'un petit Munich parlementaire et il n'a pas tort.

La faute en incombe à la présidente LREM de la commission qui a joué la carte du formalisme pur.

Certes, on ne peut, pour l'instant, interdire à une femme voilée de rentrer dans l'Assemblée.

Mais derrière le droit, il devrait y avoir des mœurs et sous les mœurs, une morale.

Par exemple, la loi n'oblige pas les parents à aimer leurs enfants. C'est choquant mais pas répréhensible.

On peut tutoyer une personne âgée. C'est grossier mais pas répréhensible.

S'accoutrer comme à Kaboul sur les quais de Seine, cela n'est pas interdit mais ne se fait pas.

Or, nous sommes incapables d'imposer nos mœurs. La morale elle-même est devenue un gros mot.

Le relativisme (tout se vaut) et l'individualisme (je fais ce que je veux) expliquent que l'on n'ose plus rien prescrire, ni interdire qui ne soit expressément prévu par la loi. Le droit est transformé en règles froides et sèches, sans âme et sans morale.

Nous avons une boussole mais nous avons perdu le Nord.

Or cette militante voilée a été séduite par une idéologie qui prône une morale rigide et des règles non négociables. C'est le contraire de tout se vaut donc je fais ce que je veux. La jeune Maryam utilise d'ailleurs notre relativisme au service de son fanatisme.

Ce qui est troublant, c'est que nous nous efforçons de ressembler aux caricatures des islamistes.

Ils disent que nous ne croyons plus en rien et nous nous cachons derrière des règlements.

Ils disent que nous n'avons plus de valeurs et nous n'avons pas plus d'éthique qu'un avocat fiscaliste américain.

Pour faire reculer l'islamisme, nous devons assumer nos mœurs, notre morale, nos valeurs, nos idéaux comme étant non discutables donc comme étant les meilleurs.

Lorsque nous aurons retrouvé confiance en nous, nous renoncerons à transiger avec des hypocrites qui détournent nos lois.

Lorsque nous aurons retrouvé confiance en nous, la jeunesse trouvera l'obscurantisme nettement moins séduisant.

 

Guillaume Bigot, essayiste, chroniqueur sur C-News dirige une grande école. Son prochain ouvrage sort en octobre, aux éditions Plon, La Populophobie, pourquoi il faut changer les classes dirigeantes françaises ?

 

21/09/2020 – Toute reproduction interdite


Vue générale de l'Assemblée nationale à Paris le 8 janvier 2014
Charles Platiau/Reuters
De Guillaume Bigot

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