Alors que le conflit militaire dure depuis plusieurs semaines entre l’Azerbaidjan et l’Arménie, une société pétrolière azérie qui sponsorise la Ligue des Champions de football a fait la propagande de l’armée d’Aliyev ces dernières jours…

                                                       Le décryptage d'Antoine Grynbaum.

A grands renforts d’images de propagande sur les réseaux sociaux, la SOCAR - Société pétrolière de la République d'Azerbaïdjan - , a décidé de soutenir ses frères azéris présents depuis plus d’un mois sur le terrain de guerre du Haut-Karabagh à la frontière entre Arménie et Azerbaïdjan, un conflit hérité du découpage de l’ex-URSS… Fait plutôt logique pour une entreprise azérie. Mais les publications d’images militaires font tache au moment où la Ligue des Champions vient tout juste de reprendre.

Le timing n’a évidemment pas été choisi par hasard et met l’UEFA dans une position bien inconfortable.

Contactée, l'Union européenne de football a fait savoir qu’elle avait déjà été sollicitée et « qu'elle ne s'occupait pas de politique ». Apolitique vraiment ? En réalité, l’organisation utilise ce type d’argument pour se défendre contre toute attaque. Petit exemple de géopolitique à l’intérieur de l’instance : depuis la guerre du Donbass, l’instance européenne fait en sorte que les clubs ukrainiens et russes ne puissent s’affronter en Coupe d’Europe. Et les exemples sont nombreux. De la politique donc, ou plutôt de la géopolitique quand cela l’arrange…

Socar, un sponsor qui dérange l’UEFA depuis des années

L’argent n’a donc pas d’odeur pour l’instance, et les pétrodollars azéris sont aussi bons à prendre que l’argent du Qatar… La polémique avait même franchi nos frontières et occupé le terrain médiatique français il y a 4 ans au moment où la France organisait l’EURO 2016.

Un an avant le Championnat d’Europe de football, en juin 2015, une association arménienne avait envoyé un courrier à Michel Platini (alors Président de l’UEFA), dénonçant les manquements de l’Azerbaïdjan en matière de droits de l’homme et de libertés individuelles.

Lorsque je l’avais interrogée à l’époque, l’UEFA m’avait répondu : « Tout d’abord, il convient de noter que l’UEFA a signé un contrat avec SOCAR (et non pas avec l’Azerbaïdjan). Il est maintenant courant que divers groupes d’intérêts utilisent la tenue d’événements internationaux tels que l’EURO pour parler de leur cause. L’UEFA ne commente pas des questions d’ordre géopolitique mais est à l’écoute de tous les acteurs de la société afin de participer à son amélioration. Le soutien de SOCAR au football européen nous permet notamment de développer des valeurs de respect et de fair-play qui vont bien au-delà des terrains de jeu »… Respect et fair-play en publiant des images d’armes sur les réseaux sociaux ?

Existe-t-il aujourd’hui des garde-fous sur la connivence entre grandes instances sportives et régimes autoritaires ? Absolument aucun. Certains pays vont ainsi continuer d’utiliser le sport tel un moyen de soft-power sans contraintes morales ni déontologiques.

Dans sa logique de propagande à travers le football, des matchs de l’EURO 2021 auront même lieu à Bakou l’an prochain. Le « fric » est -il plus fort que l’éthique ? Oui. Mais doit-on vraiment s’en étonner ?

21/10/2020 - Toute reproduction interdite.


Le logo de SOCAR sur une station-service à Berne, en Suisse, le 10 mai 2016.
Ruben Sprich/Reuters
De Antoine Grynbaum