Dans les collèges et lycées, dans la rue, sur les réseaux sociaux : le harcèlement est une plaie qui se nourrit du sentiment d'impunité des harceleurs. Ces jours derniers, c'est notre chroniqueuse Mila qui en a encore fait les frais, attaquée par la chanteuse Iambillies, visée en retour par une plainte en justice pour cyber-harcèlement. Il est urgent d'en finir avec cette délinquance qui pousse au crime.

Par Francis Mateo

Déjà persécutée et obligée de vivre sous protection policière pour le simple fait d'avoir légitimement exprimé une opinion, notre chroniqueuse Mila a encore été victime d'une attaque, la semaine dernière, de la part de la chanteuse Iambillies, avec des insultes et des messages de haine lors d'un live sur Instagram. La chanteuse devra en répondre directement devant la justice, puisqu'une plainte a été déposée par Me Richard Malka pour cyberharcèlement : « Dans ce type d'affaire, les peines peuvent aller jusqu'à deux ans de prison ferme ; même si, en général, la sentence se situe entre six et dix-huit mois de prison avec sursis, avec en plus des amendes et des dommages et intérêts... Cela dépend toujours bien évidemment des cas, des circonstances et des personnalités des prévenus, mais la sanction peut aller plus loin, et il y a eu des condamnations jusqu'à trois ans de prison ferme pour menaces de mort », explique l'avocat de Mila. Dans le déchaînement de violence verbale lors du live sur Instagram où elle s'en est prise à notre chroniqueuse, Iambillies a mélangé injures grossières, appels au suicide et menaces, avec ce sentiment d'impunité commun à tous les harceleurs. L'adolescente de 17 ans est d'ailleurs être assez coutumière de ce type de harcèlement, avec des insultes régulières dans ses lives, et des « dramas » (attaques et polémiques ciblées sur des propos ou une personne) assez violents sur ses réseaux sociaux. « Il y a un an déjà, elle s’était déchaînée sur TikTok pour se moquer méchamment de moi, en réagissant à la vidéo que j’avais postée en novembre 2020 », rappelle Mila. Choquée dans un premier temps par cette rage répétée lors du dernier live Instagram (alors même qu'elle venait d'envoyer un message d'admiration et de soutien à la chanteuse), la jeune femme a choisi cette fois-ci de contre-attaquer : « Je le fais pour moi, mais je le fais aussi pour toutes les personnes qui se font lyncher de cette manière, avec des conséquences qui peuvent évidemment être dramatiques ». Dans sa dernière chronique sur fildmedia.com, Mila rendait d'ailleurs hommage à Dinah, une jeune fille poussée au suicide par harcèlement.

Grande gueule et profil bas

Il est donc temps d'en finir avec ce fléau et ce sentiment d'impunité des harceleurs, pour éviter de nouveaux drames. Et la démarche de Mila - comme la quinzaine de plaintes qu'elle a déjà déposées en obtenant gain de cause - va dans ce sens. « En effet, ce sentiment d'impunité persiste, partiellement en tout cas », confirme Me Richard Malka : « Le message n'a pas fini d'être compris, mais la prise de conscience évolue, aussi bien grâce aux décisions de justice qu'à travers l'écho favorable à ce problème dans la société et les médias ».

Cette fois-ci, Jenny Mélodie Micheline Bara (alias Iambillies) pourrait bien constater à ses dépens que cette violence gratuite sur les réseaux sociaux se paye cher. Outre les poursuites judiciaires, la chanteuse s'expose à un retour de bâton en termes d'image, au moment où elle s'apprête à lancer un album sous le label Black Star France. Ce qui a justifié un rétropédalage forcé dès le lendemain du live sur Instagram, avec un communiqué de regrets sans doute dicté par la maison de disques. Mais le naturel reprend vite le dessus chez Iambillies : quelques heures après, la chanteuse redonnait de la voix sur le même réseau social pour appeler à la haine contre Mila, sans pouvoir masquer sa frustration : « J'suis obligée de fermer mon clapet, parce que moi j'ai mon album qui sort (…) et elle (Mila, ndlr) est en train de tout niquer, mais j'vous jure, j'ai juste envie que ce soit vous qui... j'vous passe l'histoire, j'vous passe le relai, vraiment, parce que j'peux rien faire moi, juste regarder et fermer ma bouche, mais juste c'est... J'peux même pas dire, frère, que j'ai envie de la tabasser ! ». Des incitations d'autant plus graves que la chanteuse s'adresse à 1,4 million de followers sur TikTok et plus de 300 000 sur Instagram.

On peut être cependant grande gueule et se forcer à faire profil bas, puisque Jenny Mélodie Micheline Bara ne daigne pas répondre à nos sollicitations. À l'instar des responsables du label Black Star Music, Maître Gims en France, et du patron de la holding Black Star, Walter Tchassem, dit Walter le Russe (c'est en Russie que ce businessman camerounais a fait fortune). Ce dernier trônait dernièrement sur une affiche publicitaire en revendiquant cette citation : « L'entourage peut être la cause de ta réussite comme celle de ton échec. À un certain stade de nos vies, nous devons marcher avec des personnes qui nous font avancer ». Son silence par rapport à l'affaire Iambillies doit être aujourd'hui signe de méditation.

05/11/2021 - Toute reproduction interdite


Iambillies incitant à la haine contre Mila sur les réseaux sociaux
© Capture d'écran Twitter
De Francis Mateo