Interviews | 1 février 2021

Guillaume Bernard : « Les partis politiques verrouillent totalement le mode de désignation des candidats »

De Emmanuel de Gestas
5 min

Il y a quelques jours, un premier sondage a dévoilé un éventuel scénario pour la prochaine élection présidentielle. Décryptage avec le politologue et universitaire Guillaume Bernard, auteur de La guerre à droite aura bien lieu : le mouvement dextrogyre.

                                    Entretien conduit par Emmanuel de Gestas.

 

Fild : Un sondage Harris Interactive place Marine Le Pen en tête à 27% des voix devant Emmanuel Macron à 24%. Le duel est-il réellement installé dans l’opinion ?

Guillaume Bernard : Il faut d’abord prendre en compte que nous sommes à un an et demi de l’élection. Des sondages réalisés autant en amont peuvent se révéler sans rapport avec la réalité du scrutin. Cela dit, ce qui est frappant dans ce sondage-là, c’est le non-renouvellement de la classe politique. Dans une période marquée par une forte abstention et le rejet de la classe politique, les sondages ne font pas émerger de nouvelles personnalités. Comme les instituts de sondages interrogent les Français sur la base d’une liste fermée, sans que les sondés puissent citer eux-mêmes d’autres personnalités, nous assistons à une répétition de 2017, dont beaucoup de Français ne veulent pas.

 

Fild : La présidente du Rassemblement national dispose-t-elle de réserves de voix pour le second tour ?

Guillaume Bernard : Oui, à priori, Marine Le Pen dispose de réserves de voix. Preuve en est qu’elle a progressé en 2017, passant de 21% au premier tour à 34% au second. Elle en a essentiellement à droite. Lorsque l’on regarde attentivement ce sondage, il y a deux grandes porosités : entre l’électorat EELV et LREM d’une part, et entre l’électorat LR et RN de l’autre. Il est certain que plus LR s’affaiblit, plus la réserve de voix de Marine Le Pen s’amenuise.

 

Fild : Ce sondage  marque  la faiblesse de la gauche :  Jean-Luc Mélenchon stagne autour de 10%, Anne Hidalgo à 6% et Yannick Jadot entre 7 et 9%. La gauche jouera-t-elle sa survie dans cette élection ?

Guillaume Bernard : Bien évidemment. La division affaiblit la gauche.  S’il est imaginable qu’en additionnant les scores des différents candidats de gauche, celle-ci puisse être présente au second tour, la question de ses profondes dissensions idéologiques se pose. Et ce sur des sujets majeurs, comme le décolonialisme, l’indigénisme, ou l’islamisme, pour ne citer qu’eux. En outre, les thèmes ayant l’impact le plus important sur la vie quotidienne des Français ne sont pas du tout favorables à la gauche :  l’insécurité, les frontières, l’identité, etc. Ce sont des sujets ou elle semble historiquement dépassée. Donc oui, si la gauche était à nouveau et pour la troisième fois absente du second tour, cela montrerai de manière criante son déclin, voire son obsolescence.

 

Fild : Selon une étude récente, Emmanuel Macron est à 40% d’opinions favorables. Dans ce contexte, sa réélection n’est-elle pas assurée ?

Guillaume Bernard : C’est davantage son positionnement, central, sur l’échiquier politique, qui pourrait assurer son éventuelle réélection. A partir du moment où il occupe l’espace politique au centre, il peut capter les électorats modérés de droite et de gauche. Et, même s’il n’y a pas d’adhésion à sa personne, le fait qu’il soit jugé moins radical et moins susceptible d’attiser les haines et les rejets rend Emmanuel Macron plus facilement rééligible. Cela dit, si la crise économique et sociale qui commence à déferler le rend trop impopulaire, il n’est pas certain qu’il soit candidat. Cela ne permet nullement d’écarter d’un revers de main l’hypothèse de la victoire d’un remplaçant du Président sortant. Ou même celle d’une alternative, probablement Marine Le Pen.

 

Fild : Une candidature de droite hors-partis pourrait - elle bousculer la prochaine élection présidentielle ?

Guillaume Bernard : Oui, c’est possible. Toute la difficulté repose dans l’émergence de cette personnalité. Il est incontestable qu’il y a un programme commun réunissant l’essentiel des électeurs des Républicains, du Rassemblement national, de Debout La France, ou de Via (ex-Parti Chrétien-Démocrate, dont le président, Jean-Frédéric Poisson, fut candidat à la primaire de la droite et du centre en 2017, NDLR).

Le problème, c’est que les appareils politiques veulent jouer leur propre partition. C’est le principal enseignement de ce sondage : les partis politiques verrouillent totalement le mode de désignation des candidats, empêchant par là-même le renouvellement tant espéré par les Français de la classe politique.

Autre leçon notable de ce sondage, c’est qu’il teste un certain nombre de personnalités, mais en oublie d’autres. Par exemple, Nicolas Dupont-Aignan, qui voit depuis quelques temps son parti confronté à des difficultés de ressources humaines (un nombre important de cadres ont quitté Debout La France pour rallier le Rassemblement national, NDLR) est testé, tandis que Jean-Frédéric Poisson, qui rassemble de plus en plus autour de lui, ne l’est pas. De même, les candidats Les Républicains testés sont Xavier Bertrand et Valérie Pécresse, mais pas Bruno Retailleau.

Toutefois, la question du temps se pose : plus la présidentielle se rapproche, plus l’hypothèse de voir émerger une candidature hors-partis issue de la société civile s’amenuise.

 

29/01/2021 - Toute reproduction interdite. 


Guillaume Bernard
DR
De Emmanuel de Gestas

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