Analyses | 29 mars 2021

Guerre des étoiles : la vérité sur les menaces spatiales

De Meriadec Raffray
4 min

Mi-mars, à Toulouse, la France a franchi un cap en organisant son premier exercice spatial militaire. Elle accélère aussi la construction de sa « défense active » dans lespace, où les menaces sont toujours plus nombreuses et variées.

Par Mériadec Raffray

À Toulouse, ce vendredi 12 mars, aucune caméra n’a été autorisée à suivre Emmanuel Macron et Florence Parly à l’intérieur du bâtiment anonyme du Centre national des études spatiales (le CNES), où l’embryon du nouveau Commandement de l’Espace (le CDE, qui dépend de l’armée de l’Air et de l’Espace) a déroulé toute la semaine le scénario du premier exercice spatial militaire français. Sans témoins, le chef de l’État et sa ministre des Armées assistent au point d’orgue de cette séquence ultra classifiée. Toute la communauté tricolore est rassemblée. Les 60 joueurs de Toulouse, composés de militaires, d’industriels et de scientifiques, sont en lien direct avec les opérateurs qui surveillent les objets spatiaux depuis les entrailles de la base aérienne de Lyon-Mont Verdun, ceux de la Direction du Renseignement militaire (DRM) basés à Creil, en région parisienne, qui activent les satellites militaires, et le CPCO, qui coiffe et pilote l’ensemble des opérations dans le bunker ultra sécurisé de l’état-major des armées à Paris. Ainsi qu’avec nos deux principaux partenaires étrangers pour les opérations spatiales, les États-Unis et l’Allemagne.

« Nous passons de la parole aux actes. Et ce nest que le début », déclare le général Michel Friedling, pilote de chasse et patron du CDE. Cette simulation a été baptisée Aster X en clin d’œil au premier satellite français envoyé dans l’espace (Astérix en 1974). Son objectif est « d’entraîner nos unités opérationnelles dans un environnement simulé mais réaliste afin de faire face à l’émergence de menaces toujours plus nombreuses et variées dans lespace ».

Le scénario géopolitique est fictif. En revanche, il a été rythmé par l’introduction de 18 événements spatiaux tirés d’un véritable catalogue. L’équivalent d’un mois d’activité normale en une semaine. La tension est montée d’un cran pour la rentrée à risque d’un débris spatial dans l’atmosphère et l’approche d’un satellite par le véhicule d’une autre puissance. Crédibilité maximum. En 2014, les moyens optiques du CNES repèrent un engin américain bien trop prêt des nôtres pour que ses intentions soient honnêtes. En 2017, révèle Florence Parly, le satellite russe Loutch-Olimp « renifle » l’appareil franco-italien Athena-Fidus. Ce n’est pas encore Star Wars au-dessus de nos têtes, mais « l’espace est devenu le champ privilégié de la guerre irrégulière, clandestine. Pas un jour ne passe sans affrontements. Des satellites sont quotidiennement illuminés, brouillés, espionnés », confirme le colonel Jérôme de Lespinois, chercheur au Centre d’études stratégiques aérospatiales (Cesa). La principale difficulté, explique l’expert membre de l’Académie de l’Air et de l’Espace, « est d’identifier les agresseurs dans l’immensité exo-atmosphérique ».

Les grandes puissances investissent sur des armées de l’espace

Très inquiets des conséquences d’un « Pearl Harbor » spatial, les États-Unis, pionniers de la conquête de l’Espace, devenus ultra dépendants aux satellites, ont créé en 2019 une sixième armée : la « Space Force ». Une décision prise pour optimiser leurs moyens autant que pour envoyer un signal fort aux puissances qui s’invitent sur la « Nouvelle Frontière » (l’expression du président John Fitzgerald Kennedy). En 2008, Pékin dégaine en tirant un missile pour détruire un vieux satellite en orbite basse ; Washington réplique l’année suivante. En 2014, la Russie s’invite à son tour au club, suivie en 2019 par l’Inde ; en pleine campagne pour sa réélection, le premier ministre Narendra Modi ordonne à ses militaires de procéder à un tir similaire. C’est aussi l’année où la France, seconde puissance spatiale occidentale, dévoile sa stratégie militaire. « Nous voulons simplement être en mesure dexercer nos droits et de protéger nos intérêts dans lespace », justifie le général Friedling.

La loi de programmation militaire 2019-2025 consacre 3,6 milliards d’euros au renouvellement de nos capteurs spatiaux. Trois satellites CSO de surveillance optique, trois engins Ceres d’écoute et de renseignement électromagnétique, deux Syracuse IV pour les télécommunications. Rapidement, 700 millions d’euros supplémentaires ont été débloqués pour forger une nouvelle capacité de « défense active » à l'horizon 2030. D’ores et déjà, cette génération de « gros » satellites sera équipée de caméras qui surveilleront leurs approches. Les militaires et les industriels planchent aussi sur un démonstrateur de « micro satellite patrouilleur guetteur » qui sera armé d’une charge létale. Il aura pour mission de veiller sur les premiers et d’intervenir en cas d’agression. Les données recueillies lors d’Aster X, que le CDE est en train de dépouiller, permettront d’affiner ces besoins futurs. Fort d’une trentaine de personnes, l’organisme dont la mission est de coordonner les opérations dans l’espace alignera 500 opérateurs en 2025 par le jeu des regroupements et des recrutements.

Au-delà de la compétition stratégique assumée dans l’espace, un autre phénomène préoccupe les militaires : la « démocratisation » de son accès. Pour la première fois en 2017, les sociétés privées ont lancé davantage de satellites que les États. Aujourd’hui, plus de 2 000 gravitent au-dessus de nos têtes. Eu égard à leur miniaturisation, ils seront au moins 7 000 dans dix ans. Cette surexploitation de l’espace engendre trois défis majeurs : la gestion de risques de collision et de pollution (700 000 débris en orbite), et la vulnérabilité exponentielle de nos économies.

26/03/2021 - Toute reproduction interdite


L'agence spatiale française (CNES) à Toulouse le 29 janvier 2020.
© Régis Duvignau / Reuters
De Meriadec Raffray

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