Face à la pandémie, le gouvernement est accusé d’avoir tardé à réagir et de pratiquer le story-telling en lieu et place de toute forme d’action. Il se trouve de fait à un tournant crucial : passer d’une stratégie de la communication manipulatoire à l’action de terrain. Mais est-il encore capable de se faire entendre, quand il continue de faire porter sa voix par une bouffonne inconséquente ? Par Maya Khadra

Au commencement de l’épidémie, la Macronie a sans doute cru qu’à coups de déclarations picrocholines, de tours de force rhétoriques et de banalisations compulsives du phénomène pandémique, la crise allait passer et que le virus prendrait la poudre d’escampette en se heurtant à l’assertion du « risque quasi-nul » de transmission.


Les miroirs aux alouettes ont ainsi essaimé. Partout. D’abord au ministère de la Santé où Agnès Buzyn louait l’efficacité des affiches de sensibilisation contre le virus dans les aéroports. Ensuite, ils n’ont pas tardé à atteindre la sphère supérieure de la gouvernance : la Présidence de la République. « Nous ne renoncerons à rien » accompagné d’un appel à sortir malgré la propagation irréfragable du corona virus...


Dans ce contexte, le rôle de la bouffonne du roi a été brillamment tenu par la porte-parole du gouvernement. Sibeth Ndiaye a enfin trouvé là l’occasion de « mentir afin de protéger son président ». De l’inutilité des masques au sarcasme des réactions irresponsables face aux craintes légitimes du peuple français en passant par l’humiliation du secteur éducatif qui « ne travaillerait pas en période de confinement », les mensonges s’enquillent, par maladresse, erreur de calcul, incompétence ou manque de prévoyance.


Ces cafouillages à tire-larigot montrent la perte progressive de la crédibilité d’un Etat qui avait longtemps séduit les Français grâce au « nouveau monde progressiste » qu’il promettait.
Sauf que la communication sert à mettre les foules en sommeil hypnotique, avec l’efficacité d’un cautère sur une jambe de bois en temps de « guerre ».
Une césure devrait donc s’opérer de toute urgence entre le monde des discours logorrhéiques et le monde de l’action. Remaniement de la configuration des comédiens, changement de décor…

Voici donc que Sibeth Ndiaye ne se prononce plus depuis quelques jours et qu’Edouard Philippe, premier ministre conscient de la faillite du gouvernement à associer communication et action, détaille la mobilisation des moyens à venir. Didactique et clair, il tente de compenser les dégâts perpétrés par la porte-parole amatrice au verbe présomptueux. Pendant ce temps, la courbe des contaminations continue à grimper, la pénurie en masques et appareils respiratoires ne cesse d’empirer et d’inquiéter les corps soignants. Alors que 4 000 lits de réanimation attendent d’être réquisitionnés dans les cliniques privées, Macron est allé discourir avec incantation à l’hôpital militaire de Mulhouse équipé de quelques dizaines de lits. La déclaration de la « guerre » à un ennemi invisible suffira-t-elle pour exonérer le gouvernement de ses failles ?

Le mot à l’écho assourdissant et grave suffira-t-il pour gagner ? En tout cas, l’arsenal n’est pas encore déployé, tant les contradictions fusent et la communication continue à empiéter, malgré le discours responsable du premier ministre, sur le champ de l’action.

31/03/2020 - Toute reproduction interdite


Le Premier ministre Edouard Philippe a annonce que le confinement sera prolongé jusqu'au 15 avril, à Paris, France 27 mars 2020
Christophe Ena/Pool via Reuters
De Maya Khadra