Analyses | 4 décembre 2020

Giscard d'Estaing : La fin d’une époque

De Philippe David
3 min

Le Président Valéry Giscard d’Estaing s’est éteint à l’âge de 94 ans, près de quarante ans après avoir quitté le pouvoir. Un pouvoir qui n’aura duré que sept ans mais qui aura profondément marqué notre pays. Un pouvoir exercé pendant ce qui restera probablement, avec les années Pompidou, comme les plus belles années que la France ait connues lors du XXème siècle. Ce temps que les moins de cinquante ans ne peuvent pas connaître, cette France heureuse, joyeuse, insouciante, qui pensait de manière quasi dogmatique que demain ne pourrait qu’être mieux qu’aujourd’hui.

                                                                         Par Philippe David

                                        

Quarante ans après avoir quitté le pouvoir, la France a bien changé. Après les sept années de « giscardisme » sont venues 14 années de « mitterrandisme» et 12 années de « chiraquisme", un quart de siècle où Rastignac a succédé à Machiavel pour le plus grand malheur de notre pays. On fera abstraction des trois quinquennats suivants durant lesquels a continué la descente aux enfers de la France.

Car le bilan de Valéry Giscard d’Estaing restera un bon bilan comparé à celui de ses successeurs. Rappelons que son mandat a commencé par un choc pétrolier pour se terminer par un second choc pétrolier.

Évidemment le chômage a augmenté mais rappelons qu’entre 1974 et 1981, et malgré ces deux chocs pétroliers, la dette de la France est restée stable autour de 20% du PIB, chiffre qui laisse rêveur aujourd’hui.

Évidemment l’inflation était forte, elle est en effet montée jusqu’à 14%, mais les Français des années 70 étaient heureux de cette inflation qui leur permettait de rembourser leurs emprunts immobiliers en « monnaie de singe » puisque leurs salaires augmentaient chaque année d’autant, voire plus. Il y aura certes une erreur majeure : l’emprunt Giscard de 7,5 milliards de francs qui, indexé sur l’or, en coûtera 90. Mais, globalement, le bilan économique de Valéry Giscard était bon. On peut juste lui reprocher de ne pas avoir tenté de contrer les effets des chocs pétroliers par une politique de grands travaux encore plus forte puisque, la France n’ayant alors pas de dette et n’étant pas ouverte aux quatre vents du libre-échange mondialisé, une relance keynésienne forte aurait probablement contrebalancé les effets négatifs de ceux-ci.

Pour le social et le sociétal, il aura passé la majorité à 18 ans, ce qui lui coûtera cher en 1981, aura légalisé l’avortement avec la Loi Veil et aura institué le divorce par consentement mutuel.

Il y aura aussi eu deux grandes erreurs : le regroupement familial qui est l’une des causes de la panne d’assimilation dans la société française et le collège unique, dont le résultat sur le niveau scolaire des élèves n’a franchement pas été probant. Mais le positif dépasse le négatif, et c’est ce qui restera.

Le sort aura été injuste avec lui puisqu’il devra quitter l’Élysée sous les injures, les quolibets et les crachats après une campagne démagogique de celui qui allait lui succéder, et une campagne de presse ignoble visant à le détruire.

De Valéry Giscard d’Estaing, on retiendra l’Homme d’État. Mais il ne faudra pas oublier le brigadier Giscard d’Estaing qui était dans le premier char de la 1ère Armée de de Lattre de Tassigny à entrer dans Constance le 26 avril 1945.

Il aura traversé un siècle, notre siècle, celui de ceux qui n’oublieront jamais ces belles années où il était à l’Élysée. Reposez en paix Monsieur le Président…

 

03/12/2020 - Toute reproduction interdite

 

 


Valery Giscard d'Estaing accompagne Jacques Chirac, candidat à la présidence du Rassemblement pour la République (RPR), après une rencontre dans un restaurant à Paris le 26 avril 1988.
Philippe Wojazer/Reuters
De Philippe David

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