Gilles William Goldnadel est avocat à la cour de Paris, dirigeant associatif, chroniqueur et essayiste. Il s’interroge sur la pertinence de la loi Avia et sur le concept imprécis de contenus haineux.

                                                                  Entretien conduit par Catherine Massaut.

GGN : La loi Avia constitue - t - elle une restriction de la liberté d'expression ?

Gilles William Goldnadel : C'est un euphémisme ... Vous parlez à quelqu'un de très « malheureux » de sa contemplation du système médiatique. J'ai essayé d'exorciser mon malheur en écrivant un livre intitulé "Névroses Médiatiques". Cependant, je ne suis pas totalement guéri de mon amertume. Nous vivons sous l'empire d'une idéologie d'autant plus forte qu'elle est largement inconsciente et dominée par ce que j'appelle abruptement l’« idéologie gauchisante » . On peut aimer l'expression ou pas. Peu importe, on comprend ce que cela veut dire. Cette idéologie est assez binaire en classant les bons et les méchants en fonction de ce qu'ils appartiendraient ou non à une extrême droite fantasmée issue du fantasme "Shoatique" de la seconde guerre mondiale, qui fait que tout est réduit à cette classification. Là, nul n'est épargné. Vous avez un Président de la République qui n'est pas plus bête qu'un autre, mais qui est surtout un enfant du siècle, classant les progressistes d'un côté et les lépreux de l'autre. On comprend bien comment cela fonctionne. C’est dans ce cadre très largement inconscient que la loi Avia s'instaure. Idéalement - encore que ce système, parce qu'humain, est imparfait -, il faut avoir recours au juge face à des propos répréhensibles. A tort ou à raison, je considère qu'on ne peut pas tout dire et tout écrire comme le pensent les Américains. Je ne suis pas sûr d'avoir raison mais quoiqu'il en soit, c'est notre système. Cet arbitrage est confié au juge qui décide de ce qui peut ou non se dire ou écrire. Il est exercé par un homme qui est lui-même loin de s'exclure de l'influence de l'idéologie que je vous ai décrite. Pour parler de manière plus concrète, la sociologie du juge ressemble à s'y méprendre à celle du journaliste : c'est quelqu'un qui lit Libération le matin dans le métro et qui repart le soir en lisant Le Monde. Les "jugements de Cour", ne se caractérisaient déjà pas par une indépendance d'esprit qui frappait, le tout étant arbitré par une Cour Européenne des Droits de l'Homme, contaminée par le même mal. Ceci posé, ce système était malgré tout dans son principe comme dans son fonctionnement tout à fait recevable, fut-il critiquable.

La loi Avia bouleverse complètement cette situation. Elle s'en remet maintenant aux plateformes sous menace de sanctions financières pour pouvoir arbitrer instantanément, avant même l'appréciation réfléchie du juge. Ce système serait déjà extrêmement pernicieux, s'il ne concernait pas des plateformes qui se caractérisent par le système à l'américaine du politiquement correct. Or, ce dernier se caractérise par ce système binaire qui fait que l’on sera beaucoup plus regardant si par exemple on attente à la religion musulmane, plus qu’à à la dignité de l'être blanc : c'est la constatation qui s'impose.

GGN : Comment définir le terme « haine » Sur le plan juridique ?

Gilles William Goldnadel : En tant que juriste, je considère que la notion de « haine » est très vague dans la définition même de cette loi. C’est la porte ouverte à toutes les interprétations abusives. Qu'est-ce que la haine ? Qu'est-ce qu'un contenu haineux ? la haine est forcément détestable si j'ose dire. Si j'écris demain "je déteste les nazis", " j'ai une haine absolue pour le nazisme" : est-ce que, au regard des critères, des paramètres, ou des algorithmes de ces plateformes, je passerai à la trappe ? Dès l'instant ou je me pose cette question avec les nazis - qui évidemment est la question bateau -, je peux aussi dire que j'ai une haine absolue pour l'islamisme radical qui tue. Que va - t - il m'arriver à ce moment-là ? Où commence, où se termine la définition d'une haine, parfois même sainte ? Depuis longtemps déjà, je prône sans économiser les épithètes, que nous évoluons sous l'empire médiatique d'une dictature soft, avec par exemple mon obsession pour l'audiovisuel du service public colonisé par la gauche et l'extrême gauche, où le pluralisme est un gros mot. Et voici que surgit une loi qui peut donner le coup de grâce définitif au pluralisme. Or, comme tout système relativement intelligent qui essaie de se délivrer d'un danger mortel, cette loi Avia ne tombe pas du ciel : elle arrive précisément où, grâce à la libération d'internet - avec ses défauts et ses qualités - ce mode numérique d'échange a réussi à casser le monopole de l'idéologie gauchisante médiatique, ainsi que les territoires occupés de l'information qui occultaient ou minimisaient ce qui les dérange en focalisant sur ce qui les arrange. On arrive à un moment à un moyen commode de casser le système de défense d'internet, permettant au citoyen de continuer à pouvoir s'exprimer et qui lui permet également de ne pas vivre sous l'empire de l'occultation de l'information. Sans prétendre que ces gens sont forcément animés de mauvaises intentions, j'ai tout de même quelques doutes lorsque je regarde la maman éponyme de la loi qui ne se caractérise pas particulièrement par une liberté et une ouverture d’esprit ou d'une réflexion mordante forçant l'admiration. J'observe, au-delà de ce que nous savons d'elle, qu’elle s’est permise d'apprécier le fameux tweet du président de "SOS racisme", Dominique Soppo, en rigolant lorsqu’un arabe chrétien du nom de Jean Messiha a été traité de "chameau" par Monsieur Yacine Bellatar. Ce n'est donc pas faire un procès d'intention que de savoir qui tient le manche et la cognée. A partir de là, je dis que nous vivons un danger liberticide mortel. Le nouveau mode anthropologique de "l'hommo occidentalis" est en fait d'avoir perdu toute capacité d'aimer et toute capacité de détester, y compris de détester la haine. C'est précisément cette détestation de la haine qui, par une perversion intellectuelle et morale détestable, se propose d'être réprimée par nos nouveaux censeurs.

GGN : Cette loi vient-elle se superposer à un cadre juridique déjà connu et suffisant, celui de la loi de 1881 ?

Gilles William Goldnadel : Oui, bien sûr et la loi de 1881 était déjà interprétée de façon très particulière. Malgré tout, convenons-en, les choses progressaient. La jurisprudence de la Cour de Cassation sur l'incitation à la haine avait évolué puisqu'elle reconnaissait qu'il fallait, malgré tout, prouver textuellement cette incitation et non pas seulement la percevoir ou l'imaginer. Cela m'a permis, par exemple, de faire relaxer devant la Cour d'appel, Robert Menard qui avait été condamné en première instance, au grand dam de la section presse de la Cour d'appel de Paris demeurant une citadelle inexpugnable de l'idéologie gauchisante. C'est la même section qui avait tenté vainement et jusqu'au bout de faire condamner Georges Ben Soussan pour avoir osé mettre en cause l'antisémitisme islamique. En fait, il ne faut pas désespérer de tous les juges : la réalité peut être plus forte que l'idéologie. Quand vous voyez des quartiers en feu, que l'immigration n'est pas forcément un bienfait, lorsque vous voyez que les juifs sont décimés par des musulmans, et bien même les juges les plus fermés commencent à s'ouvrir.

GGN : Était – il nécessaire de voter cette loi dans le contexte actuel ?

Gilles William Goldnadel : J'aurais aimé que les sénateurs se défendent avec beaucoup plus de pugnacité et de détermination. Nous étions à ce moment très occupés par d'autres impératifs que cette loi, pourtant aussi mortelle que le virus. Je m'en remettrais naïvement au Conseil Constitutionnel, si je ne savais pas que ces gens-là ont érigé en principe constitutionnel celui de "fraternité", plutôt flou, pour empêcher la régulation des flux migratoires, et dissous les lois républicaines sur les frontières dont le respect est pourtant réclamé par une très grande majorité de français ! C'est ce qui me fera dire, pour conclure de manière argotique, que cette « saleté » de loi a été votée en « loucedé ».

21/05/2020 - Toute reproduction interdite


Gilles William Goldnadel
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De GlobalGeoNews GGN