Interviews | 23 mai 2021
2021-5-23

Gilles Platret : Le courage d’un maire face au séparatisme islamiste

De Fild Fildmedia
4 min

Gilles Platret est maire de Chalon-sur-Saône (Saône et Loire) et vice-président du parti Les Républicains (LR). Il fait partie de ces rares édiles français à avoir alerté très tôt sur la menace d’entrisme islamiste, notamment dans sa région, la Bourgogne, considérée par de nombreux spécialistes comme l’une des plaques tournantes des théoriciens de l’organisation des Frères Musulmans. Quitte à indisposer, parfois, certains de ses collègues. À commencer par le maire de Dijon, François Rebsamen, qu’il a accusé de complaisance vis-à-vis d’un imam frériste.

Entretien conduit par Alixan Lavorel

 

Fild : Vous avez créé la polémique, en 2015, en supprimant les plats de substitution sans porc dans les cantines de Chalon-sur-Saône. En novembre 2020, vous avez également accusé François Rebsamen, le maire PS de Dijon, d’entretenir des liens douteux avec un imam islamiste, Mohamed Ateb, lié à l’organisation des Frères musulmans. Pourquoi vous montrez-vous si offensif sur la question ? Vos positions vous ont-elles valu des menaces ?

Gilles Platret : Je lutte depuis 2015 contre les phénomènes de séparatisme, de communautarisme et de montée de l’islam politique. Pour être franc, je n’ai pas reçu de menaces depuis ces évènements, mais plutôt des insultes. Elles venaient principalement des réseaux sociaux et de soutiens de François Rebsamen. J’ai vraiment le sentiment que du moment où l’on touche à l’islam politique, on essaie de vous faire passer pour quelqu’un d’infréquentable. Voilà, en quelques mots ce qu’est le quotidien d’un élu de la République qui veut s’opposer à la montée de l’islamisme dans notre pays.

Fild : Plus de six mois après l’annonce d’une plainte déposée contre vous par François Rebsamen, où en est l’affaire ?

Gilles Platret : Aucune idée, je n’ai été contacté par personne. Je trouve que le temps commence à être un petit peu long, quand même. Est-ce qu’il a réellement déposé sa plainte ? Il assure que oui, mais a-t-elle été instruite ou classée sans suite, je ne sais pas. En tout cas je n’ai été informé d’absolument rien au moment où nous nous parlons. C’était peut-être une annonce visant à m’impressionner. C’est mal me connaître.

Fild : Vous avez une « double casquette » d’élu local et de vice-président du parti Les Républicains au niveau national. La montée en puissance de l’islam politique est-elle propre à la Bourgogne ou s’étend-elle partout en France ?

Gilles Platret : Ce n’est pas un problème local. Il se reproduit dans un grand nombre de régions de France, notamment en milieu urbain, là où les populations musulmanes sont les plus importantes. Toutefois, le cas bourguignon est un peu particulier. Vous avez quand même l’institut de Saint-Léger de Fougeret dans la Nièvre (IESH, ndlr), qui nourrit un milieu assez malsain et apocalyptique, côtoyé par des gens infréquentables. Là où des pairs de certains terroristes islamistes ont pu être cités en référence et où des gens qui se sont radicalisés plus tard sont passés. Et il y a un phénomène aggravant, c’est que des élus locaux se laissent embobiner comme des bleus par la propagande de cet institut. Il y a, c’est vrai, un écosystème particulier en Bourgogne. Plus fort qu’ailleurs ? Je n’en ai pas le sentiment. Mais comme il se trouve que c’est ma région, alors j’alerte et j’agis.

Fild : Comment les maires de France luttent-ils contre l’islamisme ?

Gilles Platret : Depuis 2015, j’ai été nommé co-président du groupe de travail sur la laïcité par l’Association des maires de France (AMF). Je travaille depuis l'année dernière en binôme avec Michaël Delafosse - maire PS de Montpellier. On a auditionné beaucoup de monde, comme nos collègues maires, les représentants des grandes confessions et des grandes sociétés de penseurs. Ces travaux ont abouti à la création d’un document qui s’appelle le « vadémécum de la laïcité ». Il s’agit en fait d’une boite à outils à destination des maires pour les aider lorsqu’ils sont sujets à des situations compliquées. Ce combat n’a pas de couleur politique, mais nous concerne tous. Chacun agit selon le degré de menace qu’il constate.

Fild : Quelles solutions concrètes pour combattre la menace islamiste sur le terrain ?

Gilles Platret : Il y a plusieurs niveaux de réponse. Localement il faut partir du principe que plus un euro ne doit servir au communautarisme et au séparatisme. C’est de l’argent public et en tant qu’élus, nous en sommes les garants. Nous devons poser un certain nombre de conditions qui, si elles ne sont pas respectées, ne doivent plus donner lieu au versement d’aucune aide. Qu’elles soient financières ou matérielles, ces dernières doivent être conditionnées au respect des lois de la République, de la laïcité et de l’égalité hommes-femmes. Toutefois, pour être très clair, cela ne suffit pas. Si l’État, la République elle-même, ne trouve pas la force de secouer un peu son arsenal juridique actuel pour changer de dimension et réellement mener la guerre l’islamisme, on n’y arrivera jamais. Arrêtons de protéger ceux qui nous font la guerre et qui veulent conquérir la République. Pour être très concret, de la même façon que le nazisme est interdit, je souhaite que la République française interdise le salafisme et l’organisation des Frères musulmans. On criera à la négation des libertés publiques, mais la liberté s’arrête là où commence celle des autres. Quand une théorie menace la liberté de tout un peuple, elle n’a pas le droit de cité. Il faut donc empêcher ses membres de la répandre. On est encore complètement angélique par rapport à la menace qui pèse sur notre pays.

21/05/2021 - Toute reproduction interdite


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De Fild Fildmedia