Alors que le Conseil d'État vient de désavouer Gilles Platret sur l'interdiction des menus de substitution dans les cantines scolaires, le maire (LR) de Chalon-sur-Saône réaffirme sa stratégie offensive pour détecter toute forme de radicalisation et prévenir les risques liés à l'islamisme. Pragmatique, l'élu prône ainsi une stricte application des règles de la laïcité au plan local et un renforcement de l'arsenal législatif au niveau national.

                              Entretien conduit par Francis Mateo. 

FILD : Comment jugez-vous le projet de création d'un « conseil des imams » en France* ?

Gilles Platret : Je comprends les bonnes intentions du gouvernement, mais c'est tout simplement une bêtise. D'abord : comment va-t-on imposer à l'islam des restrictions particulières auxquelles les autres religions ne sont pas soumises ? Cela pose déjà un problème d'égalité républicaine. Deuxièmement, la République n'a pas vocation à distribuer ce genre d'agréments. Enfin, il me paraît illusoire de construire ce dialogue avec le CFCM, qui est totalement divisé et sous l’influence d'organisations affiliées aux Frères musulmans, dont l'association Musulmans de France, ex-UOIF.

FILD : Vous êtes inquiet du rôle que peuvent jouer ces organisations ?

Gilles Platret : Oui, surtout quand j'apprends que IESH** de Château Chinon, totalement sous contrôle des Frères musulmans, se serait porté candidat pour former les imams ! Nous mettons le doigt dans un engrenage qui risque de nous arracher le bras... et plus encore. Je vais d'ailleurs demander la fermeture de l'IESH au premier ministre, en vertu de tous les éléments à charge que nous avons réunis, avec notamment la sénatrice Jacqueline Eustache-Brinio (LR). Ces preuves ne laissent aucun doute sur le rattachement de cet institut à l'organisation des Frères musulmans.

Plus largement, il faut assumer l'idée de déclarer la guerre à une idéologie qui elle-même nous a déjà déclaré la guerre. Cela veut dire se donner les moyens d'interdire certaines expressions de cette philosophie politique qui se sert de la religion comme support.

FILD : Mais comment faire concrètement en respectant les libertés de notre État de droit ?

Gilles Platret : Il faut s'y prendre avec l'idéologie islamiste exactement comme on le fait par exemple avec le nazisme dont toute expression est interdite. Ce qui impose de renforcer notre arsenal législatif. À ce propos, je souhaite que le peuple français puisse se prononcer par voie référendaire sur une justice d'exception, qui respecterait bien évidemment tous les droits de la défense, mais qui retirerait ces contentieux des tribunaux ordinaires. Car les juges doivent être formés aux caractéristiques de l'islam politique. Il faut donc mettre en place une procédure particulière et des centres de détention spécialisés, car il est évident qu'on ne peut pas mélanger les détenus sans risque de contamination idéologique, comme c'est aujourd'hui le cas dans les prisons.

« Le bouclier et le glaive »

FILD : Au niveau de la Ville, quels sont vos moyens d'action pour détecter la radicalisation et les risques liés à l'islamisme ?

Gilles Platret : Nous avons mis en place une cellule de surveillance à Chalon-sur-Saône depuis 2015, en collaboration avec le préfet et les services de renseignement de l’État. Car à l'échelle de la commune, nous avons l'avantage de la proximité et la connaissance du terrain. Nous avons formé des agents pour détecter des personnes dont le comportement peut prêter à réflexion. Et nous avons ainsi fait remonter des informations utiles qui avaient échappées dans certains cas au renseignement territorial. Parallèlement, nous avons imposé une charte de la laïcité aux associations subventionnées.

FILD : Cette charte est-elle un outil efficace ?

Gilles Platret : Cela permet pour le moins de poser un cadre afin d'éviter les pratiques communautaristes au sein des associations que nous subventionnons. Mais ce recours reste limité, car au-delà des subventions, toute association a droit aussi à disposer de locaux. Dans ce cadre, nous avons dû intervenir contre l’association des Fleurs de l'Espoir, qui prévoyait d'organiser une journée de propagande islamiste sous couvert d'une réunion sur l'artisanat. Nous avons eu connaissance du projet à temps pour interdire l'accès à la salle municipale ; mais cela donne une idée de la difficulté de contrôler les activités des 600 associations de la ville. L'action isolée de la municipalité ne suffit pas. Il faut à la fois le bouclier et le glaive. Le bouclier, c'est la loi de 1905, c'est l'affirmation des valeurs de la laïcité, c'est la neutralité que l'on peut défendre au niveau des villes, à condition que les maires le veuillent, bien sûr. Le glaive, c'est le droit et c'est le dispositif législatif qui doit être instauré au niveau de l'État.

FILD : Vous sentez-vous parfois abandonné en tant qu'élu local ?

Gilles Platret : Effectivement, mais il faut avoir ce courage. En 2015, lorsque j'ai décidé de supprimer les plats alternatifs au porc dans les cantines scolaires municipales, j'ai reçu un tombereau d'attaques, voire d’insultes, de toutes parts politiques et médiatiques. Alors qu’il s'agissait simplement de reprendre en main la laïcité, d'affirmer qu'une organisation du service public ne doit pas se conformer aux règles d'une organisation religieuse. La mesure a d'ailleurs été appliquée sans incident***. Dans le même sens, nous avons également élaboré une charte des mariages pour éviter l'intrusion de drapeaux ou manifestations religieuses au sein de la mairie. Il faut simplement poser des bornes pour une pratique normale de la laïcité et des religions. Ce qui nous oblige évidemment à rester fermes sur nos principes au niveau local ; mais je le répète : le maire ne peut pas tout faire. L'État doit impérativement prendre en charge sa part de responsabilité pour apporter une réponse législative.

* Emmanuel Macron a demandé au Conseil Français du Culte Musulman (CFCM) de mettre en place un conseil des imams, qui sera chargé de donner un agrément aux imams de France. Le CFCM doit aussi rédiger une charte des valeurs républicaines.

** IESH Institut Européen des Sciences Humaines, dont l'un des fondateurs est Youssef al Qaradawi, connu comme l'un des chefs spirituels des Frères musulmans. Youssef al Qaradawi est l'auteur de fatwas incitant des jeunes à se « kamikazer » en Israël ou en Irak, et appelant à s’en prendre aux juifs et aux homosexuels.

***Le 11 décembre dernier, le Conseil d'Etat a définitivement rejeté l'arrêté municipal -promulgué en 2015- interdisant les menus de substitution au porc dans les cantines scolaires. Même si le maire entend maintenir cette interdiction.

13/12/2020 – Toute reproduction interdite



Ville de Chalon-sur-Saône /DR
De Francis Mateo