Né à Budapest en 1930 sous le nom de George Schwartz au sein d'une famille juive non pratiquante, Mr Soros est aujourd'hui, à 88 ans, à la tête de la deuxième fondation philanthropique la plus dotée au monde, derrière celle Bill et Melinda Gates. Quelles sont les intentions de l'homme, et jusqu'où s'étend son influence ? Analyse de Maxime Chauffour

George Soros est un homme de paradoxes. Il est âgé de 13 ans en 1944, quand les nazis envahissent la Hongrie, il est profondément marqué par cette période. En 1947, il fuit la Hongrie communiste pour rejoindre Londres, et émigre vers les Etats-Unis 9 ans plus tard. C'est en 1970 qu'il fonde Soros Fund Management, première pierre de l'empire qu'il bâtira dans les décennies qui suivront. Durant sa scolarité à la London School of Economics, il fait la rencontre du philosophe des sciences Karl Popper, avec qui il se lie d'amitié et dont l'ouvrage « The Open Society and Its Enemies » servira de manifeste à la fondation philanthropique que Soros crée en 1979. Cette dernière sera principalement dédiée à la promotion de la justice et du droit des minorités. 12 ans plus tard, pourtant, le magnat de la charité empoche un milliard d'euros en misant contre le pound britannique. Comment comprendre la logique d'un homme dont la fortune est issue du monde de la finance, mais néanmoins dédié à la promotion de valeurs au cœur desquelles trônent la démocratie, le droit des plus pauvres, et la lutte contre l'obscurantisme ?

Soros a, depuis les années 1990, publié de façon régulière des ouvrages dans lesquels il décrit la menace que représente le système économique mondialisé moderne. Dans son ouvrage « The Alchemy of Finance », publié en 1998, le philanthrope résume ses conclusions idéologiques sous la forme de trois axes : les marchés financiers sont par essence amoraux, le système est manipulé par une petite caste, et l'économie est une science perfide. Quoi qu'il en soit, Soros se présente comme le plus grand robin des bois de l'histoire : sa fortune est, depuis quelques années, massivement injectée dans sa fondation « Open Society ». Dotée de 18 milliards de dollars issus de la fortune personnelle de Soros, elle est présente dans une centaine de pays, et a la particularité d'agir pour des causes éminemment politiques, à contre-courant des engagements philanthropiques classiques dédiés à la santé.

Le biographe attitré de George Soros, Michael T. Kaufmann, décrit un homme qui se sent investi de pouvoirs extraordinaires, presque divins. De son expérience du régime Nazi et des premières heures du communisme soviétique, Soros semble tirer un amour pour la liberté qui explique sa lutte acharnée pour la démocratie. Open Society Fondation (OSF) est par beaucoup considérée comme étant la plus influente organisation philanthropique du monde. Or, pilotée par Soros au travers de son bras droit Patrick Gaspard, elle a la particularité de ne pas dépendre des processus démocratiques qu'elle cherche précisément à promouvoir. Présente dans plus de 100 pays, OSF a, à bien des égards, les caractéristiques d'une organisation peu transparente bien que très engagée.

En 2017, le site DCleaks – disparu depuis – révèle près de 3000 documents internes d'OSF qui décrivent en détail les objectifs et les méthodes de l'organisation. Ils font notamment état de l'ampleur des leviers politiques et financiers dont elle dispose, et la proximité de son fondateur avec nombre de dirigeants du monde alimente des soupçons aux teintes conspirationnistes. Le 15 mai dernier, l'organisation a annoncé son départ de Hongrie à l'issue d'une lourde campagne de dénigrement orchestrée par le Premier ministre Victor Orban, qui a fait de Soros la cible principale de ses critiques en raison de la politique pro-migratoire du philanthrope. Le pouvoir de ce dernier semble ainsi faire peur à certains gouvernants du monde, précisément parce que l'énorme manne financière à la disposition d'OSF sert à la promotion d'une certaine vision du monde.

18/06/2018 - Toute reproduction interdite


Le président de Soros Fund Management, George Soros, assiste à une session du Forum économique mondial (WEF) à Davos, le 27 janvier 2011.
De GlobalGeoNews GGN