Analyses | 23 juin 2020

Général Soubelet : "Sortir la France de l’impasse"

De GlobalGeoNews GGN
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Disparition de l'autorité de l'État, complaisance vis-à-vis de ceux qui divisent la France et capitulation devant la délinquance sont autant de symptômes de l'affaiblissement de notre démocratie. Bertrand Soubelet, général de la Gendarmerie Nationale (2S) et vice-président du parti Objectif Franceesquisse les solutions pour sortir de l'impasse. Avant qu'il soit trop tard.

                                                                                                             Tribune

Depuis la fin du confinement les péripéties qui émaillent la vie publique du pays suscitent de plus en plus d'interrogations dans l'opinion. L'exploitation médiatique malsaine de la mort d'un américain lors d'une interpellation aux États Unis et celle d'un délinquant il y a quatre ans en région parisienne ont provoqué un effet "domino".

La suspicion de racisme généralisé au sein des forces de sécurité, le doute insupportable distillé par les déclarations du ministre de l'Intérieur, la complaisance de la ministre de la justice avec une famille dont les membres ne respectent pas la loi sont autant d'éléments qui perturbent une grande majorité de Français.

L'exécutif a une nouvelle fois montré sa pusillanimité qui contribue à affaiblir la notion d'autorité de l'État, laissant croire que l'émotion pourrait parfois prévaloir sur l'application de la loi.

Les opérations de représailles menées par des ressortissants tchétchènes à Dijon et la réaction tardive et timorée de la puissance publique accentuent ce sentiment de malaise.

Comment est-il possible dans notre pays que le son des kalachnikovs puisse retentir sans qu'il y ait une réaction énergique et immédiate ?

Il y a deux ans déjà dans les quartiers nord de Marseille, le ministre de l'Intérieur s'était félicité que les policiers n'aient pas riposté aux provocations de tireurs à l'arme de guerre. J'ai un tout autre avis sur la question et tant que la puissance publique acceptera sans réagir ces agressions dont les auteurs ne connaissent que le rapport de force, une partie de la France continuera de s'enfoncer dans l'anarchie. La seule réponse est l'usage de la force légitime. Sans faiblir.

Aujourd'hui ce spectacle de capitulation permanente devant la délinquance violente taraude les honnêtes gens qui s'interrogent à juste titre et se posent deux questions :

Où va la France à cette allure ? Et comment allons-nous en sortir ?

« En France, il n’y a qu’une communauté : la communauté nationale »

Personne ne sait répondre précisément à ces interrogations mais il est clair que la tournure des événements favorise la dégradation des conditions de vie et de sécurité dans beaucoup de lieux de notre pays.

Il est urgent que les fondamentaux et le bon sens reprennent leur place.

La première règle incontournable est celle de l'éducation que doivent transmettre les parents à leurs enfants. Une ou deux générations en ont été privées et cela se remarque notamment à l'absence de politesse élémentaire dans la vie courante et à la transformation de la notion de respect en un mot vide de sens et considéré comme un droit supplémentaire alors qu'il s'agit du premier devoir à l'égard de celui à qui l'on s'adresse.

Rien ne changera sans un sursaut éducatif.

Sans éducation il ne peut pas y avoir de vie collective harmonieuse et au moins trois initiatives seraient les bienvenues.

La première est un parcours citoyen obligatoire dès la classe de sixième avec des informations et des activités extra-scolaires pour familiariser les jeunes avec le concept de nation et le sens du service public. Ce parcours serait clôturé par plusieurs mois de service National.

Une autre concerne les structures absolument nécessaires pour resocialiser et redonner les bases de la vie en collectivité à des milliers de jeunes désœuvrés et prédélinquants pour qui la prison serait le coup de grâce qui les perdrait définitivement. Des initiatives privées existent, elles doivent être mises en œuvre plus largement en partenariat avec les élus locaux.

Car la jeunesse mérite toute notre attention y compris celle qui ne prend pas le bon chemin.

Une deuxième priorité est de ne pas accepter cette présentation erronée de notre pays qui finit par devenir une réalité. En France il n'existe pas plusieurs communautés. Il y a une communauté nationale et quand les médias présentent les événements en mentionnant « la communauté tchétchène » ou « la communauté turque », cela constitue une hérésie qui contribue à diviser la France. Il s'agit de ressortissants tchétchènes ou de Français d'origine tchétchène. L'État alimente également cette vision communautariste en qualifiant de "communautés" des groupes à caractère identitaire et, de cette manière, contribue à entretenir une discrimination sur notre territoire.

C'est une erreur grave.

Toutes ces personnes sont soit des citoyens français et doivent être considérés comme tels, soit des citoyens étrangers et s'ils ont des comportements délictueux avérés ils doivent être expulsés du territoire. La cohésion nationale passe par l'éradication de ces discours diviseurs.

La dernière priorité est de rétablir l'application des lois de notre pays partout et sans exception.

C'est un objectif ambitieux tant certaines zones échappent au contrôle de l'État. Les élus locaux des années 80 à 2000 sont en partie responsables de cette réalité, fruit du clientélisme et de renoncements multiples au nom de la paix sociale et d'équilibres obtenus au détriment de la population respectueuse de toutes les règles.

C'est la raison pour laquelle des actions de fond doivent être menées dans ces quartiers avec tout d'abord une phase de diagnostic, de concertation et de partage des informations avec les acteurs habituels et les élus. Puis sous l'autorité d'un chef opérationnel désigné un traitement en profondeur avec méthode, détermination et fermeté. C'est le concept de la force projetable ou "task force" qui permet, avec des pouvoirs particuliers définis par décret, de déployer pendant 3 ou 6 mois un millier de militaires, policiers, gendarmes, magistrats, éducateurs, psychologues et associations dans une zone définie pour l'assainir de tous les trafics et comportements délictueux. Il s'agit aussi de permettre à des millions de Français qui vivent dans ces zones de retrouver une vie normale.

Mais pour tout cela il faut du courage.

Hélas, la triste réalité est que nous sommes devenus un peuple faible et velléitaire à force de céder à la facilité. Et nos gouvernants sont à l'image d'une bonne partie du peuple français. Retrouver une France harmonieuse et audacieuse nécessite que la lucidité et le courage d'agir redeviennent le moteur de l'action publique.

Or notre pays semble plutôt sur le chemin décrit par Platon dans le chapitre VIII de la République lorsque la démocratie se transforme en tyrannie en raison de la disparition de l'autorité.

Sommes-nous résignés au point d'accepter cela ?

24/06/2020 - Toute reproduction interdite


Des enquêteurs de police sur les lieux d'une fusillade près de Stains, dans la banlieue nord de Paris, le 18 mars 2017.
Charles Platiau/Reuters
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