Analyses | 13 janvier 2019

Général Soubelet : « Notre pays doit retrouver son audace et la fierté »

De Emmanuel Razavi
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Entretien avec le Vice Président du Parti Objectif France par Emmanuel Razavi et Ghjilormu Padovani

En quoi la classe politique est-elle responsable du délitement de la société française ?
Depuis quarante ans la classe politique française a laissé se déliter progressivement les principes qui fondent notre démocratie. La devise inscrite au fronton de nos mairies en est l’illustration. Ils ont laissé se transformer la liberté en un concept vide de sens qui laisse croire que chacun peut faire ce qu’il veut en se prévalant de ses droits. La conséquence directe en est l’affaiblissement de l’autorité et le « laisser faire ». Sous leurs yeux, l’égalité s’est pernicieusement mutée en égalitarisme, cette vision dévoyée de la société qui nivelle tout. Chacun croit qu’il peut, voire qu’il doit, avoir la même chose que son voisin. Quant à la fraternité elle n’a que peu de place tant notre vie sociale est dégradée.
Des salariés qui n’arrivent pas à finir le mois, une classe moyenne qui supporte une grande partie des efforts, une communautarisation bien avancée et un rejet de notre modèle sont le résultat de la faiblesse et de la lâcheté de nos responsables politiques qui ont préféré acheter la paix sociale plutôt que de traiter les problèmes de fond : l’éducation, la protection du pays et l’immigration par exemple.
Les élus et les exécutifs successifs de notre pays sont responsables de l’état actuel de la France en ignorant la primauté de l’autorité, du bien commun et de l’exemplarité sur toute autre considération.

Y-a-t-il un risque de guerre civile en France ? Si oui, quelle pourrait en être la configuration ?
Je ne sais pas ce que l’on peut qualifier de guerre civile ni sa probabilité mais il me semble que certains ingrédients d’un affrontement entre les Français sont réunis. Une exaspération dans certaines franges de la population, une incompréhension de nos élites de la réalité quotidienne, un divorce entre l’Etat et les citoyens auxquels il faut ajouter une crise identitaire majeure avec la présence sur notre territoire d’individus prêts à frapper au nom du fanatisme religieux. Par ailleurs, les enjeux financiers de l’économie souterraine dans certaines zones de notre territoire sont potentiellement un facteur aggravant.

En quoi les réseaux de la drogue sont-ils liés avec les jihadistes ? Quels axes géographiques empruntent-ils en Europe du sud?
Tous les trafics, de stupéfiants, d’armes et d’êtres humains ont un lien direct ou indirect avec les djihadistes car la déstabilisation d’une société peut s’obtenir par divers moyens. C’est notamment la fragilisation des circuits économiques et financiers classiques pour leur substituer des circuits parallèles qui impactent le tissu familial et social. C’est une destruction plus lente de notre modèle mais démontrer à plusieurs générations que «dealer» rapporte plus que travailler honnêtement laisse des traces durables. Ces trafics sont aussi un moyen de financer des activités illégales. Les axes des trafics sont en lien avec l’origine des populations qui se livrent à cette activité avec des modes d’action très souples et modernes.

Comment lutter contre l’entrisme islamiste dans les grandes institutions et entreprises françaises?
C’est le rôle de l’Etat. Mais là aussi il ne prend pas ses responsabilités. Il n’a pas toujours la vision stratégique sur certains sujets et celui là en est un. Pour l’entreprise, comment expliquer que depuis le 24 juin 2014 un arrêt de la Cour de Cassation ait introduit une jurisprudence qui établit explicitement que ni le principe de laïcité instauré par l’article 1er de la constitution ni le principe de neutralité consacré par le Conseil Constitutionnel ne sont applicables aux salariés des employeurs de droit privé qui ne gèrent pas un service public. Il y a donc deux poids deux mesures et ce qui est appliqué dans l’espace public et les services publics ne peut pas l’être dans le privé.
Bilan: les chefs d’entreprise sont seuls face à cette réalité et là où l’Etat pourrait leur faciliter la vie, il est absent. Il est urgent d’initier un projet de loi sur le sujet et de contenir définitivement le fait religieux dans l’espace privé au sens strict du terme. J’espère que le gouvernement annoncera dans les semaines qui viennent des mesures en ce domaine car elles sont urgentes et les Français les souhaitent.

Que pensez-vous de la politique de la France au Proche-Orient?
Notre politique au Proche et au Moyen Orient n’apparaît pas très cohérente. Nous avons depuis des années adopté des positions de principe totalement anachroniques et trop souvent éloignées du pragmatisme. Nos liens historiques avec certains pays de la zone, le Liban et Israël notamment, faussent notre appréciation et parfois des considérations de politique intérieure ou de jeux d’alliances nous conduisent à mal nous positionner. C’est tout particulièrement le cas avec la Syrie qui est un échec patent de la diplomatie française. La frappe aérienne de 2018 en est une parfaite illustration.

Quelle est la place stratégique de la France en Méditerranée ?
La France a une place importante en Méditerranée. Il faut y avoir des ambitions mesurées car nous n’avons plus la capacité d’y jouer un rôle majeur. Le dernier à avoir tenté de positionner la France en Méditerranée fut le Président Sarkozy. On a vu le résultat couronné par une intervention en Libye qui à contribué à déstabiliser toute la région. Notre place est importante au même titre que l’Italie et l’Espagne ou la Grèce, en ce sens que nous sommes les points d’entrée en Europe des mouvements migratoires. C’est aujourd’hui le point clef.

La Corse est au croisement de nombreuses influences en Méditerranée et pourtant elle semble exclue des enjeux. Son positionnement est stratégique mais allons plus loin. Quel rôle l'île doit-elle jouer dans la Méditerranée d'aujourd'hui et de demain ?
La Corse est en effet au croisement de nombreuses influences mais la question essentielle est de savoir quel rôle la Corse entend jouer dans la zone. Quelles ambitions la collectivité à t-elle pour les 50 prochaines années?
Je n’ai pas d'idée arrêtée sur la question mais j’ai en tête des modes de fonctionnement, des blocages, des tensions extrêmes sur l’ile qui pourraient être considérés comme des freins à un projet ambitieux et structuré.
Pour jouer un rôle que la Corse mérite incontestablement il faut avoir un degré de maturité économique et politique. Je ne suis pas sûr que des modifications de nature institutionnelle  pour la collectivité de Corse soit un préalable à une modification en profondeur du rôle que pourrait jouer l’ile dans la zone.

La majorité au pouvoir en Corse souhaite une autonomie de plein exercice, comme toutes les grandes îles de Méditerranée. Qu'en pensez-vous ?
Je suis pour le maintien de la Corse dans la République même si à la marge des améliorations pourraient être apportées à son statut actuel. La question essentielle est de savoir ce que les Corses souhaitent pour leur avenir car je ne pense pas, à l’instar du continent, que les responsables politiques, malgré leur légitimité, soient le reflet de la volonté de la population.

Quelle est la responsabilité de la Turquie dans la crise migratoire que connaît l’Europe ?
L’essentiel de la vague migratoire entamée en 2015 est passé. Les flux actuels sont moins inquiétants même s’ils restent significatifs. La Turquie n’est concernée que par les flux considérables de réfugiés en provenance des deux pays en guerre sur sa frontière Sud, l’Irak et la Syrie.
À ce stade je pense que la Turquie joue un rôle plutôt régulateur en termes de migrations vers l’Europe. Depuis 2016 grâce aux accords  entre l’UE et la Turquie et reconduits en début d’année 2018, elle évite l’arrivée en Europe de millions de Syriens réfugiés sur son sol. Cependant les compensations financières de plusieurs millards versées par l’UE ne sont pas une garantie absolue car M. Erdogan essaie d’obtenir d’autres avantages en matière douanière notamment. Il n’hésite pas à menacer l’Europe de laisser passer les migrants vers la mer Egée mais pour l’heure il n’a pas mis ses menaces à exécution.

Vous avez créé votre parti politique, Objectif France. Quelle est votre vision pour la France ?
En réalité j’ai rejoint une formation politique déjà existante : Objectif France qui dispose du statut de parti et j’en suis le Vice Président. Ce qu’est devenue la France après trente ans de démagogie, de faiblesse et de promesses non tenues n’est pas conforme aux ambitions des Français. Notre pays doit retrouver son audace et la fierté de ce qu’il est. Nous devons libérer les énergies de nos entreprises en protégeant ceux qui travaillent et concentrer l´Etat sur ce qu’il sait faire. L’Etat omniprésent et omnipotent a vécu, mais il doit assumer correctement ses fonctions régaliennes. En particulier l’ordre et l’autorité en tous domaines, y compris en matière budgétaire où il est impératif de maîtriser nos dépenses et notre dette en arrêtant de faire de la fiscalité un levier et une contrainte grandissante pour les Français. Nous devons faire des choix responsables pour l’avenir en matière de société, de transport, d’énergie  notamment en y associant les jeunes. Je rêve d’une France audacieuse et conquérante débarrassée des dogmes qui nous polluent depuis tant d’années.

Vous jouissez d’une réputation d’homme intègre, ouvert aux débats de société. Pour autant les Français accepteraient-il d’élire un ancien militaire à la présidence de la république ?
Seul le service de mon pays m’a toujours animé en exerçant un métier formidable, qui m’a m'appris à connaître tous les pans de la société. C’est ma seule ligne de conduite. Lorsque j’observe notre vie publique, je constate une grande défiance des Français vis à vis des hommes politiques.Vont-ils choisir un professionnel de la politique aux prochaines élections présidentielles ? L’expérience des trente dernières années devrait logiquement nous en préserver d’autant plus que le mandat en cours devait répondre à cette volonté.
Je ne crois pas à l’homme providentiel qu’il soit banquier, militaire, entrepreneur, ou haut fonctionnaire. Je crois en une équipe d’hommes et de femmes pragmatiques et motivés, qui portent un projet ambitieux pour la France et surtout débarrassés des idées toutes faites sur le rôle des entreprises, de l’Etat et des rapports sociaux. Les Français sont bien plus lucides qu’on ne le croit. Il faut surtout qu’ils s’expriment  massivement par le vote. Cela passe par une offre politique honnête et pertinente. Le véritable enjeu est là.

 

06/01/2019  - Toute reproduction interdite 

 


Un membre du mouvement de veste jaune lève le poing sur à Nice, France, le 11 janvier 2019.
Eric Gaillard/Reuters
De Emmanuel Razavi

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