Après 11 jours de confrontations, la reconstruction de Gaza ne doit pas servir de paravent au Hamas, le bras armé de l’Iran, pour reconstituer son arsenal en vue d’un prochain conflit.

Par Hagay Sobol.

Un nouveau cessez-le-feu est entré en vigueur à Gaza. Loin de la victoire proclamée, le Hamas a essuyé des pertes majeures malgré 4360 roquettes tirées sur les agglomérations israéliennes, dont 680 retombées sur Gaza. Afin d’éviter un prochain cycle de violence, il est impératif de tirer les enseignements de ce conflit qui s’inscrit dans un bras de fer entre l’Iran chiite et ses affidés d’une part, et Israël ses alliés sunnites et les USA d’autre part.

Les décisions de Donald Trump , qualifiées de pro-israéliennes, n’avaient pas véritablement enflammé la rue palestinienne. Il n’a fallu que quelques mois à la nouvelle administration Biden pour être confrontée à un nouveau conflit à Gaza. En remettant sous le feu des projecteurs le dossier israélo-palestinien, le régime des Mollahs s’est vu redonner un levier qu’il avait perdu suite aux accords de normalisation israélo-arabes. Ce constat a vraisemblablement contraint le nouveau locataire de la Maison Blanche à prendre ses distances avec la doctrine Obama en reconnaissant le droit à la légitime défense de l’État Hébreu et à laisser Tsahal, l’armée de défense d’Israël, réduire drastiquement les capacités de nuisance du Hamas et du Djihad islamique palestinien. Il y aura peut-être un prix à payer pour Israël, en particulier des concessions sur l’accord sur le programme nucléaire iranien que les USA veulent réintégrer à tout prix, au grand dam des voisins de la théocratie chiite.

Lutte de pouvoir pour la succession de Mahmoud Abbas

Contrairement aux dires du Hamas, cette dernière confrontation avec Israël n’a rien de spontané. Des heurts avec les autorités israéliennes ont été savamment orchestrés à Jérusalem, « zone gâchette » pour les islamistes du monde entier, et utilisés comme prétexte pour une attaque préméditée. Il a fallu du temps et des ressources considérables pour construire le « métro de Gaza », ce réseau complexe de bunkers, de souterrains avec ses centaines de lance-roquettes enfouis et de tunnels d’attaque courant sous les habitations civiles de la bande côtière jusqu’aux frontières de l’Égypte et de l’État Hébreu. Hormis l’agenda iranien, les causes principales de la reprise des hostilités avec Israël sont à rechercher dans la lutte pour le leadership palestinien. Tout d’abord, l’annulation des premières élections depuis 2005 par le président de l’Autorité Palestinienne (AP), Mahmoud Abbas, alors que le Hamas était donné grand vainqueur. Ensuite, le risque - à l’image des accords d’Abraham - de voir se concrétiser une normalisation politique des partis arabes avec la démocratie israélienne, rejoignant une coalition au pouvoir comme le prône Raam de Mansour Abbas. Cela priverait le « mouvement de la résistance islamique » de toute légitimité dans sa « lutte pour libérer la Palestine du Jourdain jusqu’à la Méditerranée. »

Au final, le gain de cette nouvelle flambée de violence pour les autorités du Califat de Gaza semble bien maigre. Tout d’abord, c’est un échec stratégique. Malgré leur haut niveau de préparation et leur capacité à lancer des salves de missiles, 90% à 95% des tirs ont été neutralisés par le Dôme de fer israélien . S’il reste encore 10 000 roquettes dispersées dans les habitations civiles, les groupes terroristes ont perdu la majorité de leurs infrastructures, leurs spécialistes en armement et du renseignement. Il leur faudra des années pour reconstituer leurs forces. Si en Cisjordanie la côte de popularité du Hamas a augmenté, au vu des résultats, il sera de plus en plus contesté à Gaza. Cet affaiblissement renforce le Fatah de Mahmoud Abbas qui capitalise - tout en condamnant officiellement - sur l’intervention israélienne qui a désarmé un dangereux concurrent. Pour le reste, le vieux Raïs palestinien compte bien sur la coopération sécuritaire avec l’État Hébreu pour maintenir la stabilité de l’AP, comme c’est le cas depuis les accords d’Oslo. Ensuite, en Israël, si l’on assiste encore sporadiquement à des accrochages entre Juifs et Arabes, on est bien loin d’une troisième intifada. Au contraire, les appels au calme ou des manifestations en faveur d’une cohabitation pacifique se multiplient. Enfin, le Hamas a même échoué à radicaliser la vie politique israélienne. Les pourparlers en vue d’un gouvernement d’union nationale, sans Benjamin Netanyahou, semblent bien avancés avec une coalition de partis de droite, de gauche du centre , à laquelle le parti arabe Raam pourrait apporter son soutien. En définitive, la seule victoire dont peut se prévaloir le mouvement islamiste, c’est d’avoir éloigné par un nouveau conflit et sa rhétorique belliqueuse, la perspective proche de deux États vivant en paix dans des frontières sûres et reconnues.

Israël et ses alliés sunnites, un bloc transrégional renforcé

Dans ce conflit par procuration, l’un des buts principaux de l’Iran était de disloquer les alliances entre Israël et les pays sunnites dits modérés et d’obtenir une condamnation internationale unanime. On est bien loin du compte avec un service minimum de la part du monde arabe pour qui la cause palestinienne est manifestement devenue secondaire. Les Emirats Arabes Unis ont même menacé d’arrêter de financer les projets d’infrastructures de Gaza si les tirs de roquettes continuaient. Contrairement à 2014, plusieurs pays ont émis des critiques modérées, et ont manifesté un soutien explicite en faveur d’Israël comme l’Allemagne, l’Autriche, la France, la Hongrie, l’Italie, la République Tchèque, la Slovénie ou encore l’Organisation des Etats Américains*. Même les manifestations de soutien à Gaza n’ont pas eu la mobilisation escomptée. Les signataires des accords d’Abraham qui ont mis en œuvre des coopérations économiques et stratégiques pour contrer la menace existentielle qu’exerce Téhéran dans tout le Moyen-Orient et en Afrique, pourraient ressortir renforcés de l’épreuve comme en atteste le geste plus que symbolique du Bengladesh qui vient de supprimer la clause interdisant ses citoyens de voyager en Israël.

L’Iran peut-il se doter de l’arme nucléaire ?

Subissant des attaques incessantes attribuées à Tsahal et au Mossad, en Syrie, en Irak, sur les mers, ou sur son territoire, les récents évènements représentent un nouveau revers majeur de la politique hégémonique de la théocratie chiite. Pour sanctuariser son régime et reprendre la main, Téhéran n’a pas d’autre issue que de se doter de l’arme nucléaire. L’ouverture peut venir du nouvel hôte du Bureau Ovale. Joe Biden, avant même sa prise de pouvoir, avait annoncé son intention de réintégrer le JCPoA ** et de lever toutes les sanctions mises en place par son prédécesseur. De son côté, le guide suprême de la Révolution islamique Ali Khameneï a dû monnayer ses bons offices auprès du Hamas et du Djihad islamique pour arrêter un conflit qu’il avait lui-même allumé, en échange d’un retour des USA à l’accord sur le nucléaire. Cela permettrait aux ingénieurs iraniens de poursuivre discrètement leurs travaux, comme ils l’ont fait par le passé, jusqu’à devenir un pays du seuil nucléaire.

Au moment opportun, et disposant déjà de missiles balistiques intercontinentaux, ils n’auraient plus qu’à assembler les différents éléments de leur programme pour posséder l’arme atomique.

Les Palestiniens condamnés à subir le Hamas ?

Depuis 2005, il n’y a plus aucun israélien à Gaza. Les islamistes au pouvoir y détournent l’aide internationale, via l’URNWA ou reçoivent des financements provenant du Qatar. Se comptant en milliards, cette aide est gaspillée en conflits inutiles, sans jamais avoir fait avancer la cause palestinienne, sous l’impulsion de l’Iran et du Hezbollah. L’enclave côtière, officiellement soumise à un blocus, ne manque visiblement ni de missiles ni de béton pour fabriquer des bunkers. A titre d’exemple, le coût d’1Km de galerie est estimé à 500 000 dollars. Combien de routes, d’infrastructures, d’écoles, d’hôpitaux et d’habitations aurait-on pu construire ? Combien de doses de vaccin contre la COVID-19 auraient pu être achetées, à la place ? L’histoire se répète et comme après chaque confrontation, la communauté internationale se précipite pour imposer un cessez-le-feu aux protagonistes, au nom des principes humanitaires. Ce faisant, ils apportent une aide inespérée aux factions qui risquent une fois encore de mettre à profit le répit qui leur est accordé pour un nouveau round guerrier et prendre en otage les populations civiles palestiniennes et israéliennes. C’est pourquoi la reconstruction à Gaza doit être conditionnée à sa démilitarisation. Mais peut-on encore accorder quelque crédit aux engagements de l’ONU, de l’Europe ou des grandes puissances d’empêcher le réarmement des groupes terroristes ? Malgré les résolutions de l’ONU, la FINUL (Force Intérimaire des Nation Unies au Liban) ne s’est nullement opposée au réarmement du Hezbollah. La milice supplétive de l’Iran au pays du Cèdre dispose de 200 000 roquettes et missiles de précision braqués sur les agglomérations de l’État Hébreu mais également sur la population civile libanaise. Ce n’est pas la communauté internationale qui a maintenu le calme après la deuxième guerre du Liban, mais la force de la réponse israélienne suite à l’agression perpétrée par le groupe de Hassan Nasrallah aux ordres de Téhéran. D’après les autorités égyptiennes qui ont négocié le cessez-le-feu avec le Hamas, ce dernier a été surpris de la riposte d’Israël qui semble avoir pleinement restauré sa dissuasion.

Pour que le calme s’installe durablement, au prix d’un accord sur le nucléaire et de la levée des sanctions, il ne faudrait pas que l’on permette à l’Iran d’irriguer à nouveau les canaux de financement de ses affidés. Car cela ne limiterait pas le prochain conflit à Gaza mais risquerait d’embraser tout le Moyen-Orient, voire au-delà.

*OEA : organisation de 35 Etats des deux continents

** Accords de Vienne sur le nucléaire de 2015

31/05/2021 - Toute reproduction interdite


Une militaire regarde le système antimissile israélien Iron Dome intercepter des roquettes lancées depuis la bande de Gaza en direction d'Israël, le 19 mai 2021.
© Amir Cohen/Reuters
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