La frontière idéologique entre une certaine gauche et l’islamisme est de plus en plus poreuse. C’est ce que constate le politologue Guillaume Bigot, qui revient sur l’histoire de l’islamo-gauchisme et ses objectifs.

À Trappes, un prof de philo de gauche ayant défendu Samuel Paty est menacé de mort. Le maire envisage de porter plainte contre lui pour avoir porté atteinte à l’image de sa ville.

La semaine dernière, l’insoumis Coquerel a comparé le voile islamique à celui des mariés catholiques.

La gauche de la gauche est plus que complaisante à l’égard de l’islamisme.

Cette compromission est d’autant plus surprenante que la gauche a passé la plus grande partie des XIX et XX me siècle à maudire l’église.

Cette connivence est d’autant plus étrange que Marx voyait dans les religions l’opium du peuple.

Jusque dans les années 80, certains socialistes se plaignaient de voir des bonnes sœurs déambuler en cornettes.

Cinquante ans plus tard, la gauche de la gauche défend une religion plus homophobe, plus antisémite et plus misogyne que la version la plus intégriste du catholicisme.

Ce qui est troublant, c’est que l’islamisme agresse tout ce que la gauche avait de plus sacré : la laïcité, l’égalité homme-femme, l’esprit critique, le projet d’arracher les élèves à leur superstition.

Jaurès aurait maudit Mahomet, Clémenceau l’aurait vomit. Mélenchon porte ses valises.

Étonnant que toute la gauche ne soit pas mobilisée comme un seul homme contre ces méthodes fascistes et obscurantistes.

La peur et la lâcheté expliquent pour une part ce silence mais ces réflexes ne sont pas spécifiquement de gauche.

Il y a aussi l’espoir de grappiller quelques suffrages. Accorder des horaires de piscine ou subventionner des Frères musulmans peut rapporter les quelques voix de la victoire.

C’est le calcul peu reluisant d’une Martine Aubry à Lille, d’un François Rebsamen à Dijon, d’un Jean-Christophe Lagarde à Drancy ou d’un Pierre Bédier à Mantes-la-Jolie.

Ces exemples montrent que l’islamo-droitisme n’a rien à envier à l’islamo-gauchisme en matière d’électoralisme.

Ce chantage électoral explique bien des capitulations.

Benoit Hamon s’était couvert de honte en cherchant à justifier l’absence de mixité dans certains cafés du 93, expliquant qu’il n’y avait pas de femmes dans les cafés ouvriers français de jadis.

Ce qui est une spécificité de l’extrême gauche, c’est sa connivence tactique et idéologique avec l’islamisme.

Pour commencer, à chaque fois que l’islamisme est critiqué, des gens qui se disent de gauche prétendent que l’on stigmatise les musulmans, répétant ainsi les éléments de langage des barbus.

L’islamo-gauchisme a été théorisé en 1994 par un trotskyste anglais, Chris Harman, dans un article intitulé le prophète et le prolétariat.

L’ultra gauche et l’islamisme détestent le capitalisme et partagent un idéal universel altermondialiste. Cette proximité reflète une aspiration commune à la justice sociale. La zakat islamique impose à tout bon musulman de redistribuer une partie de ses revenus aux pauvres.

Dans beaucoup de pays, l’islamisme avance en favorisant des œuvres sociales.

Le forum social européen a invité Tarik Ramadan en 2003 à s’exprimer en tant que « leader religieux représentatif d’une partie du prolétariat. »

L’islamisme est censé lutter contre l’impérialisme et contre l’américano-sionisme, ce qui plaît à la gauche de la gauche. L’islamisme exprimerait donc la colère des oppressés contre les oppresseurs.

Des personnalités de gauche passées par le trotskysme ou le maoïsme projettent sur les islamistes leur propre évolution.

D’abord, l’extrême gauche a eu sa tentation terroriste.

Eux-mêmes ont tenu un discours ultra violent avant de s’embourgeoiser.

Ils pensent que les islamistes vont eux aussi s’assagir avec le temps.

La lutte islamiste permettrait, elle aussi, de s’élever socialement.

D’autres points communs se révèlent dans le goût de la propagande, la capacité à avancer masqué, ou à noyauter des associations, des partis et des syndicats.

L’une des leaders de l’UNEF est voilée tandis que des élus CGT réclament des horaires de prières.

Ce qu’il y a de tragique dans l’islamo-gauchisme, c’est qu’il se trompe d’époque et de temporalité.

L’islam est une religion qui a 1700 ans, le socialisme était une fausse religion, d’apparition récente.

En Iran, en Algérie, en Tunisie ou en Égypte, partout où l’islamisme a pris le pouvoir, ses premières cibles ont toujours été les intellectuels, les journalistes et les militants de gauche ou d’extrême gauche.

Si Tariq Ramadan et ses amis prenaient le pouvoir, je ne donnerai pas cher de la vie de ceux qui signent des pétitions pour soutenir les femmes voilées.

17/02/2021 - Toute reproduction interdite


Les partisans de Jean-Luc Melenchon, crient des slogans lors d'un rassemblement politique à Dijon, le 18 avril 2017
Robert Pratta/Reuters
De Guillaume Bigot