La chronique d’Antoine Grynbaum

Free a acheté 50 millions les droits annuels pour internet de la Ligue 1 pour les 4 saisons à venir, alors que SFR est en train de se désengager. Le foot permet-il vraiment d’attirer des abonnés ?  

                                                                                                                          Décryptage.

Dépenser des sommes conséquentes, soit. Mais pour quel retour sur investissement ? Altice Média - ou plutôt SFR - peut en parler : 350 millions d’euros ont été mis sur la table en 2017 pour s’offrir la plus belle des compétitions, la Ligue des Champions de 2018 à 2021, avec un objectif bien précis. « Les télécoms (Orange, SFR) ont compris tout ce que le sport pouvait leur apporter », analyse Sacha Nokovitch, un fin connaisseur spécialiste des médias chez l’Equipe. « A ce moment-là, l’objectif de SFR était de vendre des box, et Altice a réalisé un gros coup en achetant les droits de la Ligue des Champions et de la Lige Europa (à partir de septembre 2018 pour un total de 350 millions d’euros/an). En termes d’image, cela a impacté Canal+, mais surtout Bein dont c’était le droit numéro 1. Cela s’est joué à peu de choses, au plus offrant, à quelques dizaines de millions d’euros. La chaîne qatarie et Canal avaient plus de poids à l’UEFA, mais SFR a été plus malin en proposant davantage ».

Trois ans plus tard en 2020, le coup de tonnerre s’est transformé en échec : de trop nombreux bugs techniques lors des premiers matchs - notamment de la première grande affiche Liverpool – PSG de septembre 2018 -, et une stratégie commerciale mal ciblée … Un abonnement trop cher - 19 euros par mois - pour quelques matchs dans l’année… L’idée du 2 en 1 construit sur le modèle anglo-saxon de BT SPORT - acheter du contenu pour vous pousser à vous abonner - n’aura pas fonctionné.

Il y a quelques jours, Altice a donc annoncé un gigantesque plan social, ses droits foot étant trop chers et pas assez rentables : 70 postes sont menacés sur un total de 160 salariés… Quant à la très couteuse et dernière saison de Ligue des Champions 2020 – 21, une question se pose : faut-il la garder ou la vendre ?

D’après nos sources, MEDIAPRO, nouvel arrivant sur le marché du foot français, semblait intéressé, mais Altice devrait aller au bout de son contrat avec l’UEFA, tout en cherchant à faire quelques économies… Cependant, avec l’arrêt des matchs lié au coronavirus, Patrick Drahi a demandé le remboursement d’une partie de l’argent versé en janvier dernier.

Que vient faire Free dans cet écosystème ?

Historiquement, l’opérateur dirigé par Xavier Niel ne semblait pas se diriger vers des investissements liés au foot, mais la présence de SFR l’a convaincu d’acheter les droits internet de la Ligue 1… En clair, l’idée était de pas laisser des abonnés partir chez SFR à cause du football… À l’arrivée, l’échec de SFR est un bon exemple à ne pas suivre, et l’investissement de Free - 50 millions par an - bien moins onéreux. L’idée de ses dirigeants : développer une application destinée aux jeunes avec des formats dédiés. La recette est - elle gagnante ? Seuls les chiffres le diront.

La concurrence entre télécoms se déplace ainsi sur les terrains de foot, tout en cherchant le business model adéquat. Orange, qui avait investi dans les droits du championnat de France au milieu des années 2000, avait fermé ses chaînes quelques années plus tard. Bouygues quant à elle, a bien compris qu’il n’y avait rien à en retirer.

03/06/2020 - Toute reproduction interdite


L'emblème de la chaîne de télévision française "Canal+" et de la Ligue 1 de football français visibles dans un magasin à Saint-Sébastien-sur-Loire le 30 mars 2016
Stéphane Mahé/Reuters
De Antoine Grynbaum